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From: joseph castano
Sent: Tuesday, June 29, 2010 5:25 PM
Subject: ORAN… 5 JUILLET 1962
« J’ écris dans ce pays que le sang défigure qui n’ est plus qu’ un monceau de douleurs et de plaies, une halle à tous vents que la grêle inaugure, une ruine où la mort s’ exerce aux osselets. » (Louis Aragon - « François la Terreur »)
Ce jeudi 5 juillet ne paraissait pas devoir être, à Oran, une journée plus angoissante que les autres. Comme depuis cinq jours, les Oranais s' éveillaient dans les rumeurs d' une foule qui avait déjà envahi la rue, ivre de promesses et de rêves. On allait enfin connaître le bien être, le monde allait changer de face, le pactole allait couler. Et la fête continuait... tandis que les Français qui étaient encore là bouclaient leurs valises ou attendaient, écrasés de soleil et de misère, un bateau sur les quais ou un avion aux abords de l' aérogare.
Un soulagement pourtant se faisait jour parmi ces Français-là. Tous avaient redouté la date fatidique du 1er juillet (référendum) et plus encore celle du 3 juillet qui avait vu défiler sept katibas de l' ALN dans Oran. Or, rien de ce qu' on avait craint ne s' étai passé. Les enlèvements se succédaient, certes, les attentats sournois au coin des rues, aussi, mais il n' y avait pas eu de déferlement de la masse musulmane et le chef de détachement des unités de l' ALN, le Capitaine Bakhti avait déclaré aux Européens: « Vous pourrez vivre avec nous autant que vous voudrez et avec toutes les garanties accordées par le GPRA. L' ALN est présente à Oran. Pas question d' égorgements. Bien au contraire, nous vous garantissons une vie meilleure que celle que vous connaissiez auparavant! »
De plus, le général Katz, en personne, avait estimé qu’ il avait pris toutes les dispositions nécessaires pour que les manifestations du 5 juillet à Oran se passent dans le calme le plus absolu. Avec le Capitaine Bakhti, il s’ était engagé à ce que les réjouissances algériennes ne débordent pas en ville européenne. Pourquoi dans ce cas là s' inquiéter plus que de coutume? La fête marquant la célébration de l' indépendance algérienne pouvait commencer...
Cependant, dès l' aube, le village nègre (quartiers arabes) se mit en mouvement et contrairement à ce qui avait été promis, ce furent des milliers de Musulmans qui déferlèrent vers la ville européenne, s' étourdissant dans les cris, les chants, les you-you des femmes. Rien ne laissait encore prévoir le drame qui allait se passer. Pourtant de nombreux Européens constatèrent que certains avaient une arme à la main et que beaucoup d' autres tentaient de dissimuler soit un revolver, un couteau, un fusil, une hache ou un gourdin. Le doute n' était plus permis. Alors les plus avertis se barricadèrent et on essaya de prévenir par téléphone les amis et la famille de ses craintes.
Place Jeanne d' Arc située devant la cathédrale, une Musulmane, après avoir poussé une série de you-you stridents, grimpa sur le socle de la statue équestre de la pucelle d' Orléans. On lui tendit un drapeau vert et blanc qu' elle accrocha à l' épée que Jeanne d' Arc pointait vers le ciel. Une immense clameur accueillit cette action. Survoltée par sa prouesse, la mégère entreprit, toujours juchée sur le socle, une danse du ventre endiablée, supportée en cela par des milliers de mains qui claquaient au rythme de la danse. Il n' y avait plus de France en Algérie, il n' y avait plus de pucelle Française. L’ Algérie appartenait aux Algériens!
A midi moins dix, devant le théâtre municipal où s' était rassemblée la foule, un silence incompréhensible s' établit soudain. Des responsables du FLN, étaient là, encadrant la meute et semblant attendre un signe. Puis quatre coups de feu isolés se firent entendre. C' était le signal! Ce fut alors que plusieurs hommes, semblant mettre à exécution un plan mûrement réfléchi, partirent en courant dans toutes les directions, criant: « C' est l' OAS, c' est l' OAS qui nous tire dessus!» entraînant par là même la foule qui se mit également à courir en criant « OAS, OAS, OAS! »
De ce rassemblement qui se devait - aux dires de Katz - être pacifique, émergèrent soudain des hommes en armes qui, pour affoler les gens, tirèrent dans toutes les directions - y compris sur la foule - aux cris de « OAS assassins! Sus à l' OAS! »
Bientôt le feu fut dirigé sur les sentinelles françaises en faction devant la mairie, le Château-Neuf (là précisément où se tenait l' état-major de Katz) et l' hôtel Martinez qui hébergeait les officiers français. Après un moment d' hésitation, les soldats français ripostèrent à leur tour avant de se barricader. Ce fut là le point de départ du plus grand pogrom anti-européen que l’ Algérie n’ eût jamais connu.
