----- Original Message -----
From: Jean-Pierre RICHARTE
Sent: Saturday, September 06, 2008 8:09 AM
Subject: émission télé 12 sept FR3 23h20
Bonjour,
Une émission sur la fusillade de la rue d' Isly va être diffusée, fort tardivement, à la Télé. Le journaliste Christophe WEBBER est venu m' interwiever. Je n' ai pas vu le montage et je ne sais quelle sera la forme prise par cette émission. J' ai donc jugé nécessaire et voulu dire par écrit mon sentiment sur cette journée du 26 mars 1962 pour que chacun puisse avoir l' information complète et surtout mon analyse personnelle pour avoir été présent ce jour là.
Vous pouvez enregistrer et diffuser le message, prévenir vos amis, ou ceux que cela intéresse, même s' il est très dur de faire remonter à la surface de tels évènements. Il est aussi important pour moi de pouvoir enfin me libérer d' un tel poids. Je n' ai rien à me reprocher mais je porte toujours au fond de ma conscience une part de responsabilité en me disant que si je n' avais pas installé un barrage avec mes camions, la manifestation aurait pu s' écouler par la rue Lelluch et ne pas se trouver rue d' Isly comme le souhaitait le Gouvernement et ceux qui avaient préparé l' embuscade.
Jean-Pierre RICHARTE
Remarques préliminaires.
Avec le temps qui passe, quand j' y pense en analysant les évènements que j' ai vécus, je suis de plus en plus persuadé que cette fusillade de la rue d' Isly était voulue par le Gouvernement.
Un témoignage à chaud n' aurait pas pris le même sens. Ma mémoire est devenue sélective: je me souviens très bien de certaines choses et d' autres sont plus floues. Mais le temps et les évènements qui ont suivi ont été propices à la réflexion. Depuis, pour oublier, je n' ai jamais voulu en parler ni lire tout ce qui a été écrit à ce sujet.
Je n' ai jamais souhaité parler de ces évènements trop lourds à porter mai,s aujourd' hui, sollicité pour une interview par Christophe WEBBER, journaliste à FR 3, j' ai décidé d' y répondre.
46 ans après, il me paraît aussi important de laisser une trace pour mes enfants et petits enfants, et très modestement un témoignage pour l' Histoire.
Il faut auparavant replacer cet évènement dramatique dans le contexte de l' époque pour le comprendre.
En 1961, j' ai renoncé à terminer mes études pour m' engager dans l' armée et lutter contre les terroristes musulmans algériens. Jeune aspirant, parlant arabe, dès ma sortie de l' Ecole d' officiers de Cherchell, j' ai choisi d' être affecté en décembre 1961 au 4ème Régiment de Tirailleurs, 2ème compagnie (Capitaine DUCRETET) comme chef de la 3ème section.
Le 4ème Régiment de Tirailleurs
A cette époque, le 4 RT est un Régiment à deux états majors tactiques (EMT) plus une compagnie d' appui (CA) et une compagnie de commandement et service (CCS), soit au total 10 compagnies.
En 1962, ce régiment est basé à DJELFA puis BERROUAGHIA. Il est commandé par le Colonel GOUBARD dont le PC est à BERROUAGHIA au Sud de MEDEA.
Les compagnies sont éparpillées sur le terrain, loin les unes des autres et du PC. Leurs zones d' action sont principalement les Monts des Ouleds Nail et le Massif de l' Ouarsenis. C' est un régiment de réserve générale prêt à être embarqué pour des missions urgentes. Il est composé à majorité de jeunes musulmans assez frustes et analphabètes, au vocabulaire français limité, mais soldats dévoués et compétents sur le terrain bien que sans aucune formation, entraînement ou dispositions pour du maintien de l' ordre en zone urbaine, comme c' est d' ailleurs mon cas. L' excellente formation dispensée à CHERCHELL en 6 mois, c' est néanmoins court, trop court pour faire un officier apte à tout.
Après le 26 mars, l' EMT 1- 4 RT sera replié à COURBET MARINE avec pour mission d' assurer la garde de ROCHER NOIR et, en particulier, d' Abderrahmane FARRES, chargé de l' Exécutif Provisoire du gouvernement de l' Algérie indépendante, et qu' on avait sorti de prison à cette fin quelques jours auparavant. L' Exécutif provisoire avait été mis en place dès le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Il comprenait quelques Français acquis à l' Indépendance de l' Algérie et plusieurs membres du FLN.
Mars 1962
Le 19 mars 1962, à l' annonce du cessez-le-feu entre la France et les rebelles algériens, l' EMT 1, dont ma compagnie, est sur le terrain en mission de " pacification ". L' ALN, armée du FLN est vaincue. Les accords d' Evian viennent de mettre fin au conflit. Les Français de métropole, indifférents à notre sort, ne voient qu' une chose: les jeunes soldats appelés vont pouvoir rentrer chez eux. Les Pieds Noirs, Français tout autant qu' eux, vont être abandonnés par la politique du Général de Gaule qui ne souhaitait d' ailleurs pas leur retour en métropole.
Dès le début de l' année 1961, le gouvernement avait changé de politique, ce n' est plus le " je vous ai compris " de 1958 mais l' autodétermination du peuple algérien autrement dit des musulmans. L' armée française est épurée des officiers " Algérie française ", nommés en métropole, en RFA ou poussés à la retraite. Leurs remplaçants obéissent aux ordres sans état d' âme, perquisitionnent chez les Pieds-noirs qu' on arrête, et emprisonne. La Police et l' Administration subissent aussi une épuration qui ne dit pas son nom. Dans le même temps l' OAS qui s' est développée subit une répression féroce. Les Français, Pieds Noirs ou Métropolitains, attachés à l' Algérie française sont torturés et remplacent dans les prisons les terroristes du FLN libérés. L' armistice de 1962 ne s' appliquera qu' aux terroristes du FLN mais pas aux Français d' Algérie.
De Gaule souhaitait briser les Pieds-noirs et leur résistance à vouloir rester Français pour laisser le champ libre aux seuls algériens du FLN: c' est la raison d' être du 26 mars 1962. La collusion entre le FLN et le pouvoir politique est alors totale. Le Gouvernement et le Gal de Gaule sont déterminés à désengager les troupes en Algérie au plus tôt quel qu' en soit le prix à payer.
Les libertés ordinaires des Français d' Algérie sont supprimées, la censure de la presse devient monnaie courante; nos droits civiques sont bafoués: nous ne sommes pas autorisés à voter pour les accords d' Evian; ni même à écouter la " Marseillaise " ou à chanter " les Africains ". Mettre les mains dans ses poches est formellement interdit. Les perquisitions chez les Français d' Algérie sont fréquentes et se passent souvent avec violence envers eux.
J' ai compris que le pouvoir français avait changé de camp en recevant un ordre verbal de mon capitaine, ordre de mission d' accompagnement de gendarmes mobiles pour des perquisitions dans des habitations civiles de Français alors que jusque là, à la recherche des terroristes nous fouillions les villages et maisons algériennes isolés. Le premier exemple en a été la perquisition du domicile en ville des propriétaires de l' exploitation où notre compagnie était logée. Petite anecdote à ce sujet: les propriétaires m' ayant reconnu nous bavardons avec eux et je leur explique la raison de la perquisition: c' est la panique car il détient des armes de guerre. On décide donc d' offrir le café aux deux gendarmes mobiles et pendant ce temps là les armes détenues sortent par la fenêtre. La perquisition effectuée de fond en comble par les deux gendarmes n' a rien donné; et au moment de notre départ, mon adjoint, le sergent-chef AISSAOUI restitue, par la même fenêtre les armes en cachette. Par la suite, la compagnie, au cours d' autres missions, assurait le blocus des villages pendant que les gendarmes perquisitionnaient les habitations; le commandement nous tenait éloigné des maisons pour éviter les contacts avec les civils. Les ordres que je recevais n' appelaient pas de commentaires de ma part et je n' avais droit à aucune explication. Je tenais mes informations par les Pieds Noirs eux-mêmes quand je pouvais les approcher ou par les gendarmes mobiles eux-mêmes que je questionnais habilement pour ne pas éveiller de soupçons. C' est ainsi que j' ai participé, entre autres, au bouclage d' un village près de BEN CHICAO où les gendarmes mobiles fouillaient les maisons à la recherche des armes qui venaient d' être dérobées par l' OAS au magasin d' armement du Centre d' Instruction militaire de BOGHAR. Je voulais bien lutter contre les terroristes du FLN mais pas contre mes compatriotes qui s' armaient pour leur survie. J' ai rendu, une fois de plus, mon barrage totalement inefficace et j' ai continué à changer ma façon d' obéir.
Au régiment, aucune information sur la situation civile, militaire ou politique était diffusée à mon échelon: rien sur les discussions à EVIAN et rien sur la conduite militaire à tenir. Mon capitaine devait bien savoir mais il se gardait bien d' informer le jeune aspirant Pied-Noir dont il avait deviné certainement les engagements. Il nous arrivait de prendre nos repas ensemble au PC de la Compagnie, au milieu des vignes de la ferme FOULON, près du col de BEN CHICAO. Le Capitaine mangeait le nez dans son assiette sans parler avec ses officiers.
