"Quiconque nie que le terrorisme fait partie de l' islam est un mécréant": Omar Bakri Mohamed (leader musulman anglais)
Introduction
La paix sur terre aujourd' hui est moribonde et on dit la IVe guerre mondiale commencée, la IIIe étant la Guerre Froide.
L’ enjeu nouveau n’ aurait pas pu être cité il y a seulement 30 ans sans faire hausser les épaules, doucement sourire, ou hurler de rire. On aurait pu imaginer mille autres contentieux portant sur des territoires, des mers, du pétrole, des gisements, de l’ eau, des brevets, des droits, la genèse ou gestation de nouveaux systèmes économiques, la volonté d’ hégémonie, etc...
Non, la situation est plus grave que tout cela : le contentieux fondamental est au plus haut rang de l’ immatériel. Il est de l’ ordre suprême du sacré. Le sacré, ce roc immatériel, socle porteur où se cristallise la quintessence de la nature humaine, ce sur quoi repose son intimité secrète. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l' enjeu est religieux.
Oui la religion a toujours fait se heurter les hommes. Mais aujourd’ hui est différent. La puissance des armes peut en une heure irréversiblement anéantir l’ humanité et le fait vraiment nouveau est que la religion peut mettre toute seule ces armes en mouvement.
L’ avenir de notre quotidien terrestre et matériel repose donc sur l’ adhésion ou non de combattants réels à des croyances sur l’ au-delà, sur ce qui se passe dans une zone qui échappe et échappera toujours par essence au vérifiable, au rationnel, au quantifiable, à l’ expérience scientifique. La croyance religieuse est un corpus d’ informations métaphysiques parfaitement indémontrables et n’ ayant pas la plus petite chance d’ être démontrées scientifiquement dans les « siècles des siècles ».
L’ horreur d’ une guerre de religion réside dans le fait qu’ il n’ est pas possible de « démontrer » le sacré, ni espérer rationnellement raisonner l' adversaire, ni le terroriser, ni lui infliger des souffrances telles qu’ il « cédera ». Le sacré est sacré, ce qui signifie justement insensible à toutes les pressions humaines.
Une façon de vaincre serait d’ anéantir totalement le siège de la croyance, c’ est à dire l’ adversaire physique. Même cette « solution finale » est à courte vue puisque la croyance des vaincus et disparus peut toujours gagner les rangs du vainqueur. L’ impasse est totale, le piège parfait, les armes terrifiantes.
L’ absurdité de cette situation a quelque chose de magnifique et d’ horrible. Comment a-t-on pu en arriver là et qui a pu créer une telle situation? Question naïve? Interrogation ridicule? Réponse inexistante? Cul de sac dialectique? Quelle force inconnue peut générer à la fois le magnifique et l' horrible?
Nous adopterons ici le point de vue subjectif de la foi chrétienne qui est la nôtre pour logiquement proposer à un problème religieux une explication religieuse.
Pour comprendre et apprécier ce qui va être évoqué ici, il convient de connaître les bases de la matière religieuse du Judaïsme, du Christianisme et de l’ Islam. La plupart des lecteurs ont sur ces sujets une connaissance souvent modeste mais suffisante pour la lecture qui suit.
Ecrire sur Dieu et sur les êtres qui sont par définition supérieurs à l’ homme en hiérarchie théologique comporte risques, précautions et contraintes. L’ une est de reconnaître la difficulté à appréhender ces êtres, l’ autre est de croire qu’ on ne peut rien en appréhender du tout.
Parler de religion et décrire les êtres métaphysiques revient à peindre un tableau dont le sujet est invisible. Il faut donc procéder indirectement. Tels les physiciens qui ne peuvent espérer appréhender les particules élémentaires de la matière que par les traces qu’ elles laissent lors de collisions déclenchées dans les cyclotrons, les théologiens ne peuvent espérer appréhender Dieu et ses créatures surnaturelles, s’ ils existent, que par l’ analyse d’ effets réels et objectifs, jamais par vision directe.