Ce qui va se passer ce 5 juillet à Oran, sera insoutenable à voir. Toutes les limites de l' horreur seront franchies. Des centaines d' Européens seront enlevés; on égorgera, on émasculera, on mutilera pour le plaisir, on arrachera les tripes des suppliciés, on remplira les ventres de terre et de pierraille, des têtes d' enfants éclateront contre les murs comme des noix, des hommes seront crucifiés, brûlés vifs; des femmes seront violées puis livrées à la prostitution; le sang se répandra en nappes tandis qu' au village nègre, les Européens encore vivants seront suspendus par le palais aux crochets d’ abattoir.
Comment pardonner, 48 ans après l’ horreur de ce sang pleurant des viandes… ces bouts de cadavres que l’ étal tenait suspendu à ses crochets? Le crime est bien trop grand pour que nous n’ en perdions jamais le souvenir!
Très vite, les Européens qui ne s’ attendaient pas à ce déferlement de violence furent pris en chasse et bientôt ce ne fut qu’ horreurs et abominations.
Les cris de terreur trouvaient leur écho dans toutes les gorges des victimes pourchassées. Il ne subsistait plus le moindre sang froid, plus le moindre germe d' humanité... Ce n' était plus qu' une avalanche de démence et de terreur. Le carnage était sans précédent. La puanteur uniforme de la mort avait remplacé les odeurs multiples de la vie.
Pendant ce temps, l' armée française se barricadait dans les postes de garde en position de surveillance. Un hélicoptère survola la ville. A son bord, le Général Katz essayait d’ apprécier la situation. D' après le rapport des sentinelles, sur la seule place d' Armes, il y avait au moins vingt cadavres d' Européens affreusement mutilés. Mais du haut de son appareil, le « boucher d' Oran » - ainsi l' avaient surnommé les Oranais - crut pouvoir conclure que la ville semblait calme (!). Tout était, apparemment, rentré dans l' ordre! Il valait mieux éviter un affrontement avec le FLN, pensa-t-il!... et le drapeau français fut amené pour ne pas exciter davantage la multitude.
Chaque Européen était devenu proie, gibier face à la foule terrible, acharnée à sa joie, déchaînée, et quand ils apercevaient des véhicules de l' armée française, en proie à la terreur, tentaient d' y grimper… ils y étaient la plupart du temps repoussés à coups de crosse.
C' était l' épouvante parmi eux. « Mais que fait l' armée, que fait l' armée? » disaient-ils. Ils entendaient encore les hauts parleurs des camions militaires promener dans toute la ville, le lancinant et rassurant appel: « Oranais, Oranaises, n' écoutez pas ceux qui vous mentent (sous-entendu, l' OAS). L' armée est ici et restera pendant trois ans pour vous protéger. ». C' était, les 26, 27 et 28 juin 1962!
Des hommes en tenue de combat, rutilantes de neuf, « les valeureux soldats de la libération », et d' autres civils armés se déversaient dans les immeubles et en ressortaient des files d' Européens, hommes, femmes, enfants, vieillards. Ces malheureux « convois de la mort » prenaient la direction d' Eckmuhl, du Petit Lac et de la Ville Nouvelle, mains sur la tête, sous les sarcasmes, les crachats, les injures, les coups et les huées de la populace. Pour eux, c' était la fin, ils le savaient et ils priaient pour que la mort vînt les prendre le plus vite possible et les arracher aux supplices qui les attendaient. Avec amertume ils se remémoraient les paroles de Fouchet: « La France n' oubliera jamais l' Algérie. Sa main sera toujours là pour l' aider»... « Comment pouvez-vous croire que la France puisse vous abandonner? Vous avez la garantie d' un traitement privilégié ».
Il est vrai que le Ministre n' avait pas précisé de quel traitement il s' agirait!... Et aujourd' hui, la ville toute entière leur paraissait une tombe: la leur. Aucune aide de personne à attendre. Crier, appeler au secours, tout était inutile. C' était le colonialisme et la génération nouvelle qu' on allait détruire, voilà tout. Alors, qu' importait qu' on saignât les enfants et qu' on ouvrît le ventre des mères, qu' on arrachât les tripes des suppliciés et qu' on les pendît par les pieds au-dessus de braises incandescentes...