Mi-Mars
Les officiers, cadres et Tirailleurs ont le moral en berne, leur victoire militaire leur échappe et le FLN est vainqueur politiquement. On écoute, quand on le peut, les radios nationales qui parlent des tractations d' Evian, et les hommes politiques Français qui prônent l' Indépendance de l' Algérie. L' inquiétude semble gagner certains tirailleurs musulmans qui s' interrogent quant à leur avenir. Quelques uns désertent avec armes et bagages à la faveur de la nuit et rejoignent le FLN.
Le 19 mars 1962, à l' annonce du cessez-le-feu, la compagnie est en opération, avec ses dotations en armement et munitions, sur le terrain à la recherche d' hypothétiques terroristes algériens, quand elle reçoit l' ordre de rejoindre ALGER; Maison Carrée dans un premier temps puis le quartier Bab-el-Oued, faubourg populaire d' Alger. Aspirant, je n' ai toujours droit à aucune information mais à des ordres secs. C' est à ce moment-là que se confirme ce que je pressentais déjà: on avait bien changé d' ennemis: on ne luttait plus contre l' armée de l' ALN mais contre les Français d' Algérie et les Français de métropole qui s' étaient rangés à nos côtés. C' est à cette époque que les barbouzes de PASQUA, Policiers métropolitains et Service d' Action Civique en tête continuaient leurs basses œuvres en assassinant les Français d' Algérie, familièrement appelés Pieds-Noirs. En réaction, l' OAS en tua un grand nombre.
Du terrain donc, mes tirailleurs passent directement à la ville dépaysement total pour tous. On conserve les mêmes armes et munitions et on nous demande de faire du maintien de l' ordre face à nos compatriotes, mission pour laquelle nous ne sommes pas préparés: nous sommes totalement incompétents, on n' a jamais fait, on ne sait pas faire. Pourquoi donc cette mission, si ce n' est dans un but précis, qui va apparaître au cours des heures qui vont suivre?
Bab-el-Oued est un quartier d' ALGER où cohabitent en paix le " petit " peuple pied-noir et des musulmans. Beaucoup de jeunes ou moins jeunes Pieds-Noirs supportent, encouragent et participent à l' OAS. Le Gouvernement a décidé d' éradiquer ses membres et boucle le quartier. Il veut faire un exemple pour couper court aux velléités de ces gens qui veulent malgré tout rester Français: il faut écraser définitivement ces Pieds-Noirs: une forme de génocide se met en place. Le couvre-feu interdit tout déplacement et les journalistes ne sont pas autorisés à rentrer dans la zone. Les habitants se voient assignés à résidence avec interdiction de circuler, de se ravitailler, de sortir de chez eux, ne serait ce que pour acheter de la nourriture ou des médicaments ou même pour enterrer leurs morts (il était dit que les cercueils servaient à dissimuler des armes)… Comme cela ne semblait pas suffire, les blindés de la Gendarmerie tiraient dans les immeubles au canon et à la mitrailleuse de 12.7. Les hélicoptères balançaient des grenades et les avions T6 tiraient à leur tour sur les terrasses. Cela n' est pas sans rappeler le Ghetto de Varsovie.
Ma compagnie se trouve donc là, et je ne sais toujours pas pourquoi. J' ai appris plus tard qu' on devait boucler le quartier pour empêcher les gens d' en sortir (alors même que les membres de l' OAS étaient déjà loin), pendant que les gendarmes exécutaient leur rafle. Nous encerclons donc le quartier mais ayant personnellement essuyé un coup de feu, je décide de rentrer dans l' immeuble d' où le coup est parti à la recherche de son auteur mais aussi pour avoir des contacts avec la population et surtout des informations. Je le retrouve rapidement, lui laisse son arme à son grand étonnement et lui explique que je suis Pied-Noir comme lui et que je partage ses idées. Il me raconte la férocité des Gendarmes et CRS qui n' hésitent à frapper avec leurs armes les femmes, les vieillards et même les enfants: ils n' hésitent pas non plus à détruire tout à l' intérieur des maisons, défonçant les portes à coup de crosses d' armes, même lorsque les clés sont dessus. Ce jour là, j' en apprends plus sur l' attitude des gendarmes et de l' armée que ce que veulent bien m' en dire mes supérieurs.
Le 26 mars 1962
Le temps est au beau, et rien ne laisse présager le massacre organisé et voulu par le gouvernement.
Les autres Algérois aux alentours de Bab-el-Oued, à l' appel pacifique de l' OAS, ont décidé d' aider les habitants du quartier en leur apportant vivres et médicaments. Ils avaient aussi l' espoir de desserrer l' étau militaire. Mais pour contrer cette manifestation pacifique de solidarité envers les assiégés du ghetto Bab-el-Oued, le 4ème Régiment de Tirailleurs reçoit l' ordre de barrer la route à ces braves gens: femmes avec leurs enfants, hommes, vieillards tout un peuple derrière le drapeau français et parmi eux des musulmans.
Ma 3ème section, avec celle du Lieutenant LATOURNERIE, remplace une unité d' infanterie de marine composée de métropolitains et habituée au maintien de l' ordre dans ALGER. Des CRS étaient en réserve en arrière pour intervenir en cas de besoin. Les ordres oraux pour ma section sont de barrer la rue LELLUCH, derrière la Grande Poste et d' en interdire le franchissement. Mes hommes sont fatigués et sales; nous manquons tous de sommeil. Ce bouclage en ville ne nous réjouit pas. D' autant plus que les Algérois qui vont manifester découvrent que ces soldats sont presque tous des musulmans et certains croient qu' il s' agit du FLN qui s' installe et prend possession de la ville.
L' ambiance n' est pas bonne: nous nous sommes déjà fait tirer dessus dans Bab-el-Oued et les réflexions des Pieds-Noirs à notre égard sont hostiles et désagréables.
Dès notre arrivée rue Lelluch, on barre la route avec nos véhicules et on déploie des barbelés trouvés sur place, conformément aux ordres reçus. J' obéis! Mais les premiers manifestants sont en vue: drapeaux bleu, blanc, rouge en tête, ils chantent " c' est nous les Africains ". Je décide d' aller à leur devant, seul, pour leur dire que nous avons ordre de leur interdire le passage. J' ajoute que je suis Pied-Noir comme eux et que si je le pouvais je serais à leur côté. Mais ils veulent aller à Bab el Oued. De mon propre chef, et avec sympathie, ne comprenant pas très bien la raison du barrage et des ordres reçus, j' en laisse passer par petits groupes à cause de l' étroitesse du passage entre les véhicules qui barraient la rue. Le débit n' est pas assez important: les manifestants s' entassent derrière. Ils finissent par prendre la direction de la rue d' Isly en passant devant mon barrage et se trouvent face à d' autres barrages. La foule des manifestants que l' on avait canalisée jusque là se trouve bloquée par ces barrages à l' endroit, me semble t-il, voulu. Pour moi, aujourd' hui avec le recul, la préméditation ne fait aucun doute. Qui donc avait intérêt à canaliser cette foule jusque là, à la positionner, à la masser ici pour qu' on puise lui tirer dessus? Qui a donné l' ordre de faire tirer sur une foule pacifique de compatriotes dont le seul désir était de témoigner sa solidarité au ghetto de Bab-el-Oued?
Les archives un jour seront ouvertes mais il sera pour nous trop tard pour connaître l' exacte vérité. En général, la prescription est trentenaire pour consulter les achives 14-18 ou 39-45, mais pour la Guerre d' Algérie, la prescription votée exceptionnellement à l' unanimité par l' Assemblée Générale a été portée à cent ans. C' est vrai qu' il a fallu mettre à l' abri tous les hommes politiques - Rocard, Georgina Dufoix, Chevènement…et tous autres plus ou moins connus.- qui ont été les " porteurs de valises du FLN ".
Ce 26 mars 1962, les tirailleurs sont à leur place avec leurs armes en bandoulière: ils observent en silence semblant se désintéresser de la mission, décontractés, ne pensant plus aux risques de mort courus jusqu' à présent dans le djebel. La manifestation était bon enfant et s' écoulait lentement vers la Grande Poste quand, contre toute attente, on entend des coups de feu.
L' enquête officielle conclura à des tirs de provocation sur les tirailleurs et dans la foule. Dans nos deux sections, chacun s' abrite comme il peut dans les encoignures de portes ou halls d' immeuble mais, dans ma section, aucun tirailleur ne tire, même si le Lt LATOURNERIE -ses tirailleurs ont tiré une cinquantaine de cartouches- et moi-même crions " halte au feu ". Les balles sifflent et ricochent dans la rue. Les échos amplifient les détonations et ne facilitent pas la localisation et l' origine des coups de feu: on a l' impression que ça tire de tous côtés.
