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From: Fantômas
Sent: Saturday, February 06, 2010 11:25 AM
Subject: article
Les retraites, le sujet récurent de la politique, de discours ronflants en réformettes tout le monde a compris qu’ en l’ état actuel il nous faudra travailler plus, payer plus, pour toucher pas grand chose.

J Frédélas dans un article diffusé en plusieurs parties explique aux lecteurs d’ Euro-reconquista quel est notre avenir. Mais pour bien comprendre l’ avenir, il faut connaître le passé.
Fantômas
samedi 6 février 2010, par Rico
Les retraites, le sujet récurent de la politique, de discours ronflants en réformettes tout le monde a compris qu’ en l’état actuel il nous faudra travailler plus, payer plus, pour toucher pas grand chose.
Depuis les années 1980, la France se débat dans une baisse continue du niveau de vie réel, qui se traduit par un écrasement sans précédent des situations et revenus et l’ apparition de couches de plus en plus nombreuses de nouveaux pauvres. Notre tissu de PME se distend et s’ étiole; qu’ on entre dans un magasin de motoculture par exemple: on n’ y vend presque rien de français. Idem pour l’ outillage, pour l’ optique: caméscopes, appareils photo numériques, microscopes, lunettes astronomiques, télescopes.
On se demande où les Français trouvent l’ argent pour payer toutes ces importations! Une grande partie de nos actifs ont été ou seront touchés par le chômage, qui est devenu une sorte d’ institution, un passage obligé pour l’ entrée dans le monde du travail. Pourtant le pays fait encore illusion: les stations de sports d’ hiver sont pleines, les routes et les rues sont perpétuellement remplies de voitures, majoritairement récentes. Les grandes surfaces sont souvent bondées. Un regard superficiel ne peut rien déceler. Mais ce clinquant ne résiste pas -à un examen approfondi: les voitures, a 99 %, sont achetées à crédit. Les achats sont soutenus - à bout de bras par le crédit "revolving", cette forme moderne de l’ usure abusive. Il y a de plus en plus d’ exclus de la fête des grands magasins et des vacances, de marginaux qui, loin des paillettes de la ville, vivent la précarité, le non-travail perpétuel, la débrouille minable et pathétique. Il ne s’ en parle que pour mieux l’ oublier: on en a parlé, donc le problème se résoud.
De plus en plus de personnes âgées vivent du "minimum vieillesse” et n’ intéressent personne. De plus en plus qui ne finissent jamais les mois, ne s’ en sortent que par l’ impayé: un mois ce sera le loyer, un autre ce sera l’ électricité, l’ eau (devenue hors de prix) ou le téléphone. Il y a bien longtemps qu’ un smicard réduit à son seul salaire de smicard ne peut plus vivre, aussi dépend-il entièrement des compléments d’ assistanat d’ Etat: la Caisse d’ Allocations Familiales paie entre 50 et 85 % du loyer, la Mairie paie l’ électricité…. On voit de plus en plus de gens à l’ allure "honorable", distingués et de bonne éducation, fréquenter les restos du coeur.
Et maintenant, depuis quelques mois, les premiers craquements majeurs: les retraites ne sont plus financées à 100 %, la Sécurité Sociale s’ enfonce dans les déficits à mesure qu’ elle augmente les cotisations et diminue les prestations, A chaque élection ou presque, les Français changent la couleur politique de leurs gouvernants, mais rien n’ y fait; ils conduisent tous la même action, qui se résume à changer le moins possible, pour que la pseudo fête ne s’ arrête pas: "encore un moment, Monsieur le bourreau! ".
Les origines du mal!