A dix sept heures, enfin, le bruit caractéristique d' un convoi de camions se fit entendre. C' était la gendarmerie mobile, l' âme damnée du Général Katz qui prenait position. Dès cet instant, comme par miracle, la manifestation prit fin et la populace disparut... mais il était trop tard.
Des centaines de cadavres jonchaient les rues, le sang avait maculé trottoirs et rigoles, les appartements étaient dévastés, les magasins pillés, les disparitions ne se comptaient plus, la ville avait pris le visage de l' apocalypse.
Pourquoi cette intervention s' était-elle produite si tardivement? Avait-on décidé de faire payer aux Oranais leur folie, leur passion pour l' Algérie française, leur trop grande fidélité à l' OAS?
Où était passé le Capitaine Bakhti, l' homme fort, l' homme de confiance de Katz, qui avait déclaré le 3 juillet qu' il n' était pas question d' égorgement?
La réponse est simple: Paris, qui, grâce à ses renseignements, s' attendait à cette explosion de folie furieuse, avait ordonné à Katz « de ne pas bouger, de laisser faire ». Et Katz, grosse brute bornée qui tirait vanité de sa servilité - même quand il s' agissait d' assassiner ou de laisser assassiner des Français! - à la recherche constante d' une nouvelle étoile, obtempéra aveuglément. Ceci est une certitude. Les preuves matérielles foisonnent en ce sens. Ce qui est incontestable, c' est que l' ordre de Paris, capté à la poste centrale vers 16 h 30, de faire cesser la tuerie eut instantanément son effet. A 17 heures, tout était fini et la ville abasourdie était plongée dans un silence de mort, de cette mort qui pendant six heures s' était abattue sur elle. Katz quant à lui, pouvait être fier: Il avait obéi aux ordres et une quatrième étoile allait récompenser sa fidélité.
Cependant dans la cité meurtrie, l' angoisse étreignait les survivants. Chacun tremblait pour les siens, les gens se cherchaient, beaucoup demeuraient encore cachés de peur de voir la tornade s' abattre de nouveau. Le nombre des disparitions augmentait d' heure en heure, aggravant le tourment des familles. La morgue était pleine à craquer et une odeur fétide s' en dégageait. On en refusa bientôt l' entrée et les corps entassés, mutilés, étaient méconnaissables.
Dans la ville arabe et au Petit Lac, le tas des tués était plus incohérent et plus dense. Il s' échappait une odeur fétide, insupportable, une épouvantable pestilence. On pouvait voir, trempant dans des bains répugnants, les viscères des malheureuses victimes et sur un mur, tracé d' une main maladroite, on pouvait lire: « Les boyaux des Français »... Et toujours cette liesse, et toujours ces cris « Mort aux Chrétiens! »... Et toujours cette foule frénétique, fanatique, cette même foule qui, quelques mois plus tard, n' obtenant rien des promesses invoquées tout au long de la guerre et réduite soudain à la famine, émigrera en France avec une mine attristée et des yeux de douleur, dans cette Patrie qu' ils auront eu plaisir à humilier et dont ils auront persécuté avec délice ses enfants.
José CASTANO
e-mail: joseph.castano0508@orange.fr
Pour ces malheureux, la mort était la seule délivrance…
« Viens ô Mort et emporte mon cœur
Ecoute-moi t’ appeler sans gémir
La terre ne veut plus me porter
Et le ciel est lourd de douleur »
Richard Scheid
« En songeant à la paix, les Français ont fait preuve d’ un monstrueux égoïsme. L’ Histoire ne saurait leur pardonner leur silence et leur implacable inaction face aux appels désespérés de ceux qu’ on menait joyeusement à l’ abattoir pour y être suspendus vivants par le palais ou dans les chaudrons pour y être ébouillantés. » (Henry Tanner – Journal New York Times – USA)
Le mois prochain: ORAN, 5 Juillet 1962… Les responsabilités
«Je vais casser ma pipe et je ne serai pas mécontent. Car j' ai trop aimé la France pour accepter ce qu' elle est devenue » (« Mon dernier round » Marcel Bigeard)
- En complément de cet article: ORAN, 5 Juillet 1962: Un
témoignage inédit d’ un responsable du FLN sur cette
tragédie: Cliquez sur: Lire la suite
http://popodoran.canalblog.com/archives/2009/12/10/16104396.html
- Et:
http://babelouedstory.com/voix_du_bled/5_juillet_2002/5_juillet_2002.html
(cliquez)
- Et aussi:
http://popodoran.canalblog.com/archives/2008/11/05/11250833.html
- NOTRE DAME DE SANTA-CRUZ à PARIS 2010: Cliquez sur: Lire la
suite
http://popodoran.canalblog.com/archives/2010/04/12/17556362.html
Sera marqué le samedi 3 juillet 2010 à Versailles,
par les cérémonies suivantes:
- à 10 h: Messe en l’ Eglise Notre-Dame des Armées – 1,
impasse des Gendarmes
- à 11 h: Au cimetière des Gonards, prières et
dépôt de gerbes sur la tombe du Lieutenant DEGUELDRE
Les anciens officiers, sous-officiers et soldats des 1er R.E.C, 1er R.E.P et 2ème R.E.P sont instamment invités à participer ou à s’ associer à ces cérémonies.