La fusillade cesse rapidement même si on entend encore quelques coups de feu isolés; les tirailleurs et moi-même sommes sous le choc: nous ne sommes pas habitués aux coups de feu en ville et on n' imagine même pas ce qui s' est passé de l' autre côté de la Grande Poste. Je fais le tour de mes tirailleurs pour les voir de près individuellement et aussi pour recueillir des informations. Le Médecin-aspirant ATTALI du régiment vient vers moi et me demande de l' escorter auprès des blessés. C' est par lui que j' ai appris qu' il y avait des morts et des blessés. Après avoir confié le commandement de ma section à mon adjoint, je l' escorte, seul, devant la Grande Poste. Beaucoup hommes et des femmes sont au sol et ne bougent plus, il y a du sang partout, des blessés sont secourus par leurs compatriotes, des manifestants courent dans tous les sens; certains refusent catégoriquement de se laisser approcher ou même soigner par notre médecin militaire et nous manifestent de la haine. Je suis très mal à l' aise. Je ne peux rester plus longtemps loin de mes hommes et rejoins rapidement mes tirailleurs pour parler avec eux. Sans explication, le Commandement nous fait rembarquer rapidement dans nos véhicules pour nous éloigner. Tout s' est passé très vite et je ne dispose pas de plus d' informations que ce que j' ai vu et entendu.
Le commandement nous demande alors de rejoindre un nouveau cantonnement, près de la côte: des baraquements, en pleine nature à quelques kilomètres du village de COURBET MARINE, à 70 km environ à l' est d' Alger. Là, entre nous, on parlera peu des tirs: les langues sont difficiles à délier. L' atrocité de ces évènements fait que chacun garde au fond de soi les images abominables de cette journée en cherchant le pourquoi.
Qui a tiré le premier, de la foule ou des tireurs embusqués dans les maisons ou sur les toits? Qui étaient ces tireurs? Barbouzes du Service Action Civique chers à PASQUA? Agents Spéciaux? OAS?
Quelques tirailleurs (section du Lieutenant OUCHENE) pris sous le feu ont riposté, par réflexe, comme ils savent faire et comme on le leur a appris: c' est exactement ce que les politiques recherchaient. Certains ont tiré au jugé, d' autres sur des tireurs qui font feu dans leur direction. Un tireur est abattu rue Lelluch; ce sont les tirs de son fusil-mitrailleur qui résonnaient bien dans notre rue. On apprendra plus tard que ce tireur était de type " asiatique " et la Police l' a rapidement fait disparaître (Me Tixier-Vignancourt, au procès du Petit-Clamart, révèlera son identité de barbouze asiatique). Dans la foule des manifestants, certains - mais qui sont-ils?- sont armés. Parmi les tirailleurs, on relèvera une dizaine de blessés. Chez les civils c' est beaucoup plus grave: on parle d' environ une centaine de morts et de 200 blessés, je n' ai jamais connu les chiffres exacts. Et le pouvoir politique a toujours minimisé le nombre de morts civils.
L' ouverture du feu est une consigne particulièrement et extrêmement importante pour un militaire. Si elle était légitime pour nous, soldats en guerre dans le djebel, elle n' est pas de règle en ville, surtout face à des compatriotes civils non armés, manifestant pacifiquement. Les tirailleurs ont " riposté " sans sommations, ils n' ont fait que riposter à des tirs venus du haut des immeubles, il ne pouvait en être autrement, et les politiques qui avaient choisi notre régiment pour le mettre là savaient pertinemment ce qu' ils faisaient et ils ont obtenu ce qu' ils cherchaient. Dans l' armée quand un soldat commet une faute grave, son ou ses officiers sont mis à pied et renvoyés de l' armée. Les exemples sont nombreux. Pour le Colonel GOUBARD qui commandait le 4ème RT, cela a été tout le contraire, il a été nommé Général et a fini sa carrière comme Général, Commandant l' Ecole de Guerre. C' est bien là une façon de le récompenser.
Quelques jours après, une commission d' enquête est constituée et les gendarmes sont venus interroger tirailleurs, sous-officiers et officiers. Je n' ai jamais été entendu. Il est vrai que ma section n' a pas tiré une seule cartouche. Le Ministre des Armées, M. MESSMER, est venu voir le régiment. Je n' ai pas été convoqué pour le rencontrer. Pied-noir, officier de réserve et non d' active, favorable à l' Algérie française, j' ai souvent été tenu à l' écart et ça continue.
Après le 26 mars, les journées sont consacrées à de l' instruction militaire pour occuper les hommes et les nuits à des patrouilles et embuscades - avec armes enchaînées: une aberration pour des militaires. En effet, nous avions reçu l' ordre d' enchaîner les armes des tirailleurs pendant la nuit (chaînes et cadenas) pour éviter les désertions avec les armes. D' instinct, je n' enchaîne jamais les armes pendant les embuscades de nuit (contrairement aux instructions) et fais totalement confiance à mes tirailleurs dont, d' ailleurs, aucun n' a jamais trahi ma confiance: j' ai partagé avec eux, jour et nuit, la même vie à même le sol, mangé les mêmes choses, partagé les mêmes dangers, joies ou peines, j' ai parlé avec eux la même langue, je l' écrit aussi et je connais bien leur religion tout comme leurs coutumes. D' autres officiers ont respecté les ordres, mais cela n' a pas empêché les désertions avec armes et paquetage.
Après le 26 mars, à Courbet-Marine, c' était une période étrange: les unités étaient regroupées pour la 1ère fois dans un lieu commun; les officiers du régiment prenaient leurs repas au Mess, tous ensemble, mais personne ne parle des évènements que l' on vient de vivre car on ne les comprend pas et c' est douloureux de tout remuer. Quelques rares informations circulent entre nous, concernant notamment les mouvements de foule ou notre avenir. Chacun cherche des explications plausibles à ce qui vient de se passer sans en trouver car la vérité est dure à admettre. Le Commandement ne juge pas utile de nous informer. Le régiment sera bientôt dissous car il ne peut maintenant en être autrement.
C' est à ce moment là que j' ai pris l' habitude au péril de ma vie, solidement armé, toutes les nuits et pendant le couvre-feu, en évitant de me faire repérer par mes supérieurs d' une part et par les combattants du FLN d' autre part, d' aller seul chercher des informations civiles chez une jeune correspondante de l' OAS de Courbet-Marine. J' y allais aussi quand c' était possible dans la journée pour rencontrer d' autres Pieds-Noirs au Café du village. C' est lors d' une de ces occasions que j' ai pu voir les tracts de l' OAS et l' appel à la manifestation " pacifique et sans armes " pour aider nos compatriotes assiégés dans Bab-el-Oued. C' est aussi lors d' une de ces visites qui a duré trop longtemps - j' avais emprunté la Jeep du Capitaine - que j' ai été sanctionné et mis définitivement à l' écart par mon Capitaine.
Le régiment est effectivement dissous fin mai et rapatrié à BOGHAR pour les formalités: restitution des paquetages, matériels et armements mais aussi libération des tirailleurs et réaffectation des cadres; j' ai été chargé de convoyer seul, sans escorte, deux GMC bourrés d' armement à travers les gorges de la CHIFFA, pour les restituer à l' Etablissement Militaire du Matériel. Je me demande encore aujourd' hui si cette mission n' avait pas été ordonnée pour offrir aux terroristes algériens de l' armement avec la bénédiction du gouvernement français.
Les autorités proposent aux tirailleurs et à leurs cadres, dont moi, d' entrer dans " les forces locales " au service du FLN mais sans succès à ma connaissance. Certains tirailleurs choisissent de partir à la retraite avec un pécule, d' autres de rester dans l' armée en Algérie ou en métropole. Je suis moi-même affecté au Centre d' Instruction du 126ème Régiment d' Infanterie à Brive-la-Gaillarde et détaché un temps au camp militaire de la Courtine pour assurer une formation à des harkis et à leurs familles.
Depuis cette fusillade du 26 mars 1962, je continue à me poser des questions et j' espère que le film qui sera montré à la télévision apportera des réponses.
Jean-Pierre RICHARTE
2 octobre 2007 cotes-des-oliviers@wanadoo.fr
----- Original Message -----
From: Henri DAHAN
Sent: Friday, September 12, 2008 6:35 PM
Subject: Re : Tr : Fw: émission télé 12 sept FR3
23h20
Moi Henri DAHAN, âgé exactement de 15 ans lors de ces évènements, je confirme le témoignage de l' aspirant Jean-Pierre RICHARTE sur les agissements des gardes-mobiles et des barbouzes. Ma mère Claudine DAHAN, 92 ans, pourrait elle aussi témoigner d' une rafale tirée sans raison, vers elle, par un garde mobile, alors que sur le balcon, elle tenait aux bras mon plus jeune frère, âgé de 29 mois. Je confirme également la brutalité des fouilles opérées par les gardes civiles contre les Pieds Noirs, ainsi que l' intervention d' avions français tirant sur les terrasses des immeubles. Néanmoins, la comparaison avec le ghetto de Varsovie est exagérée.