Entre 1914 et 1920, la richesse française a été presque divisée par deux. La guerre de 14-18 a opéré une épouvantable saignée qui a entraîné un déficit de population estimé à 8 millions de personnes à la fin des années 1930 (1.500.000 d’ hommes morts directement, dont la moitié de jeunes ou très jeunes, 3.000.000 d’ infirmes lourds, soit 4.500.000 hommes qui n’ ont pas eu d’ enfants. La classe 1939, mobilisée à la déclaration de guerre à Hitler, fut deux fois moins nombreuse que la classe 1914: environ 250.000 au lieu de 500.000). La guerre s’ est exclusivement passée sur le territoire français et a ravagé nos dix départements les plus riches. Jamais victoire ne coûta aussi cher. Et l’ Allemagne, condamnée aux fameuses "Réparations” au Traité de Versailles, ne les a jamais payées, ou si peu. Alors que la France avait payé rubis sur l’ ongle, en trois ans, le tribut de 5 milliards de francs or exigé par Bismarck pour retirer ses troupes d’ occupation de 60 de nos départements; tribut qui provoqua, outre-Rhin, un boom économique et démographique prolongé jusqu’ à la fin des années 1890. Le prix financier de cette si difficile victoire fut donc intégralement payé par le peuple français, et s’ ajouta au terrible prix humain.
Tout le monde en pâtit, mais ceux qui le payèrent en priorité furent les épargnants, qui avaient prêté généreusement leurs économies à l’ Etat pour arracher la Victoire. Or ces économies, c’ était pour la plupart leur retraite par capitalisation, les "économies pour les vieux jours". Cet argent ne leur fut jamais rendu, ils en perdirent au moins 75 pour cent. Pour les plus modestes, c’ était la misère et la famine assurées. A tel point que Tardieu, dans les années 1926-1930, créa le premier système d’ assurances sociales pour que nos anciens les plus démunis ne meurent pas de faim après avoir survécu a l’ holocauste de 14-18 ou y avoir laissé un ou plusieurs de leurs enfants. Que devint cet argent perdu? A sa collecte, -il avait financé la guerre: paiement des fournisseurs de guerre et surtout des importations en provenance des USA et de l’ Angleterre: matériels de guerre de toute sorte, matières premières dont essentiellement l’ acier. En effet, nos sidérurgistes, dépouillés de leurs usines en Lorraine par la guerre, s’ étaient constitués en Comité à Londres et s’ étaient arrogés, avec l’ accord du président du Conseil français Viviani (socialiste), le monopole de l’ importation en France de l’ acier anglo-saxon nécessaire à la guerre et qu’ ils ne pouvaient plus produire.
Cet argent, donc, l’ Etat français le devait aux prêteurs; il leur avait promis des taux d’ intérêt de plus en plus alléchants pour les inciter à prêter (vers 1918, il promettait 6 pour cent d’ intérêts nets). Mais la ruine du franc, qui traîna de 1914 à 1926 et finit par s’ avouer réduit des cinq sixièmes avec la "stabilisation” de Poincaré en 1928, effaça officiellement les 5/6 de cette dette. Le sixième restant fut dévoré entre 1928 et 1939 par une nouvelle dévaluation qui divisa par quatre le franc Poincaré. Au final, en 1939, l’ Etat français ne devait plus à ses créanciers que 1/24 de ce qu’ il leur avait emprunté. Cette ruine totale sonna le glas du "bas de laine” français (ce bas de laine qui avait payé Bismarck sans broncher et sans dévaluation de notre monnaie), donc marqua la fin de ce qu’ on appelle aujourd’ hui les retraites par capitalisation.
Après deux guerres catastrophiques, il ne restait plus à personne de quoi se constituer par l’ épargne une retraite par capitalisation. A noter que les gouvernements, pour culpabiliser les intéressés afin qu’ ils avalent de force cette amère pilule, s’ obstinèrent à appeler les retraités des rentiers, un terme stigmatisant qui permettait de prévenir leurs protestations en les faisant montrer du doigt par la population qui souffrait d’ une baisse profonde du niveau de vie, et du chômage grandissant à partir de 1930-31.
La guerre de 1939-1945 fit passer l’ angoissante question financière au second plan. C’ est le CNR (Centre National de la Résistance) qui s’ attaqua à la question des retraites et de la protection sociale à partir de 1945. Sous les ministères De Gaulle et Félix Gouin en 1945 et 1946, fut mis au point le système de la Répartition qui assurait une retraite minimale immédiate et une protection sociale à tout le monde, financée par les cotisations sur les salaires. Pour le démarrage du système, on fondit toutes les caisses de retraites existantes, les très nombreuses caisses mutuelles locales, parfois internes à une seule entreprise, en les grandes caisses de la Sécurité Sociale et on y affecta les fonds de ces Caisses.