De la part de leurs familles, leurs amis et du Cercle National des Combattants
L’ assassinat de Lieutenant Roger Degueldre: http://www.nationspresse.info/?p=25464
Mas de l’ Ille – Bd des Rois de Majorque (Sortie 12 de la voie rapide) - 66420 - PORT BARCARES - Entrée gratuite – Renseignements au 04.68.86.13.62 ou 04.94.33.68.38 ou 06.61.84.59.93 – e-mail: gabriel.mene@wanadoo.fr
Une magnifique initiative pour un peuple aussi productif que celui des Français d’ ALGERIE, et surtout, pour que sa mémoire demeure (cliquez): http://www.pied-noir.eu/index.php/salon-du-savoir-faire-pied-noir/salonsfpn
- Programme: http://www.pied-noir.eu/images/stories/pdf/flysfpn2010.pdf!
A cette occasion, José CASTANO, donnera le samedi 21 aout, à 16 h, une conférence sur:
Une évocation tragique et bouleversante de ce qui demeurera
à tout jamais la plus grande tragédie de la Vème
république:
- Evocation de trois grandes tragédies: Le massacre des
harkis; Alger, 26 mars 1962; Oran, 5 juillet 1962
- Les fusillés de l’ Algérie française: l’
assassinat du lieutenant Roger Degueldre
- Le drame des disparus
- L’ exode… A travers des visions picturales, l’ arrachement dans
la douleur et dans les larmes
- Une revue de qualité dont le but essentiel est la préservation de notre mémoire: « Mémoires d’ Empire » - Abonnement annuel: 20 euros
Président : Robert SAUCOURT – Maison Maréchal Juin – 29, av de Tübingen – 13090 AIX EN PROVENCE – Tél. 06.80.00.90.35 –
e-mail: amefinfo@orange.fr - Site: http://memoiresdempire.free.fr
En février dernier, à la fin de mon article sur « le siège de Bab-el-Oued », j’ avais apporté l’ information suivante:
- Depuis neuf mois, et malgré le froid glacial, des fils et filles de harkis campent, face à l’ Assemblée Nationale, pour demander que le Président de la République les entende, les reçoive, et s’ engage à respecter leurs droits de Français éprouvés. (Cliquez): http://www.comite-veritas.com/newss/pop_news.asp?id=338
Force est de constater que cinq mois plus tard et après 14 mois de « siège », notre Président n’ a pas encore daigné les recevoir. Mesdames et Messieurs les Députés, qu’ attendez-vous pour réagir?
Pour revoir tous les articles de José CASTANO, cliquer sur: - Mes Articles http://popodoran.canalblog.com/archives/2009/01/13/12079978.html
Ses ouvrages, cliquez sur: -Ma Bibliographie – http://popodoran.canalblog.com/archives/2009/10/02/15287331.html
Ses conférences, cliquez sur: - Mes Conférences – http://popodoran.canalblog.com/archives/2009/03/05/12836141.html
Sa biographie, cliquer sur: - Ma Biographie - http://popodoran.canalblog.com/archives/2009/01/13/12079558.html
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From: joseph castano
Sent: Thursday, August 05, 2010 6:09 PM
Subject: ORAN… 5 JUILLET 1962: LES RESPONSABILITES
La nuit tomba sur Oran. Le couvre-feu le plus pesant de toute l' histoire de cette ville s' abattit sur les Oranais encore assommés par ce qu' ils venaient de vivre. Les quartiers européens n' existaient plus, ils avaient été rayés de la carte. Oran la ville lumière, celle qu’ on surnommait « l’ Andalousie française », était morte...
A la radio française, le speaker annonça d' une voix calme: « Quelques incidents se sont produits à Oran » et le journal du jour avait reproduit une déclaration de Ben Khedda qui, s' adressant aux Européens avait dit: « Nous appliquerons loyalement les accords d' Evian car les Européens ont leur place ici ».
