----- Original Message -----
From: Michel JANVRESSE
Sent: Wednesday, December 31, 2008 4:29 PM
Subject: La faillite boursière
Récemment en 2008, la bourse a connu une baisse mémorable qualifiée de krach par certains.
Il suffit de constater qu' une action en bourse rapporte en moyenne 2,5 % et un placement dans l' immobilier 4 %, voire 7 % pour les locaux commerciaux. La crise boursière était donc en germe dans ce paradoxe. Evidemment, les spéculateurs visaient la hausse du cours du titre plutôt que son rendement.
Aucun média stipendié par la publicité des groupes cotés en bourse n' a eu le courage d' attirer l' attention des lecteurs sur ce paradoxe. Il est vrai que toute personne ayant dénoncé la surévaluation boursière et ses risques se voyait immédiatement répliquer que le monde courait ainsi et traiter de rétrograde.
Dans un état libéral, l' Etat intervient peu sauf pour des mesures de police. Or, en l' espèce, l' Etat devait intervenir pour plusieurs raisons. Le libéralisme doit s' inscrire dans la légalité. Or il s' avère que la spéculation a été entretenue par des moyens dolosifs pour ne pas dire par une escroquerie continue. J' ai toujours eu du mal à différencier dol et escroquerie. Tout deux impliquent des manœuvres visant à surprendre le consentement.
On peut tout d' abord évoquer à nouveau le rôle des médias à la merci des annonceurs publicitaires en majorité des grands groupes cotés en bourse. Certes ces mêmes médias pourraient objecter avoir également été abusés. Ce serait oublier l' existence de journalistes spécialisés.
Mais il convient d' examiner le rôle des organismes de certification de la sincérité et de la légalité des opérations comptables et financières des grands groupes cotés. Ce sont les commissaires aux comptes. Payés par le groupe qu' ils sont chargés de contrôler, leur indépendance sujette à caution a été surprise plus d' une fois.
Tout d' abord les créances douteuses sont sous provisionnées permettant ainsi de gonfler artificiellement les actifs et donc les bénéfices. Tous les professionnels savaient donc mais ne pouvaient dénoncer la perversité d' un système qui les faisaient vivre.
Si la crise pour ne pas dire la faillite boursière était prévisible et inéluctable, ce qui a surpris les initiés est le retard conséquent avec laquelle elle s' est produite.
Si, en principe, les contrôles internes du système boursier étaient défaillants ou complaisants, l' Etat se devait d' intervenir pour réprimer les délits. Faux bilans, publicité mensongère, escroquerie. Même un Etat ultra libéral prévoit ce cas. Car l' Etat a les moyens matériels d' être informé. Personnel compétent et moyens financiers.
Un simple particulier comme moi l' était bien. Il est vrai que je suis credit manager et versé dans les questions de solvabilité.
Quelles sont les raisons de l' inaction gouvernementale?
a) Les ministres ne sont pas tous forcément compétents ou courageux. Souvent désignés plus pour leurs convictions que pour leurs connaissances et expériences, ils ne sont pas forcément écoutés.
Ils sont aussi politiciens. Qui auraient intérêt à créer un cataclysme dans leur pays? Les électeurs n' aiment pas les politiciens qui annoncent des catastrophes et préfèrent ceux qui leur promettent des lendemains qui chantent.
Les fonctionnaires carriéristes évitent de fâcher leurs ministres par des dossiers déplaisants.
b) Le gouvernement est aussi actionnaire de sociétés de droit privé et ses fonctionnaires président ou sont membres de conseils d' administration. Le gouvernement n' a donc pas forcément intérêt à sévir, ce qui pourrait diminuer la valeur de son patrimoine.
Mais surtout les fonctionnaires courtisans souhaitent embellir leurs résultats et leurs stocks options (plus values latentes sur des actions concédées à bas-prix pour motiver les dirigeants). Il y a aussi le problème politique de la compétence des dirigeants fonctionnaires dont la désignation est parfois une récompense pour services rendus.
c) Le gouvernement est aussi tributaire des marchés financiers pour le financement de sa dette qui est énorme. Plus de 5 fois les recettes de l' Etat. Un déficit budgétaire constant d' au moins de 12 % réels. Le budget représente environ 22,5 % du PIB produit intérieur brut. Le déficit de 3 % autorisé par Maastricht représente bien 12 % de 22,5 %.