Le système ainsi créé était le moins malhonnête possible avec la création d’ un plafond de salaires donnant lieu à cotisation. Ce plafond fut instauré pour éviter l’ injustice de la proportionnalité intégrale des cotisations, qui aurait conduit, pour des prestations identiques, à faire payer dix, vingt ou trente fois plus à certains que le tarif moyen. Il subsista jusqu’ en 1975. Tant que la démographie fut favorable, le système fonctionna à la satisfaction générale, ce qui faisait oublier la spoliation originelle des caisses mutuelles locales. Telle est, brossée à grands traits, la genèse de ce fameux système de la Répartition que, parait-il, le monde entier nous envie. Né de la nécessité et de la ruine consécutive aux trois terribles guerres de 1870-71, 1914-18 et 1939-45, il fut le plus honnête possible à sa fondation, en 1945. Mais il ne résista pas à long terme aux effets conjugués du retournement économique de 1973, qui n’ en finit toujours pas d’ envoyer ses ondes à retardement, et du retournement démographique des années 1975 et suivantes. Il entérina la fin des retraites par capitalisation, et le crédit perpétuel qu’ est, de fait, la Répartition. Il souffre donc des défauts de tout crédit: vulnérabilité et, par gros temps, menace de banqueroute. Il instaura un socialisme de fait pour la protection sociale et les retraites, tout au moins des salariés. Ce socialisme n’ ose pas dire son nom, puisqu’ il se camouffle sous le mot "solidarité", décliné a tout propos et à toutes les sauces.
Ce socialisme se nourrit d’ une érosion monétaire accélérée permanente (même quand les autorités la nient). Cette érosion monétaire est en fait une condition de la survie du système car elle est l’ arme privilégiée d’ extinction des dettes, tant publiques que privées. Il faut reconnaître que la conception de ce système qui prévalut de 1945 a 1975 fut d’ une grande habileté. Pierre Mendès France, financier du CNR, n’ y est pas pour peu, et se conduisit en magicien de la finance, parvenant à faire quelque chose avec quasiment rien. Cette habileté, dont les Français ont profité pendant trente ans, compense la brutalité des spoliations initiales sur quoi tout fut bâti.
Pouvait-on faire autrement? Des esprits forts le prétendront sans doute, mais quoi, concrètement? Il aurait fallu ou bien sauver le franc après 1919 pour qu’ il retrouve la parité de 1914 avec la livre sterling, ou bien faire payer coûte que coûte les Réparations par l’ Allemagne de Weimar, ou bien... Ne pas avoir laissé se déclencher la guerre de 1914-18 ! (Mais là, il ne faut pas rêver). Sauver le franc de 1914? Cela aurait impliqué des sacrifices démentiels de l’ ensemble de la population française, du haut en bas. Après l’ affreuse saignée de "la der des der", c’ était politiquement impossible, impossible! De plus, le succès n’ aurait pas forcément couronné cet effort surhumain: l’ aristocratie anglaise, dans les années 1920, s’ est imposée a elle même de tels sacrifices pour conserver la valeur de la livre sterling; mais cela n’ a pas empêché, moins de dix ans plus tard, les gouvernements anglais de dévaluer la livre! Faire payer l’ Allemagne? Ce fut le slogan de la Chambre Bleu Horizon, de 1919 à1924: "L’ Allemagne paiera". Des hommes réputés sérieux comme Loucheur assuraient doctement que le problème grave qui allait se poser pour la France allait être, à terme (i.e. quand l’ Allemagne aurait payé) d’ éviter une surévaluation du franc français à un taux supérieur à celui de 1914! -on alla même jusqu’ à scinder le budget français en deux: le budget dit ordinaire, financé de façon orthodoxe par l’ impôt, avec équilibre des recettes et des dépenses, et le budget dit extraordinaire, qui ne traitait que de l’ abyssale dette publique engendrée par les emprunts à tour de bras qui avaient financé la guerre Ce budget extraordinaire, supérieur au budget ordinaire, était financé par la planche à billets et de nouveaux emprunts, mais, assurait-on au peuple français, "n’ était pas de l’ inflation, car il était gagé par la dette allemande des Réparations".