A cet instant, toutes les pensées étaient dirigées vers la ville arabe où étaient retenus des centaines -peut-être des milliers- de Français. Une étrange lueur montait du village nègre en liesse. Quels sacrifices célébrait-on?
Au même moment, un grand gala avec la participation de nombreuses vedettes avait lieu sur la Côte d' Azur. Dans la joie, au son des orchestres, on dansa tard dans la nuit... comme on avait dansé à Versailles, pendant que la France perdait le Canada.
Le lendemain 6 Juillet, Oran se réveilla hébétée. Tous ceux qui avaient pu conserver la vie voulaient partir. Oui, fuir… quitter cette ville au plus vite et cette odeur de sang. Courir sans se retourner, et que tout cela s’ efface à jamais, Seigneur Dieu…
Ce brusque retour à la sauvagerie, ces crimes d' une cruauté inconnue qui, en quelques heures, achevèrent de vider la cité, créèrent l' irréparable. Les Oranais se sentaient tellement menacés en ville qu' ils préféraient camper, entassés au port ou à la Sénia (aéroport), sous un soleil de plomb, dans des conditions absolument inhumaines. De jeunes enfants, des vieillards en moururent. Les avions étaient inexistants, les transports maritimes en grève.
Cette ultime brimade sonnait le glas des Oranais. On leur refusait les moyens de sortir de leur enfer; on leur marchandait l' exode. Jamais! Jamais ils ne devraient oublier!...
Ce jour là, le journal « Le Monde » avait titré:
"Une fusillade éclate à Oran au passage d’ une manifestation de Musulmans. La responsabilité de ces incidents entre Européens et Algériens n' a pu être établie". Ce sera vite chose faite.
Tout comme les services officiels d' information, le général Katz laissa supposer que le massacre résultait d' une provocation attribuée à l' OAS. Pourtant un Musulman, le préfet d' Oran, M. Laouari Souiah, officiellement désigné par l' exécutif provisoire ne rejettera nullement la responsabilité sur l' OAS qui, faut-il le rappeler, n' existait plus à cette date. Il proclama à cet effet: "Les événements de la veille sont le fait d’ irresponsables qui seront sévèrement châtiés. »
Cependant, beaucoup refusaient encore le départ, attendant désespérément le retour d' un mari, d' un enfant, d' un frère disparus depuis la veille. Pour eux c' était l'attente inhumaine, sans nom. L' espoir était bien maigre, mais chacun s' y accrochait. Peut-être l' armée se déciderait-elle "enfin" à réagir et tenterait une opération de secours... une opération humanitaire pour sauver ces malheureux? Et dans toutes les administrations, aux commissariats, aux gendarmeries, à l' état-major de l' armée française, à la mairie, à la préfecture, les déclarations de disparition s' accumulaient. Des scènes déchirantes avaient lieu; des mères terrassées par le chagrin et l' angoisse s' effondraient. En quelques heures, des milliers de noms furent enregistrés… mais le général Katz ne s' émut pas pour autant. Pire, au lieu d' ordonner une perquisition générale dans la ville arabe, alors qu' il en avait militairement les moyens, il affirmait que ces disparitions étaient l' œuvre de personnes « ayant quitté Oran dans la journée du 5 Juillet »
Ainsi donc, des pères, des mères, des enfants s' en seraient allés, séparément, au plus fort de l' émeute, sans prévenir personne, abandonnant leurs familles? De qui se moquait le "boucher d' Oran"?
Et pour justifier son ignominieuse conduite, il déclara haut et fort que le nombre des disparus était exagéré et que l' OAS avait provoqué les incidents en tirant sur les Arabes...
Et pourtant, il était très facile pour l' armée française de sauver tous ces malheureux. Son effectif s’ élevait, pour la seule ville d’ Oran, à 18000 hommes qui demeurèrent inertes face à ce massacre. Il est à noter cependant que sur le millier d’ officiers présents, moins d’ une dizaine (dont le lieutenant Kheliff, d’ origine algérienne) refusèrent d’ obtempérer aux ordres indignes de la hiérarchie et se portèrent, la plupart du temps avec un effectif réduit limité à une section, au secours d’ Européens, leur évitant ainsi une mort atroce. Par ailleurs, si les gendarmes mobiles -au lieu de se contenter d' investir les quartiers européens- avaient poussé leur progression vers la Ville Nouvelle (quartiers arabes), ils auraient libéré en un rien de temps les centaines, voire les milliers de pauvres gens retenus captifs. Toutes les exécutions n' avaient pas encore eu lieu et ce ne fut que les jours suivants, pour effacer toutes traces, que les victimes furent massacrées et dépecées quand elles ne furent pas acheminées dans des endroits tenus secrets pour y être réduites à l' esclavage et à la prostitution. D' autre part, dans les témoignages qui affluaient de toute part, les autorités militaires notaient qu' il était souvent question du "Petit Lac". Des exécutions en série y avaient lieu.