Déjà à l' époque "l' immonde" journal du soir parisien prenait fait et cause pour les nazislamistes du FLN, allant jusqu' à s' opposer aux indépendantistes pacifiques.
Quant au rôle du parti communiste, c' est celui de traitres abjects. Hélas, malgré l' exécution de quelques vermines notoires, trop de ces ordures ont échappé au sort mérité. Beaucoup de déjections non crevées continuent toujours de nuire. Jusqu' à présent, ces vermines doivent être éliminées.
Henri DAHAN
-----Message d'origine-----
De : nicole ferrandis-delvarre
Envoyé : mercredi 10 septembre 2008 13:10
Objet : Re: Emission tele du 12 septembre sur fusillade du 26 mars
1962
Bonjour, je vous demande de ne pas vous rendre complice d' un témoignage qui sous couvert d’ être écrit par un pieds-noirs distille la version officielle des tirs vers l’ armée et de la riposte de celle-ci..
Depuis une semaine, le « témoignage » de Monsieur RICHARTE circule sur Internet avec la bonne foi de mes compatriotes qui ne l' ont certainement pas lu dans son intégralité. Lorsqu' on témoigne, on dit ce qu' on a vécu, on n' interprète pas, on ne raconte pas ce qu' on a lu ailleurs. Monsieur RICHARTE devrait s' en tenir à ce qu' il a vu ou fait et non pas conforter la version officielle qui bien qu' il la dénonce la suggère au fil de son "témoignage" ce que je conteste se trouve entre parenthèses dans son texte que je reprends.
Son texte: Quelques tirailleurs section du Lieutenant OUCHENE pris sous le feu ont riposté, (MONSIEUR RICHARTE était-il là? Non, il le dit lui-même, c' est donc la version officielle qu' il nous livre)
son texte: par réflexe, comme ils savent faire et comme on le leur a appris (Sous-entendu ce n' est pas de leur faute... Monsieur RICHARTE devrait tout de même savoir que les militaires ont tiré à l' horizontale et vers les manifestants qui essayaient de se protéger en se plaquant contre la chaussée)
son texte: Certains ont tiré au jugé, d’ autres sur des tireurs qui font feu dans leur direction. (c' est ignoble de dire cela, faire croire que les militaires ont riposté alors qu' ils ont tiré froidement, ils ont tiré dans le dos des manifestants. Les blessures, les photos, le témoignage de ceux qui ont été blessés le prouvent mais où sont les preuves de ce qu' avance M RICHARTE ?)
son texte: Dans la foule des manifestants, certains – mais qui sont-ils?- sont armés. (Allons bon, revoilà les interprétations de Monsieur RICHARTE, a-t-il fouillé les manifestations, pour le constater?
Non... Monsieur RICHARTE devrait savoir en tout cas qu' aucune arme n' a été retrouvée sur les manifestants)
son texte: Parmi les tirailleurs, on relèvera une dizaine de blessés. (L' un d'eux a effectivement été blessé au doigt, un autre à la main, blessures légères faites par le ricochet des tirs de leurs camarades... Il suffit de lire les rapports militaires pour le savoir, mais ce témoignage laisse entendre que les manifestants ont tiré, c' est un MENSONGE.)
Je ne félicite pas Monsieur RICHARTE qui sous couvert de « je suis pieds-noirs, je suis pour vous », jette la suspicion sur le caractère pacifique de la manifestation du 26 mars à Alger . Si le reste du témoignage est plutôt sympathique il faut bien se douter hélas que seuls resteront les points que je dénonce.
Nicole Ferrandis
sœur de Renée Ferrandis assassinée le 26 mars, de Monique Ferrandis et Annie-France Ferrandis blessées très gravement le 26 mars
Association des familles des victimes du 26 mars 1962 et de leurs alliés
Site: http://www.isly26mars.com/
Vidéos: reportage de TF1 http://www.dailymotion.com/isly26mars/video/x5c27e_fusillade-du-26-mars-1962-le-massac_news
REPORTAGE DE France 3 http://www.dailymotion.com/video/x6m4jx_un-massacre-programme-26-mars-1962_news
Cérémonie pour les victimes de la rue d’ Isly http://www.dailymotion.com/playlist/xmxvs_Soleil-trompeur_isly-algerie-francaise/video/x4yn96_alger-rue-disly-lundi-26-mars-1962_news
Je répète que ma condition d’ historien ne me donne
aucune légitimité particulière pour parler du 26
mars puisque je n’ étais pas présent en Algérie
à cette époque. Que les victimes et proches des
victimes qui se sont exprimées dans ce film veuillent bien me
pardonner si j’ ai pu involontairement les choquer en utilisant un
ton trop distancié par rapport à cette tragédie.
Leur drame personnel et leur témoignage m’ inspirent le plus
grand respect. Je montrerai cette vidéo à mes
étudiants dès que possible, après avoir pris le
soin de leur exposer le contexte de ces évènements.
Bien cordialement à tous.
JPP
J' ai regardé cette émission à trois reprises avec, je l' espère, la plus grande attention.
Le film semble un peu moins manichéen que certaines réalisations précédentes, en dépit de lieux communs, au début, sur l' OAS " responsable de milliers de morts en quelques mois ": cette rhétorique commode et mensongère permet de faire l' impasse, à bon compte, sur les exactions du FLN. Le témoignage des trois dames, victimes ou très proches des victimes, est particulièrement émouvant et arracherait des larmes aux personnes les moins sensibles. La responsabilité d' Ailleret et la décision insensée de placer le 4ème RT en plein centre d' Alger sont correctement expliquées. Il est plus difficile de formuler une opinion sur les propos des anciens membres de ce régiment quand on n' a pas été le témoin direct de ce drame. Mais, en invoquant la présence de tirs de provocation qu' il n' a pas vus lui-même, le colonel Richarte ne contribue pas à la crédibilité du document, c' est le moins que l' on puisse dire! Je ne me sens pas qualifié pour commenter les paroles de Jean-Jacques Susini et de Jean-Claude Perez, même si leur sincérité semble ici plausible. L' intervention de Fouchet est grotesque et conforme à ce que l' on sait du personnage, totalement décalée par rapport à la tragédie.
Je retiens l' expression d' instrumentalisation employée, à la fin, par le réalisateur. Cela signifie qu' il existe une responsabilité en haut lieu, à un échelon bien plus élevé que le simple commandement militaire. Ce film ouvre donc une piste et c' est peut-être là son principal -son seul?- intérêt. Car il faudra bien qu' un jour on dise URBI ET ORBI qu' il s' agit là d' un crime d' Etat mettant en cause les politiques au plus haut niveau. J' en veux pour preuve la confirmation par certains témoins de la présence de membres de l' ALN déguisés en militaires français au nom des accords d' Evian!
Ainsi, la comparaison avec les fusillades consécutives à la Commune de Paris, en 1871, prend toute sa valeur. Certes, le contexte historique est différent. Il faut, d' abord, se garder d' avoir un regard angélique sur la Commune qui a quand même fait fusiller un certain nombre d' otages, dont l' Archevêque de Paris. Mais le bilan de la répression qui a suivi est effroyable: plusieurs milliers d' ouvriers parisiens massacrés par les Versaillais. Jordi et Weber ont raison de souligner que, le 26 mars 1962, l' armée française a, pour la première fois depuis 1871, tiré sur des Français manifestant pacifiquement leur attachement à la France. Mais, différence fondamentale, les Thiers, Mac Mahon et autres Galliffet ont assumé et toujours revendiqué leur action répressive, à la différence des responsables de 1962 qui n' ont cessé de dissimuler et de mentir (à l' exception d' un aveu tardif de Fouchet à Jean Mauriac… révélé en 2006!).
Terminons par une note d' espoir. En son temps, " Monsieur Thiers ", historien de talent et politique retors, a joui d' un prestige considérable: membre de l' Académie française, cité par Tolstoï dans son Guerre et paix, " Libérateur du territoire ", il a donné son nom à un grand nombre d' avenues et de places, un peu partout en France. Or, depuis une trentaine d' années, on ne veut se souvenir que du " Fusilleur de la Commune " et, à Nancy, on a déboulonné sa statue. C' est là une loi inexorable de l' Histoire. Il est permis d' espérer que celle-ci s' applique un jour à De Gaulle.
Jean-Pierre Pister
Professeur agrégé d' Histoire en khâgne au
lycée H. Poincaré de Nancy.
Le témoignage de Monsieur RICHARTE est affligeant. Avoir
attendu 45 ans pour laisser la trace de son témoignage
à l’ intention de ses enfants et petits-enfants et dans cette
seule intention, c’ est affligeant.
C’ est affligeant parce que s’ il a le mérite de songer
à l’ opinion que ses enfants et ses petits-enfants auront de
lui, il ne semble pas se préoccuper du sort des victimes ni de
l’ importance que son témoignage peut avoir pour elles, les
premières concernées de l’ affaire.
Ce qui est également affligeant c’ est qu’ à la fois il
réponde aux questions et qu’ il soit tenaillé par le
doute.