Il était donc vital de faire payer l’ Allemagne, et la France s’ y essaya sincèrement et vigoureusement: devant les atermoiements de Stresemann (alors chancelier allemand), Poincaré, passé de la présidence de la République pendant la guerre à la présidence du conseil, envoya en 1923 nos troupes réoccuper la Rhénanie. Une grève générale se déclencha aussitôt outre-Rhin, et Poincaré riposta en envoyant notre contingent dans les mines de charbon. Ils y firent tellement merveille que Stresemann plia et commença à payer. Mais ce ne fut qu’ un feu de paille, nos Alliés anglo-américains ne nous soutinrent pas, c’ est le moins qu’ on puisse dire ; ils réunirent conférence sur conférence pour nous faire accepter des réductions de la dette allemande. Ils pesèrent de tout leur poids financier pour nous obliger à ces renoncements (plan Dawes, plan Young, etc). Le marasme allemand les gênait trop, notre industrie ne pesait pas lourd devant celle d’ outre-rhin, ils avaient un besoin urgent que l’ Allemagne se relève pour réduire leur propre chômage (surtout en Angleterre).
C’ est pourquoi la politique de fermeté de Poincaré n’ obtint guère de résultats. La France dut reculer bon gré mal gré. Toute honte bue, le leader de gauche Edouard Herriot, arrivé au pouvoir après les élections où triompha (à la Pyrrhus) le "Cartel des Gauches", inaugura son mandat en allant quémander aux USA, auprès de la Banque Morgan, un très gros emprunt, qui lui fut accordé moyennent des conditions portant sur la réduction de nos forces armées, surtout navales. Herriot fut assez roublard pour obtenir son emprunt en ne satisfaisant les demandes US que par de vagues promesses verbales qui ne l’ engageaient pas vraiment, mais dans l’ ensemble tout cela n’ avait rien de glorieux, ni de susceptible de sauver le franc. D’ autant plus que malgré le non-paiement des Réparations allemandes, nos alliés nous pressaient de rembourser les dettes qu’ on avait contractées auprès d’ eux pour financer la guerre!
Toute cette tragi-comédie cessa en 1935, quand presque en même temps Roosevelt effaça nos dettes de guerre envers les USA et Hitler déclara publiquement que l’ Allemagne ne paierait jamais les Réparations. Il apparaît donc que quels que soient leur intelligence et leur intégrité, les responsables politiques français ont suivi le seul chemin possible qui s’ offrait à eux. Le mal était bien trop profond, il était au-dessus des forces humaines de faire autre chose que ce qu’ ils ont fait. Ce serait trop facile de dire "il aurait suffi que .. et que ... ". L’ Histoire avec un grand H était passée par là, on ne pouvait qu’ en prendre acte et faire avec.
Rico
A SUIVRE
http://www.euro-reconquista.com/site/spip.php?article119
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From: Fantômas
Sent: Wednesday, February 17, 2010 7:20 AM
Subject: N article
Les retraites suite...