Le « Petit Lac », était un endroit situé à la périphérie d' Oran, en plein quartier arabe. C' était une grande étendue d' eau salée qui servait de dépotoir clandestin et aux abords duquel aucun Européen ne s' aventurait jamais depuis plus d' un an. Bientôt des camps furent dressés où furent parqués les "disparus", survolés en cela par l' aviation française, ce qui ajoutait à la torture physique des malheureux, la torture morale qui était d' espérer et d' attendre l' intervention de l'armée française. Pourtant, ils y croyaient fermement car, comble d' ignominie, à proximité de leur univers concentrationnaire, existait un camp militaire français dont la sonnerie du clairon leur parvenait distinctement matin et soir. Que d' horribles, que d' épouvantables hurlements ces militaires français ont-ils dû entendre des jours durant, eux qui étaient terrés derrière leurs remparts de barbelés, l' arme au pied, attendant la quille prochaine!...
Mais la grandeur gaullienne ne s' abaissa pas à donner les ordres nécessaires pour sauver ces sacrifiés et les cadres de l' armée respectèrent les ordres reçus de ne pas intervenir, abandonnant ceux qui n' étaient plus que des morts en sursis, oubliant que, pour des raisons similaires, on condamna à la fin de la seconde guerre mondiale, les officiers allemands qui ne s' étaient pas opposés aux ordres d’Hitler. Ils sauvèrent ainsi leur carrière, certes! Plus tard, colonels et généraux, couverts de titres et de médailles usurpés, ils se prélasseront et se féliciteront de leur "bon choix". Mais, où est leur honneur? Que devient une armée sans honneur?
Le samedi 7 Juillet, le journal Le Monde annonçait: "Une trentaine de personnes tuées au cours des incidents de jeudi". Page 2, dans son développement, l' information passait au conditionnel: « La fusillade d' Oran aurait fait plus de trente morts » et France-Soir, pour sa part, ne parlait que de « nombreux blessés » (!)...
Pourtant à trois reprises sur les ondes de la radio, M. Souiah, le Préfet d' Oran, avait déclaré: « Nous ne pouvons tolérer de pareils actes criminels à un moment où il est demandé une mobilisation générale de toutes les énergies saines ». Comme la veille, il rejeta la responsabilité de l' émeute sur des éléments provocateurs, mais à aucun moment il ne fit allusion à la défunte OAS. La rancœur de Katz était sans bornes. Mais le préfet n' en resta pas là. Pour mieux se faire comprendre, il donna l' ordre de désarmement aux éléments incontrôlés, annonçant des mesures très sévères à cet effet. Le coup de grâce était assené au "boucher d' Oran" qui, dit-on, faillit manger son képi.
Le préfet, lui, un chef de la rébellion venait de confirmer devant la presse internationale que les "éléments incontrôlés" n' étaient pas le fait d' irréductibles de l' OAS... alors qu' il lui aurait été facile de le laisser croire à l' opinion. De plus, si la presse française, dans son ensemble (hormis le journal L' Aurore), continuait de mentir sur les événements du 5 Juillet, les Arabes eux-mêmes, pris d' un certain sentiment de culpabilité -et peut-être de honte- se livrèrent à quelques déclarations. C' est ainsi que dans « L' Echo d' Oran » du 9 Juillet, page 6, le Docteur Mustapha Naid, directeur du Centre Hospitalier d' Oran, parlait déjà de 101 morts européens et de 145 blessés, sans compter les disparus. On était encore très loin du compte mais on y venait peu à peu...
Le mardi 10 Juillet sera un jour noir pour le « boucher d' Oran ». Tous les journalistes présents furent conviés à une conférence de presse du capitaine Bakhti, le responsable de la zone autonome d' Oran. Il s' agissait de faire la lumière sur les récents événements.
Vers dix huit heures, au lycée Ardaillon, le capitaine annonça que tout le monde allait être conduit en un lieu où étaient détenus plus de deux cents bandits responsables des massacres. Cette nouvelle fit sensation. Katz pâlit, il était effectivement sur le point de croquer son képi. Toutefois un espoir subsistait... Bakhti avait parlé de bandits sans indiquer leurs origines. Peut-être s' agissait-il de « désespérados » de l' OAS?... Peut-être avait-il eu "l' idée" de puiser dans la masse des "disparus" européens ces deux cents bandits qu' on aurait facilement fait passer pour des activistes?...