Il n’ est pas très regardant, c’ est le cas de le dire,
puisqu’ il a témoigné et qu’ il n’ a pas
visionné la bobine. La confiance règne. Tant mieux.
Sans un minimum de confiance la vie deviendrait impossible.
Nous avons vu la bobine. Nous étions nombreux à
craindre le pire. Force est bien de reconnaître que nous n’
avons pas eu lieu de nous insurger contre Monsieur Weber. Le film est
honnête. Certes nous aurions apprécié le
procès en règle des assassins et le témoignage
en vrac de tout ce qui se sait et de tout ce qui est tu. Mais le
mieux est l’ ennemi du bien et quand on attend depuis 46 ans au fond
d’ un désert la pluie rafraîchissante de la
vérité, ne nous plaignons pas de voir se former
quelques cumulo nimbus au dessus de nos têtes
desséchées.
Mais toutes les réserves étaient tout de même
de rigueur jusqu’ au moment de la diffusion de cette émission.
On a assez fait l’ expérience des menteries, des coupures et
des montages des professionnels de la Propagandastaffel qui tricote
et détricote l’ opinion dans ce pays depuis qu’ au
repêchage du 13 Mai 1958 celui qui parlait de la France et de
lui à la troisième personne du singulier confirme qu’
il n’ était pas capable de vivre sans micro ni barbouzes.
Voilà au moins une tradition qui a la peau dure. Entre la
Croix de Chevalier de la Légion d’ Honneur à Messieurs
Zidane et Sardou et la démission en urgence du directeur de
Paris Match qui a levé, avec un temps d’ avance, un voile de
la vie parallèle d’ une ex honoraire première dame de
France, la République ne manque pas une occasion, faute d’
être restée une et indivisible, de prouver que si la
peau d’ un Policier vaut moins que celle d’ un talibanlieusard, en
tout cas ne plaisante-t-on, ici, avec les confidences de l’ oreiller
présidentiel.
Monsieur RICHARTE a donc « témoigné ». Il
estime que cela suffit. Comme après la fusillade, il a
remballé ses tréteaux, ses armes, ses tirailleurs et
ses bagages, après un rapide coup d’ œil sur le bilan du
carnage, il s’ attarde aussi sur le fait que les autorités ont
freiné son ascension dans la hiérarchie militaire et
explique cette lourde iniquité par le fait qu’ il est
Pied-Noir. Il s’ en plaint.
Il en est d’ autres qui pourraient aussi se plaindre d’ une pareille
inconscience.
Il semble qu’ il n’ ait pas entendu parler des drames qui avaient
cours alors, tout à côté de lui. Un drame auquel
il a été mêlé quand même d’ assez
près. Lui, il parle de son avancement que des mauvais
plaisants lui ont gâché en raison de son origine. Il
évoque cela au milieu d’ un des pires drames de la Guerre d’
Algérie. La fusillade du 26 Mars! Imaginons un instant un
Alsacien de la Division Das Reich, celle qui s’ est illustrée
à Oradour, évoquer cet accident de parcours dans l’
échec de son plan de carrière…
Au moment où il déplore qu’ il deviendra
difficilement Colonel dans cette exceptionnelle armée
française qui vise si bien lorsqu’ elle tire à bout
portant sur une foule de civils désarmés, le
général le plus décoré de l’ Armée
française, et à qui de Gaulle doit le pouvoir,
comparaît devant ses Juges. C’ est à ce même
moment que le Lieutenant Degueldre, lion des Ardennes, est
passé par les armes au Fort d’ Ivry. Parce qu’ il a voulu
porter secours aux Harkis fidèles, parce qu’ il a voulu tenir
la parole d’ honneur que le général De Gaulle lui a
fait prêter, parce qu’ il ne veut pas abandonner un peuple dont
il n’ est pas, contrairement à RICHARTE, le fier Lieutenant et
il est fusillé.
Il écrit encore ces mots: « … la manifestation aurait pu
s’ écouler par la rue Lelluch et ne pas se trouver rue d’
Isly, comme le souhaitait le Gouvernement et ceux qui avaient
préparé l’ embuscade ».
Il a bien dit: Embuscade.
« Ce jour-là, j’ en apprends plus sur l’ attitude de l’
armée que ce que veulent bien m’ en dire mes supérieurs
».
C’ est le témoignage du tireur d’ un immeuble qu’ il retrouve
et qui lui raconte toutes les exactions commises par les Gardes
Mobiles, les CRS et militaires en tous genres à l’ encontre de
sa propre communauté. Il n’ indique pas le jour de l’
événement mais on comprend que nous ne sommes pas
encore arrivés au 26 Mars, jour fatal de l’ hallali. Il a donc
attendu les jours qui séparent le 19 du 26 Mars pour « en
apprendre plus que ce que veulent bien lui en dire ses
supérieurs ». Ce dur d’ oreille doit avoir la vue basse.
On avait déjà vu ce comportement en France, en ne se
ruant pas, poitrine ouverte, à une candidature
périlleuse au futur Monument des Justes durant la
dernière Occupation.
De Gaulle était en train d’ éventrer l’ Algérie
depuis des mois mais Monsieur RICHARTE était à peu
près le seul à ne s’ en être pas aperçu.
Il finit par déjouer les cachotteries de ses
supérieurs.
Poursuivons la lecture: Nous sommes dans la rue d’ Isly et c’ est
le 26 Mars. Monsieur RICHARTE indique que certains Pieds Noirs,
certains manifestants ont noté que le « service d’ ordre
» est uniquement composé de musulmans incultes et sales.
Presque tous FLN! Certains de ces Pieds Noirs « croient que c’
est le FLN qui s’ installe ». Lui, RICHARTE, il est au cœur de
ce dispositif et il rapporte ce qu’ il a entendu de bouches qui, dans
quelques instants, vont se fermer à jamais. Les minutes
fatidiques sont là. Il donne encore son sentiment:
« Pour moi, aujourd’ hui, avec le recul, la
préméditation ne fait aucun doute? Qui donc avait
intérêt à canaliser cette foule jusque là,
à la positionner pour qu’ on puisse lui tirer dessus? Qui a
donné l’ ordre de faire tirer sur une foule pacifique de
compatriotes dont le seul désir était de
témoigner sa solidarité au ghetto de Bab El Oued?
»
Il est des questions qu’ il suffit de poser. Néanmoins ce
témoin de poids pourrait quand même donner la
réponse. Il est clair qu’ il l’a connaît et qu’ elle
découle de bien plus encore que de son intime conviction.
Après 45 ans de silence et de réflexion, il pense avoir
compris qui a tendu l’ embuscade. Il est vrai qu’ il s’ en trouve
toujours pour accuser l’ OAS. On démontrera aussi que ce sont
les Juifs qui ont armé Hitler et qu’ Azincourt fut une
défaite programmée pour justifier l’ apparition future
de Jeanne d’ Arc. Chaque combattant de l’ OAS avait parents et amis
dans cette manifestation. Chaque participant de cette manifestation
avait parents et amis dans l’ OAS. Il faut avoir perdu le sens commun
ou idolâtrer De Gaulle jusqu’ aux portes de l’ enfer pour oser
pareilles accusations.
Après avoir douté, Monsieur RICHARTE dit: «
Sans aucun doute ». Il faut se méfier des idiotismes et
de la sémantique de notre langue qui parviennent à dire
une chose et son contraire. Pourquoi l’ expression « sans doute
» implique-t-elle justement que la réponse déborde
de doute et pourquoi un hôte désigne-t-il à la
fois celui qui est invité et son amphitryon?
RICHARTE doit surtout penser, le malheureux, qu’ il a
préféré la consigne à la conscience. Les
gaullistes, rois des coups tordus, savent faire faire par les autres
les besognes qui pourraient leur revenir en boomerang un jour. Le
pauvre tirailleur qui mit un coup de fusil dans la mâchoire du
général Giraud l’ apprit à ses dépens. De
même que Bonnier de La Chapelle, assassin de l’ amiral Darlan.
De même que les fusilleurs toujours hâtifs de Pucheu. De
Gaulle se justifiait d’ un argument qui fera blêmir les anges
du Jugement Dernier: « Le sang sèche vite ». L’ art
du gaullisme est d’ associer la parole de vrais témoins
à celle de témoins incertains et de clore le tout
à Montrouge, au Fort d’ Ivry ou dans quelque cul de basse
fosse.
Et De Gaulle, ce Néron drapé en César,
caché derrière les tentures de l’ Elysée,
attendant l’ appel de Fouchet, le Pitt Bull des Pieds Noirs, pour lui
apprendre que la voie est enfin libre et qu’ il n’ a pas de survivant
à se reprocher. Un prêtre et un médécin au
nombre des victimes. Ils avaient accouru pour accomplir leur saint
devoir. Dans ses livres De Gaulle ne se lassait pas de peindre les
horreurs de la paix. Bien qu’ il se soit rendu si hâtivement,
à Verdun, que l’ officier allemand ait refusé de lui
rendre les honneurs, De Gaulle déplore qu’ on parle avec
horreur de la guerre au lieu de représenter « tout ce qui
s’ y trouve d’ efficace et de grandiose ». Le personnage
préféré des Français, avec Zidane et
Noah, ne rêve que de plaies et de bosses:
« Que les événements redeviennent graves, le
péril pressant, que le salut commun exige tout à coup
l’ initiative, le goût du risque, la solidité,
aussitôt change la perspective et la justice se fait jour. Une
sorte de lame de fond pousse au premier rang l’ homme de
caractère. On prend son conseil, on loue son talent, on s’ en
remet à sa valeur ». (Suivez mon regard…!).