Le centre du tableau à peindre comporte donc une image forcément indistincte mais les contours deviennent de plus en plus nets, au fur et à mesure que l’ on s’éloigne vers les bords, puisque le peintre peut observer seulement des ombres portées et des effets humainement perceptibles de ce qui est au centre et restera à jamais invisible. Voyons donc ces ombres et ces effets.
I- Les Pères de l’ Eglise
Les Pères de l’ Eglise sont les théologiens qui ont « fait » l’ Eglise, c’ est à dire ici le Christianisme au sens large (Catholiques, Protestants et Orthodoxes). Les Pères de l’ Eglise ont patiemment défini pour les générations futures la substance précise du Message laissé par le Christ. Ce ne fut pas une mince affaire. Ce Message, il a d’ abord fallu le rapporter oralement pendant des décennies, dans l’ esprit et autant que possible, la lettre où il avait été énoncé, puis l’ écrire noir sur blanc, puis le commenter et l’ éclairer et tout cela en le vivant simultanément. Il a aussi fallu combattre les hérésies des premiers siècles (gnose, montanisme, adoptianisme, arianisme, nestorianisme, monophysisme, pélagianisme etc.), alors que le corps de doctrine était encore nouveau et donc mal compris de l’ ensemble du monde.
Le titre posthume de Père de l’ Eglise est attribué à tout théologien réunissant 4 caractères : Orthodoxie de la doctrine qu’ il a professée, Sainteté reconnue de sa vie, Approbation de l’ Eglise (qui est le corps complet de tous les croyants représenté par sa plus haute hiérarchie), Ancienneté.
Cette époque des Pères de l’ Eglise, dite patristique, théologiquement la plus riche puisqu’ il fallait en quelque sorte « asseoir le Message pour l’ éternité», se termine avec Isidore de Séville †en 636 en Occident, et avec Jean Damascène † en749 en Orient.
Les Pères de l’ Eglise n’ ont pas eu à se prononcer sur l’ Islam dont le livre fondateur, le Coran, n’ a été écrit que vers 680, près de 50 ans après la mort de Mahomet en 632, pas même Jean Damascène, pourtant né vers 650.
Jean Damascène (aussi nommé Mansour), chrétien qui, dit-on, avait succédé à son père comme ministre des finances du calife de Damas, a dû quitter son poste en l’ an 700, alors qu’ il était placé devant l’ alternative de le garder ou d’ abjurer sa foi pour embrasser l’ Islam. Retiré dans la vie monastique dès l' an 700, Jean a écrit "la source de la connaissance", premier traité synthétique raisonné du dogme chrétien. Alors qu’ il ne mourut qu’ en 750 âgé de 100 ans passés, Jean Damascène a traité l’ Islam par le mépris en ne lui faisant l’ aumône d’ aucune réflexion, ni analyse qui nous soit parvenue, malgré les très nombreux travaux théologiques signés de lui.
Alors que l’ incendie allumé par Mahomet se déclarait aux portes-mêmes de son monastère (califat Omeyyade de Damas), Jean Damascène a (implicitement au moins) affirmé la suprématie absolue du Christianisme sur l' Islam, doctrine qu’ il ne peut pas ne pas avoir eu l’ occasion d’ analyser en grand détail, vu sa personnalité propre et les circonstances de la perte de sa charge de ministre. Etrange et fascinant chassé-croisé de l’ Histoire qui semble de la plus parfaite actualité avec les débats et tensions du XXIe siècle.
Ce silence total des Pères de l’ Eglise sur l’ Islam, en partie imposé par la chronologie, est assourdissant aujourd’ hui, alors que l’ Islam, au début du IIIe millénaire, envahit des pays christianisés depuis 2000 ans comme l' Italie. Ce silence est d’ autant plus gênant que, depuis 2000 ans, des ouvrages innombrables ont traité des hérésies du Christianisme et que l’ Islam est théologiquement ancré dans le Christianisme et le Judaïsme.
Pierre LAGIER
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