Quelques minutes plus tard, les journalistes prirent la direction de Pont-Albin, un petit village situé à une dizaine de kilomètres d' Oran où étaient installés les détachements de l' ALN. Là, le capitaine Bakhti leur présenta les deux cents meurtriers qui, expliqua t-il, composaient un gang d' assassins de la pire espèce dans les faubourgs du Petit Lac, de Victor Hugo et de Lamur. Ce furent -aux dires de l' officier- eux qui provoquèrent le massacre.
A leur tête, se trouvait un assassin notoire -une bête sanguinaire-: Moueden, dit Attou, connu pour son caractère particulièrement violent et sauvage et sa cruauté qui lui procurait une indicible jouissance.
Bakhti expliqua que lors de son arrestation, ce bandit tenta de résister et fut abattu. De plus, deux tonnes de matériels de guerre, armes et fournitures diverses, furent récupérées ainsi que des quantités d' objets volés aux Européens le 5 Juillet et les jours précédents. Ce fut là la version officielle reprise en toute bonne foi, sur le moment, aussi bien par les journalistes de la presse internationale, que, plus tard, par d' éminentes personnalités telles que Claude Martin, Marcel Bellier, Michel Pittard qui relatèrent cette tragédie. En outre, cette version officielle fut confirmée -trente ans après- par le général Katz, en personne, dans son recueil d' ignominies et d’ infamies: « L' honneur d' un général ».
Pourtant, un premier coup de théâtre sema le trouble parmi ceux qui avaient travaillé sur le sujet.
Le 6 Juillet 1972, le journal « RIVAROL » révélait sous la plume du Docteur Jaques Couniot, que « le dit Attou se portait comme un charme et qu' il était même (ça ne s' inventerait pas) employé aux Abattoirs municipaux d' Oran », ajoutant même à l' adresse d' Attou: « Un homme, vous le voyez, dont la vocation est indéracinable »...
Les choses en seraient restées là s' il n' y avait pas eu, en 2002, la parution d' un ouvrage remarquable intitulé "Fors l' Honneur", qui contait la guérilla OAS à Oran en 1961/62 et dont l' auteur n' était autre que Claude Micheletti, responsable du Renseignement au sein de l' Organisation oranaise.
Second coup de théâtre: P. 215, nous apprenions avec stupéfaction que le sinistre Attou ne pouvait être, le 5 juillet, à la tête des tueurs dès lors qu' il avait été abattu quelques semaines plus tôt par un commando de l' OAS. Faisant preuve d' un scepticisme bien légitime après 40 ans de désinformation, je m’ en ouvrais directement à l' auteur qui, avec compréhension, m’ apporta les éléments qu' il était le seul à détenir.
De plus, à l' appui de ses explications verbales, il me fit parvenir, pour exploitation, une liasse de documents originaux « top secrets », émanant de sources officielles de l' époque, notamment du FLN/ALN et de la gendarmerie "blanche".
Concernant le triste sire Attou, sa férocité était telle qu’ il répandait la terreur au sein même de sa bande de tueurs…
Pour un mot, un geste, un rien, il torturait à mort ses propres coreligionnaires, femmes et enfants inclus, trouvant dans les délices des sévices une jouissance indicible...
L' écho de ces excès ne manqua pas de parvenir aux sphères dirigeantes de la rébellion qui, à maintes reprises, "avertirent" Attou de réfréner sa frénésie hystérique sur la population musulmane. Rien n' y fit! Le sang l’ enivrait et le meurtre, chez lui, était profondément enraciné.
Les recommandations -voire, les réprimandes- adressées par la hiérarchie n' ayant aucun effet sur ce tortionnaire, en "désespoir de cause", le FLN décida de "lâcher" Attou en le livrant à la gendarmerie "blanche" française. Cependant, convaincue que ce dernier serait aussitôt libéré s' il était présenté à un juge; las de rédiger des P.V mortuaires où les sévices du dénommé Attou gagnaient chaque jour en raffinements et ulcérée de constater les connivences dont profitaient les égorgeurs patentés, la gendarmerie informa, le 24 Avril 1962, le 2ème Bureau de l' OAS (Renseignements) dirigé par Claude Micheletti et lui livra l' intéressé. De ce jour, Mouedenne Attou, né le 17 Août 1921 à Thiersville, C.I n FU68038, n' eut jamais plus l' occasion d' exercer ses cruautés...