De Gaulle, fronçant le grave sourcil de la paranoïa
criminelle, enfin libéré de la souffrance de l’
hémorroïde algérienne et pouvant aller poser ses
fesses augustes dans les fauteuils de toutes les chancelleries
assiégeant les Etats-Unis d’ Amérique, comme il disait.
De Gaulle devant l’ infini qu’ il était prêt à
défier et devenant alors, au bout de son ambition
peuplée de néant celui qu’ il était, c’
est-à-dire non pas l’ Homme qui dit Non, comme se plaisent
à le penser les faux amateurs d’ éristique mais plus
psychiatriquement celui qui dit le contraire.
Autour de lui, toutes ces mains sinistrement gaullistes, ruisselantes du sang du massacre de la rue d’ Isly, trempées, le lendemain même, dans les bénitiers de Colombey pour oser – en plus – se bénir lui-même et se féliciter de la mission accomplie. Toutes ces mains si promptes à cacher, à enterrer, à évanouir les monceaux de cadavres innocents, à décorer les bouchers et les écorcheurs dans l’ Ordre de la Légion d’ Honneur, à liquider les témoins de cet abattoir de plein vent, à promouvoir les Colonels, les Généraux, les Ambassadeurs, les Commissaires, les Académiciens et les Historiens, tous les complices dans l’ illusion décoiffante du Vent de l’ Histoire. Ce vent qui tourne en viendra bien, peu à peu, souffle après souffle, émission après émission et espace de vérité conquis après espace d’ honneur rendu, à soulever les tonnes de la terre impie jetée sur tant de morts et parfois de vivants, qui n’ en finiront jamais, pourtant, de clamer leur innocence depuis le fond du fond de leurs tombeaux.
Cette émission a eu l’ infini mérite de
rafraîchir les mémoires. De montrer, grandeur nature, l’
aboyeur Fouchet, au soir du massacre, bavant sa fureur et sa haine au
service de son âme damnée. Elle a eu le mérite de
montrer l’ auteur du massacre, le Menteur du Forum, le fou
étoilé, fier de son crime, impatronisé dans le
meurtre en série après l’ avoir été dans
le règlement de compte politique et la fusillade individuelle,
prendre la parole à la télévision ce même
26 Mars à 20 heures sans dire un seul mot de ce qui s’
était passé à Alger.
Un silence aussi beau que la décision de la famille de rayer
du livre de l’ ensemble de ses « textes et messages »
publié chez Plon, il y a 25 ans, la phrase terrible du 6 Juin
1958 à Mostaganem. On ne saurait trouver de meilleur aveu chez
un criminel et sa bande que celui de la dissimulation des preuves.
Mais quand la preuve est aussi grande que le crime, c’ est que le
criminel est sans aveu!
Poursuivons la lecture du témoignage de Monsieur
RICHARTE:
« Qui a tiré le premier de la foule ou des tireurs
embusqués dans les maisons ou sur les toits? Qui
étaient ces tireurs? Barbouzes? Agents spéciaux? OAS?
Quelques tirailleurs d’ une section voisine devant la Poste, pris
sous le feu, ont riposté par réflexe, comme on le leur
a appris à faire et comme ils savent faire. Certains au
jugé, d’ autres sur des tireurs qui font feu dans leur
direction. Un tireur est abattu rue Lelluch: C’ est les tirs de son
fusil-mitrailleur qui résonnaient bien dans notre rue. On
apprendra plus tard que ce tireur était de type asiatique et
la Police l’ a rapidement fait disparaître. Dans la foule des
manifestants, certains – mais qui sont-ils – sont armés. Parmi
les tirailleurs on relèvera une dizaine de blessés.
Chez les civils, c’ est beaucoup plus grave: On parle d’ environ une
centaine de morts et de deux cents blessés ».
Pour Monsieur RICHARTE, il y a d’ un côté les
tirailleurs et de l’ autre, les civils. Il vous mettrait presque tout
ça dans le même sac. Et s' il dénombre dix
blessés d’ un côté, il avoue qu’ avec cent morts
chez ceux qu’ il appelle les civils, c’ est simplement «
beaucoup plus grave ». Fait-il l’ innocent ou l’ est-il
vraiment?
Après avoir très clairement mis en cause le
Gouvernement et établi la preuve qu’ une embuscade avait, bel
et bien, été tendue, ce demi témoin recule, en
oblique. Dans ses cauchemars, s’ il en a, voit-il des tirailleurs du
FLN, soudoyés par le fondateur élyséen de la
république terroriste du FLN en train de lui demander de
prendre garde s’ il en dit trop?
Après 46 ans de silence et de réflexion (sic!) et
après avoir écrit:
« Pour moi, aujourd’ hui, avec le recul, la
préméditation ne fait aucun doute »
Ce précieux témoin qui était là sans y
être tout en y étant se singularise par des
séries de questions qui tendraient à démontrer
l’ étendue de son doute.
Il se demande qui étaient ces tireurs: « Barbouzes,
agents spéciaux, OAS? »
Voilà les trois lettres qui comptent, qui pèsent, trois
lettres qui remplacent pour les assassins de la rue d’ Isly tous les
alphabets de la planète et même les alphabets
asiatiques: ces trois lettres sont: OAS.
Après avoir clairement affirmé, ce demi témoin
change de ton. Le voilà qui s’ interroge. Il pose surtout la
question qui va ravir les gaullistes, les spadassins du 26 Mars, les
hypocrites du 19 Mars, les porteurs de valise, les barbouzes,
fonctionnaires ou pas, recrutés à grand prix, les
historiens de télévision, les sycophantes
héréditaires qui ne manquent jamais dans ce pays, les
espions de la trahison et tous ceux que l’ épiphanie de la
vérité effraie parce qu’ asservis de vocation au
service d’ un Sauveur bien humain – et même bien inhumain - qu’
ils ne savent que maudire s’ il est Dieu et qu’ il leur demande de
trancher entre le oui et le non et de désigner le diable dans
celui qui confond les deux langages.
En participant au mensonge des menteurs, en participant à
sa propre curée, celle du peuple dont il se dit, pour
expliquer que son avancement a été retardé! –
Monsieur RICHARTE ressemble à celui qui évoquerait la
trahison possible d’ un Résistant à Caluire pour tenter
de démontrer que c’ est la Résistance qui est coupable
du martyre de Jean Moulin! Tous les culots sont permis quand la porte
de l’ ignominie s’ ouvre. Combien de Français ne se sont-ils
pas dit que finalement les Pieds Noirs n’ auraient pas
été mitraillés s’ ils étaient
restés chez eux!
Ceux qui ont osé penser pareille horreur en pensent-ils autant
quand il s’ agit de la Station de métro Charonne ou de la
grande rafle du Vel’ d’ Hiv?
Monsieur RICHARTE n’ a pourtant pas de nom à produire.
Monsieur SANGUINETTI dont toute la puérile
honnêteté se reflétait sur le visage l’ avait d’
ailleurs dit: « Barbouzes, connais pas! ». C’ est comme les
races, les barbouzes. Les races n’ existent pas. Seuls les racistes
existent. Il y avait une OAS à abattre et tout le monde
connaissait l’ existence des barbouzes. Sauf les tueurs de Monsieur
De Gaulle. Jusqu’ à la tuerie d’ Auriol le gaullisme et sa
longue traînée de sang n’ ont fait que diviser les
Français et les rendre idiots.
Après tant d’évènements vécus, Monsieur
RICHARTE est persuadé qu’ il va être interrogé.
Mais non. Il ne l’ est pas. Il aurait, pourtant, beaucoup à
dire, pense-t-il, candide. Mais comme il est Pied Noir et même
plutôt partisan de l’ Algérie française il finit
par comprendre vite qu’ on veut l’ empêcher de parler. 46 ans
après il le fera, en tout cas, en pleine vérité
et en pleine audace, pour que ses enfants et petits-enfants sachent.
Il est des héroïsmes qui vous mettent au
garde-à-vous.
Avec le temps il finira bien par rejoindre le panthéon
oublié du général Hugo, mis en
disponibilité pour avoir refusé de constituer le
peloton d’ exécution du Lieutenant Degueldre ou du
général de Larminat qui se tira un coup de fusil dans
la bouche le lendemain de sa rencontre avec le Grand Homme, lequel
lui demandait de présider le Tribunal Militaire.