Imaginez des contrôles tatillons sur les marchés financiers. L' Etat ne pourrait plus emprunter. Car, comme je l' ai déjà écrit dans la faillite financière de la république chapitre 1, l' Etat est en faillite avérée. La majorité de ses emprunts sert à payer les intérêts de sa dette. Ce sont une multitude d' emprunts principalement à moyen terme (2 à 5 ans). L' Etat est donc perpétuellement en train d' emprunter.
Imaginez que la note actuelle AAA soit remplacée par un zéro pour insolvabilité? Les prêteurs se défileraient et l' Etat ne pourrait plus honorer ses paiements?
Certes les banques prêtent avant tout l' argent de leur clients à l' Etat. Pour éviter la cessation de paiement de l' Etat, les banques sont contraintes de toujours prêter plus pour que l' Etat honore ses échéances. Mais imaginez que les petits clients des banques perdent confiance et retirent leurs fonds de ces dernières.
Les contrôles de solvabilité pourraient être plus stricts et plus professionnels. Donc devant un risque plus élevé, la tendance est à augmenter le taux d' intérêt et à durcir les conditions d' octroi. Le marché financier pourrait ne plus financer à 100 % mais exiger un apport personnel. Le risque est d' autant plus grand pour les particuliers et les sociétés non cotées que l' Etat est insolvable et les banques contraintes de lui prêter toujours plus sans garanties réelles.
Les banques pourraient se rattraper sur une petite clientèle qui présente paradoxalement plus de garantie (hypothèque sur une maison, nantissement de matériel ou de créances) et plus malléable qu' un Etat.
Car s' il existe une crise financière officielle, celle des crédits bancaires accordés à une clientèle particulière peu solvable qui ont généré la faillite boursière, le manque de professionnalisme n' a pas sévi qu 'à ce niveau. En effet, ce serait oublier un peu vite la clientèle des sociétés. Pour développer le chiffre d' affaires de nombreux dirigeants ont baissé les critères d' acceptation du crédit accordé aux entreprises.
Lorsque j' emploie le terme de dirigeants, c' est pour englober
deux acteurs fondamentaux du crédit aux entreprises.
1. Nous avons tout d' abord les banques et établissements
financiers qui, bien qu' étant plus laxistes dans leurs
octrois de crédit, n' ont pas accordé de concours
à 1/3 environ des entreprises.
2. Nous avons également les sociétés
commerçant en gros qui ont accordé des encours et des
délais de règlement à des détaillants de
moins en moins solvables.
Bref une partie de la charge de crédit a été transférée sur les commerces de gros. Il faut savoir que les fabricants vendent souvent à des détaillants et commercent aussi en gros.
Mais pour développer le chiffre d' affaires certains détaillants ne se préoccupent pas de la solvabilité de leur clientèle de particuliers.
Ce qui fait qu' en faisant jouer la concurrence la clientèle particulière et les entreprises ont obtenu un alignement sur les conditions les plus laxistes.
Pour résumer la situation,
" Ce qui était mauvais il y a 10 ans est
considéré comme bon aujourd' hui,
" 20 % des 180 000 plus grosses entreprises françaises sont en
perte,
" 30 à 40 % des entreprises flirtent avec le
dépôt de bilan,
" Le bénéfice moyen se situe entre 1 et 2 % du chiffre
d' affaires (trop faible),
" La capacité de remboursement des entreprises est
tombée à 18 % des encours dûs!,
" Les particuliers, suite au retour de l' inflation, du chômage
et à la flambée de l' immobilier, voient leur pouvoir
d' achat obéré et leur solvabilité très
réduite par les dettes de l' État dont ils sont
redevables en second rang et par leurs emprunts immobiliers.
La faillite boursière pourrait donc entraîner la faillite de nombreuses sociétés de toutes tailles, générer une augmentation importante du chômage à court ou moyen terme, une restriction de la consommation des ménages et des entreprises et finalement une récession réelle.
Michel
JANVRESSE
Credit Manager
(12/2008)
au (33) 613 27 32 83
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