Par ailleurs, de Pont-Albin où avait été organisée la mascarade, aucun journaliste ne fut convié à se rendre en Ville Nouvelle et au Petit Lac, là précisément où les survivants étaient regroupés avant d' être exterminés...
Ainsi, malgré le grotesque de cette mise en scène qui consista à faire endosser à un mort la responsabilité exclusive du génocide du 5 juillet, avalisée en cela par un général Français, il fut officiellement confirmé qu' aucun Européen ne fut à l' origine de l' émeute sanglante.
Un journaliste demanda au capitaine Bakhti pourquoi le gouvernement français tenait-il tellement à faire rejeter la responsabilité du massacre sur des éléments de l' OAS qui n' existait pourtant plus. L' officier répondit dans un sourire amusé que le gouvernement et ceux qui le servaient -sous entendu, le général Katz- détenaient, seuls, la responsabilité de leurs propos... ce qui fit dire tout haut à un journaliste Pied-Noir, à rencontre de ses confrères: « Si le 26 Mars, pour la fusillade de la rue d'Isly, vous êtes arrivés à faire croire que c' était l' OAS qui avait ouvert le feu sur la foule... cette fois-ci, c' est râpé »
D' après certaines "mauvaises langues" de l' entourage de Katz, il paraîtrait que le valeureux général n' en dormit point de la nuit...
Le 11 août 1962, l' Echo d' Oran informait ses lecteurs que la décharge du "Petit Lac" allait disparaître: "Le gouvernement algérien a commencé son œuvre de salubrité. Cela représente quinze hectares d' immondices de cinq mètres de haut. L' odeur qui s' en échappait était devenue insoutenable."
Bien qu’ une partie du « Petit Lac » subsiste encore aujourd’ hui, ainsi seront murés définitivement les tombes des torturés, des lynchés, des égorgés du Village Nègre du 5 juillet et la trace de cet odieux holocauste à tout jamais effacée.
Les victimes de cette journée meurtrière avaient été évaluées officiellement à trois mille personnes, disparus inclus, et quand on sait avec quelle parcimonie le gouvernement diffusait ses informations, on tremble à l' idée de ce que pourrait être le véritable bilan de ce génocide. On ne connaîtra jamais le nombre exact des morts, des blessés et des disparus; la France ne le dira probablement pas... en admettant qu’ elle ne le connaisse jamais.
Ces morts, les Français ne les ont guère pleurés. Il est vrai qu' ils ne surent pas grand chose de leur fin tant les organes d' information, et les responsables politiques, heureux d’ avoir retrouvé "enfin" la paix, se gardèrent bien d' assombrir les multiples réjouissances. Après tout, il ne s' agissait là que de victimes Pieds-Noirs, de colonialistes et de sueurs de burnous. On leur avait tant répété durant sept ans que la guerre d' Algérie n' était rien d' autre que la révolte des pauvres indigènes opprimés contre les "gros colons", qu' ils ne pouvaient éprouver la moindre compassion à l' égard de ce million de nantis européens. Ils méritaient leur sort, voilà tout!... Et la France, Patrie des droits de l' homme, ferma les yeux et tourna la page.
José CASTANO
e-mail: joseph.castano0508@orange.fr
En complément de cet article (Cliquez): http://babelouedstory.com/voix_du_bled/5_juillet_2002/5_juillet_2002.html
LES CAUSES HISTORIQUES DES MASSACRES DU 5 JUILLET 1962 A ORAN. Cliquez sur: Lire la suite: http://popodoran.canalblog.com/archives/2010/02/07/16832337.html
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- 5 Juillet 1962 et le massacre des harkis: La fin de l’Algérie française (cliquez): http://echodupays.kazeo.com/VIDEO-UNE-TRAHISON-D-ETAT,a715692.html
Mas de l’ Ille – Bd des Rois de Majorque (Sortie 12 de la voie rapide) - 66420 - PORT BARCARES - Entrée gratuite – Renseignements au 04.68.86.13.62 ou 04.94.33.68.38 ou 06.61.84.59.93 – e-mail: gabriel.mene@wanadoo.fr
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- Le lien du site de l’ UDISFRA « http://www.pied-noir.eu/ »
Une évocation tragique et bouleversante de ce qui demeurera
à tout jamais la plus grande tragédie de la Vème
république
- Evocation de trois grandes tragédies: Le massacre des
harkis; Alger, 26 mars 1962 ; Oran, 5 juillet 1962
- Les fusillés de l’ Algérie française: l’
assassinat du lieutenant Roger Degueldre
- Le drame des disparus
- L’ exode… A travers des visions picturales, l’ arrachement dans
la douleur et dans les larmes.
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localité « là-bas »:
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