Et puis la guerre est finie. Les Tartuffes du 19 Mars dorment déjà tranquilles depuis un moment. Le massacre des 150.000 Harkis ne les concerne plus. Ils vont s’ arc-bouter à la date fantoche du 19 Mars. Comme ces violeurs de l’ adolescence qui décident de devenir amnésiques pour se soulager d’ un génocide qui n’ a jamais existé puisque les plaques des rues et des avenues le disent, ils effacent d’ un coup de commémoration patriotique et syndicratique la disparition de 500 militaires français, absents à l’ inventaire. Eux aussi ils n’ avaient qu’ à se trouver ailleurs! La preuve: A la FNACA on a bien su montrer l’ exemple puisqu’ on est encore vivants et même qu’ on fête ça chaque année avec les vieux copains du Régiment!
Evitons aussi, s’ il vous plaît, de pleurnicher sur les quelques milliers de Français d’ Algérie qui vont manquer à l’ appel. On attend leur Madame Taubira, leur Mandela, leur Aimé Césaire. Manque de chance pour eux. Camus est mort depuis longtemps.
Quand au cœur de la Guerre froide le russe Kravchenko avec son livre explosif: « J’ ai choisi la liberté » est venu en Occident dénoncer le Goulag et les horreurs communistes, Louis Aragon, Emmanuel d’ Astier de La Vigerie, Pierre Cot, Vercors, Frédéric Joliot-Curie, Roger Garaudy et tous les chiens de garde du Parti Communiste viennent, à la barre du tribunal, traiter le dissident russe de menteur. Le président du tribunal invoque que Kravchenko a déserté son pays et que les plaignants ont tous été de « bons résistants ». Le 25 février 1966, un dénommé Peter Martin, qui affirmait être menacé de mort par des agents soviétiques, se suicide aux Etats-Unis. C' était Kravchenko. La méthode De Gaulle, c’ est la même, dans la proportion hexagonale évidemment, ce qui fausse les estimations de ceux qui ne plongent pas leur nez dans l’ investigation. Ou de ceux qui n’ ont pas la conscience assez tranquille.
Donc, la guerre est finie. C’ est « La valise ou le cercueil
». L’ indifférence absolue de la France entière
devant un peuple trompé, jeté à la mer par les
palinodies machiavéliques d’ un malfaisant sans
équivalent. Mais surtout un peuple qui gâche la
fête des vacances en plein mois de Juillet 1962 avec des «
Exodus » plein les ports mais qui sont passés de mode. De
Gaulle maintient la flotte française dans la Baltique et
ordonne le retour massif en Algérie des Harkis qui n’ ont rien
à faire en France. Ceci permettra à Monsieur MESSMER de
déclarer qu’ il est innocent du sang des Harkis puisque c’ est
le FLN qui l’ a fait couler.
Monsieur BAJOLET, pareillement, s’ en prend aux 26.000 militaires
tués en Algérie en déclarant « qu’ ils ont
perdu la vie pour une cause qui n’ était pas la leur ».
Ca ne pouvait même pas s’ imaginer!
Dans 20 ans, les juges mettront dans les fers ces expéditionnaires inconscients qui font régner la terreur, aujourd’ hui, dans les maquis afghans, sous l’ uniforme français ainsi que ces Policiers et Gendarmes qui au mépris de toute dignité humaine et en infraction absolue avec les Droits de l’ Homme accomplissent un devoir qui ne deviendra demain qu’ une bavure perpétuelle.
Quatre années après le: « Vive l’
Algérie Française » du Mégalomane
étoilé, trois années après qu’ il ait
déclaré: « Quelles hécatombes
connaîtrait l’ Algérie si nous étions assez
stupides et assez lâches pour l’ abandonner », au
mépris superstitieux de son exclamation: « Moi vivant,
jamais le drapeau fellagha ne flottera sur Alger » c’ est l’
exode d’ un million de Français d’ Algérie.
Le peuple qui est alors jeté à la mer par le chef de la
France Libre (France Libre dont l’ effectif a totalisé 20.000
combattants durant toute la guerre) est ce même peuple qui a
donné 175.000 volontaires (17 % de la population) pour
libérer – effectivement – la France au sein de la 1ère
Armée française et qui a sacrifié 20.000
tués et 32.000 blessés, soit environ 18 % de l’
effectif. (Chiffres de l’ effectif européen).
Monsieur RICHARTE résume pudiquement la suite et la
fin:
« Les autorités proposent aux tirailleurs et à
leurs cadres d’ entrer dans la « force locale » au service
du FLN mais sans succès à ma connaissance. (sic!)
Certains tirailleurs choisissent de partir à la retraite avec
un pécule, d’ autres de rester dans l’ Armée en
Algérie ou en métropole. Je suis moi-même
affecté au Centre d’ Instruction du 126 RI à Brive La
Gaillarde et détaché un temps au camp militaire de la
Courtine pour assurer une formation à des harkis et leurs
familles ».
En 46 ans, il a bien dû finir par apprendre que les harkis dont
il parle, ces harkis dont De Gaulle ne voulait pas en France et qu’
il traitait de « bougnoules » ont presque tous
été massacrés dans les jours, les semaines, les
mois qui ont suivi l’ indépendance de l’ Algérie. Les
héros de la FNACA, les « Malgré Nous » de la
guerre d’ Algérie qui se réunissent tous les 19 Mars
pour maudire la sale guerre n’ ont sans doute rien à faire de
la mémoire et de la souffrance de ceux dont ils ne veulent
même pas savoir l’ existence ni le sort.
Grâce à des films comme celui de Monsieur Weber, ils seront un jour confrontés à leur infinie lâcheté comme leurs pères le furent parce qu’ ils avaient préféré ignorer Auschwitz en regardant passer les trains bondés. Le retour de manivelle sera d’ autant plus douloureux que la rétention de la vérité aura été longue. Ils apprendront et ils verront au cinéma la reproduction des crimes qu’ ils ont couverts et qu’ ils ont ensuite voulu étouffer. Obligés à rentrer en Algérie où les égorgeurs les attendaient, c’ est par centaines qu’ ils se jetèrent par-dessus bord en pleine mer, choisissant de mourir noyés plutôt que d’ entrer vivants dans des concasseurs (800 dans la Vallée de la Soummam) promenés nus dans des champs de cactus, écorchés, ébouillantés, enterrés vivants…
Depuis le Camp de Brive La Gaillarde où il s’ est
retrouvé pendant que ses compatriotes battaient la semelle
dans des halls et des hangars où l’ accueil… fraternel des
métropolitains les confinait, quand cet accueil ne les
invitait pas à plier bagages pour ailleurs au plus vite,
depuis le Camp de la Courtine où il eut sans doute l’ occasion
de réfléchir à ce qu’ il venait de vivre,
Monsieur RICHARTE s’ est-il posé la question de savoir ce qu’
étaient devenus « ses » tirailleurs et « ses
» harkis qui avaient eu la malchance de ne pouvoir embarquer
pour cette mère patrie qui essuyait ses brodequins boueux et
sa conscience chargée sur leurs dos martyrisés?
Les silences et les interrogations stupéfiantes de Monsieur
RICHARTE, mêlées à ses accusations et à
ses découvertes en disent autant que ses paroles.
Il y avait mille motifs de redouter une émission,
même si tardive, sur le sujet interdit de notre mémoire
nationale. Cette émission a été
bénéfique à la progression de la
vérité et de la réconciliation. Elle a
donné la parole aux sœurs Ferrandis si durement
frappées ce jour-là. Elle a aussi donné la
parole à Simone Gautier qui dit tout son inguérissable
déchirement dans son livre:
« Philippe, cité à l’ ordre de la Brigade et
à l’ ordre du Régiment, pendant son service militaire,
pour avoir à chaque fois ramené ses hommes, s’
était fait tuer d’ une balle dans la tête, de
façon délibérée, par l’ armée
française, comme on achève les chevaux ou plutôt
un chien enragé. Achevé à bout portant, il a vu
la mort arriver. De quel côté se trouvaient donc les
bêtes sauvages? Philippe, cité de façon
élogieuse par cette même armée qui parlait d’
honneur, de courage, de valeur…Je n’ ai pas besoin de consulter les
archives pour reconnaître dans cette sauvagerie et cette haine
une volonté délibérée, calculée,
préméditée... La violence de cette
cruauté sur lui, cette mort humiliante infligée
à un homme courageux et généreux, lui si
généreux, cette violence s’ est emparée de moi.
Je crois qu’ on peut mourir de chagrin, devenir fou, ne pas
revenir…..
J’ ai entassé tout ce qu’ il y avait dans l’ appartement, je
voulais y mettre le feu, mais je n’ ai fait que tout casser. J’ ai
maudit la France pour sept générations, j’ ai
supplié Dieu qu’ il existe afin qu’ il refuse à tous
ces gouvernants tout espoir de rédemption, j’ ai prié
de toutes mes forces pour que ces donneurs d’ ordre périssent
par le feu, le fer et le sang, que ces faiseurs de destins trahis au
nom de la loi, que ces faiseurs de belles paroles, crachats plein de
pus, croupissent en enfer à jamais. J’ ai invoqué la
malédiction définitive sur ma patrie, l’
Algérie, et sur ce pays, la France, que j’ avais tant
aimée à l’ école. J’ ai supplié que
toutes les souffrances des corps et des âmes soient à
jamais réservés à ceux-là: les entendre
gémir, supplier, hurler de terreur, courir de terreur… et
mourir dans le caniveau... Je serai là, pour les venger…..
Et puis je me suis arrêtée de hurler. »
Puissent maintes autres émissions de la valeur de celle de Monsieur Weber aider sans relâche à la pacification des cœurs et à la réconciliation des Français si la compassion que méritent les victimes finissait par atteindre un jour le niveau de considération que les vaincus du 19 Mars concèdent à leurs vainqueurs, tous victimes de l’ odieuse machination du même.
Guy ROLLAND
L’ Islam ou l’ Intégrisme? ou plutôt apologie du racisme?
Alors profitons-en pour examiner l' apologie du racisme chère et cher à la substitute Laurence Di Rollo du parquet de Montauban à l' aide du livre L’ Islam ou l’ Intégrisme? de l' iman salafiste montréalais Abou Hammaad Sulaiman Dameus Al-Hayiti! Etant précisé bien entendu qu' il s' agit là de l' apologie du racisme version islamique!
< Extraits du livre de l' iman salafiste montréalais Abou Hammaad Sulaiman Dameus Al-Hayiti (fautes comprises)
Les mécréants
La plupart des mécréants « vivent comme des
bêtes »
« ils sont des gens pervers, qui adorent la perversité
», et « ils sont nos ennemis »
« le fait d’ envoyer nos enfants, garçons ou filles,
à l’ école avec les mécréants dans leurs
écoles a des effets dévastateurs sur leurs croyances,
leurs comportements et leurs caractères. Car les enfants des
mécréants sont les enfants les plus pervers qui soient
et ils adoptent très tôt le comportement de leurs
parents »
« Et le fait de fréquenter des mécréants
risque de créer dans le cœur de nos enfants, de l’
amitié pour eux, ce qui représente une contradiction
des fondements de l’ Islam. Car l’ Islam interdit de prendre
même les plus proches parents comme amis s’ ils sont des
mécréants »
« il n’ y a pas de doute qu’ il n’ est permis aux musulmans d’
aimer ou de prendre pour amis, quiconque suit une autre religion que
l’ Islam »
« Ils se disent ouvert d’ esprit, mais en réalité ils n’ ont ouvert leur esprit qu’ aux ordures et à la saleté, et l’ on fermé à tout ce qui est pureté et raison! »
L’ homme est supérieur à la femme
« l’ homme est supérieur et meilleur que la femme
». En général, « l’ homme est plus complet
dans son intellect et dans sa mémoire que la femme »
« Les mécréants le reconnaissent aussi, mais ils
ne veulent pas accepter la vérité parce qu’ ils sont
aveuglés par leurs passions »
La musulmane est supérieure à la
mécréante, une impudique
« La femme musulmane voilée est une lumière,
dans les ténèbres du 20ième siècle, elle
porte le flambeau de la pudeur, de la chasteté et des valeurs
Islamiques »
« Elle porte le message libérateur de « LA ILAHA
ILLALLAH », à la pauvre femme de l’ occident qui a tout
perdu de sa féminité, de sa dignité, de son
honneur et qui crie désormais pour son sauveur »
« Les conséquences de l’ impudeur sont « les viols,
les maladies vénériennes, le Sida, l’ herpès,
les familles monoparentales, la délinquance, la
pauvreté, l’ ignorance et tant d’ autres »
« Les mécréants ne vont jamais admettre que ces
problèmes sociaux sont les résultats de leur refus d’
accepter de se soumettre à Allah, car l’ orgueil les
dévore »
« ...les hommes mécréants ont uniquement voulu
libérer les femmes pour des raisons économiques (pour
avoir une main-d’ oeuvre moins chère) et pour profiter d’
elles sexuellement »
« les mécréants ne seront pas contents de nous
tant que nos femmes ne seront pas dans leurs lits, dans leurs
magazines et dans leurs clubs de danseuses! »
« Si une musulmane est mariée à un non-musulman
... leur mariage est invalide, elle est en réalité dans
l’ adultère »
Les ethnies ne sont pas égales
« Peut-on douté de la supériorité des
principes Islamiques sur les principes corrompues des cultures de l’
Orient et de l’ Occident? La culture est basée sur les
croyances d’ un peuple. Plus elle se rapproche de la
révélation d’ Allah, plus elle est supérieure!
»
« Voilà pourquoi les ethnies ne sont pas égales.
»
Le musulman est supérieur aux
mécréants
« …le croyant ne doit jamais mettre son frère en
Islam au même niveau que le mécréant. En fait,
mettre le mécréant à égalité avec
le croyant, est une des plus grandes formes d’ ignorance et d’
injustice »
« La règle est que le plus désobéissant des
musulmans, est meilleur que le plus vertueux et le plus poli et le
plus honnête et loyal des mécréants »
« La nation musulmane est en fait la plus
équilibrée et la plus juste »
Le christianisme
« C’ est à cause de cette religion de mensonge, qui
va contre la nature humaine, que l’ Occident est aujourd’ hui
noyé dans la perversité, dans la corruption et l’
adultère »
Les Juifs
Les Juifs « répandent la corruption et le
désordre sur la terre »
La plupart des Juifs « ne recherchent que les
intérêts matériaux et l’ argent, à part
cela ils n’ ont rien »
Les Juifs « occupent injustement » la Palestine dans le
seul but de « remplir cette terre de corruption et pour
transgresser les lois d’ Allah au nom de la laïcité
»
L’ esclavage
« avoir des esclaves n’ est pas interdit »
« Allah a permis à l’ homme de se marier avec deux, trois
ou quatre femmes, mais celui qui craint de ne pas être juste
peut en épouser une seule ou avoir des esclaves. »
La démocratie est contraire à l’ islam. Le djihad
est un devoir de sédition
« la démocratie est un système qui s’ oppose
totalement à l’ Islam »
« la liberté … est un principe qui est étranger et
contraire à l’ Islam et donc, par conséquent faux
»
« [la liberté] ne sert d’ excuse qu’ à la
corruption » et à « s’ abaisser aux niveaux les plus
bas de la bestialité »
« la liberté de croyance, c’ est en réalité
la liberté d’ apostasie! »
« Celui qui quitte l’ Islam, on lui coupe le cou »
« peu importe la manière dont elle est comprise et
appliquée … [la laïcité] est une pure
négation de l’ Islam »
« Si les musulmans sont forts et qu’ ils ont la capacité
de combattre le dirigeant mécréant et de le retirer du
pouvoir et de mettre à se place un dirigeant musulman, il leur
est obligatoire de le faire et cela fait parti du Jihad dans le
chemin d’ Allah »
« l’ injustice ne pourra jamais disparaître de la face de
la terre, tant que l’ Islam et que la Shari’ah ne sera appliquer
comme il faut dans le monde entier »
« L’ Islam nous ordonne de détruire toutes les idoles
» que sont « les principes de démocratie, de droits
de l’ homme, de laïcité, de liberté, d’
égalité, de modernité »
dans un état islamique, les chrétiens et les Juifs
peuvent garder leur religion mais ils doivent payer une somme d’
argent, la Jizyah. « Le but de la Jizyah est d’ humilier et de
punir les mécréants pour les inciter à accepter
l’ Islam ». Les autres mécréants (hindous,
bouddhistes, athées, etc.) doivent accepter l’ islam, sinon il
faut « les tuer ».
CONCLUSION
Si vous faites partie d’ une minorité, vous pouvez en toute
impunité tenir un discours haineux et méprisant envers
la majorité ou envers d’ autres minorités. Les normes
de tolérance, de respect et de civilité applicables
à la majorité ne s’ appliquent pas à vous. L’
égalité en droit, selon la CCDP, n’ existe donc
plus.
Si vous faites partie d’ une minorité religieuse, vous pouvez
en toute impunité propager une idéologie
suprématiste et prôner l’ extermination d’ autres
minorités, et même de la majorité, si c’ est la
doctrine de votre religion.
Si vous faites partie de la majorité, et que vous critiquez l’
idéologie suprématiste, totalitaire,
antidémocratique, séditieuse et liberticide d’ une
minorité, vous risquez d’ être poursuivi. >
Conformément aux usages de la Halde et des tribunaux correctionnels maçonnqiues satniques islamiques en France, la Commission canadienne des droits de la personne (CCDP) refuse d’ enquêter sur la plainte de Marc Lebuis, directeur de Point de Bascule contre le livre L’ Islam ou l’ Intégrisme? de cet iman préchant cette véritable religion d' amour, de paix et de tolérance qu' est l' islam consigné dans ce manuel du parfait sale môme qu' est le coran. Mais en langue arabe islam signifie soumission... il n' y a pas d' autre choix.
Fernand CORTES
au (33) 613 27 32 83
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