Fantômas
mercredi 17 février 2010, par Canal ER
On a beaucoup décrié l’ éphémère Quatrième République. Pourtant, au milieu des pires difficultés, l’ Histoire retiendra qu’ elle a relevé la France. La paix revenue, des mesures en faveur des familles prises pour partie sous Daladier en 1938-39, puis sous Vichy jusqu’ en 1943, furent progressivement mises en œuvre jusqu’ en 1957, ce qui accentua le renouveau démographique qui s’ observe traditionnellement après une importante guerre. Le système de Répartition fonctionna alors à plein jusqu’ en 1965 (nous verrons plus bas que les premiers craquements datent de 1966-67). La politique économique résolument menée s’ inspira sans complexe du keynésianisme, qui allie un interventionnisme de l’ Etat et une acceptation d’ une érosion monétaire assez forte compensée par de l’ inflation plus ou moins contrôlée. L’ espérance de vie ne laissait que relativement peu de temps aux retraités pour profiter de leur retraite, et le rapport actifs/retraités était alors optimal, permettant une amélioration remarquable du niveau de vie de tous, actifs comme retraités. Les cotisations sur salaires restaient faibles et néanmoins assuraient un large financement de ces systèmes sociaux. Par suite, l’ inspiration socialiste de ces systèmes passait plus ou moins inaperçue, et ne gênait en rien ce qu’ on appelle aujourd’ hui la ”croissance”. A tous ces facteurs favorables, s’ ajoutaient les effets indéniables du fameux Plan Marshall, destiné à relever l’ Europe.
La vérité oblige à dire que l’ essentiel des progrès économiques et sociaux de cette époque est à l’ actif de la Quatrième République: c’ est elle qui électrifia le pays, qui reconstruisit notre réseau ferré, qui releva le niveau de vie général, et même qui jeta les bases de notre industrie atomique civile et militaire (c’ est sous le socialiste Guy Mollet que fut lancé le programme de mise au point de la bombe A française; c’ est dès 1945-46, avec Joliot Curie, que fut conçue et réalisée la pile atomique Zoé, ancêtre de nos centrales nucléaires). Il serait injuste d’ oublier que les allocations familiales avaient alors un pouvoir d’ achat triple de ce qu’ il est devenu aujourd’ hui, que le salaire parental, qui a fait passer Jean-Marie Le Pen pour un fasciste quand il le demandait, existait alors, et n’ a été supprimé qu’ en 1970-71: il s’ appelait ”le Salaire Unique” (S.U.) et était alloué à la mère de famille d’ un jeune ménage ou`seul le mari travaillait. Ce salaire unique représentait près des trois quarts du salaire minimum... C’ est sous le ministère du radical Edgar Faure, à partir de 1954, que des augmentations très importantes du niveau de vie eurent lieu, aux effets spectaculaires: de nombreuses villes se reconstruisirent rapidement, de nombreuses entreprises se créèrent et firent des profits. On voyait les maisons restaurées et repeintes un peu partout, le parc automobile augmentait de façon exponentielle, avec ces fers de lance de légende que furent la 4 CV Renault et la 2 CV Citroën. C’ est dès 1952 que commencèrent la découverte et l’ exploitation des hydrocarbures du Sahara. C’ est sous le socialiste Guy Mollet que le salaire des médecins hospitaliers fut d’ un seul coup doublé, pour assurer à l’ hôpital une qualité de soins maximale. C’ est encore sous Guy Mollet que furent créées les I.P.E.S., ("Instituts de Préparation à l’ Enseignement Secondaire") aujourd’ hui bizarrement oubliés, dont le succès fut à la fois foudroyant et durable (ils disparurent discrètement à partir de la fin des années 1960). Toute cette politique fut menée sur fond de méritocratie décomplexée, de capitalisme cohabitant bon gré mal gré avec un Parti Communiste qui raflait entre 20 et 28 pour cent des voix aux élections (alors proportionnelles), mais qui cependant ne gouvernait jamais. Personne ne se souvient que lorsque Pierre Mendès-France fut pressenti pour être président du Conseil en 1954, il déclara à la Chambre qu’ il ne se considèrerait comme investi que si la Chambre lui accordait sa confiance à la majorité absolue ”défalcation faite des voix communistes”. Et il fut investi. Imagine-t-on, en 2010, même avec un Parti Communiste croupion à moins de 6 pour cent, Martine Aubry déclarer "je ne me considèrerai élue par le peuple français que s’ il m’ accorde sa confiance à la majorité absolue défalcation faite des voix communistes"?
Ces rappels montrent que de Gaulle, à son retour en 1958, ne démarra pas de zéro comme trop de ses thuriféraires ont tant cherché à le faire croire. Il n’ eut sur beaucoup de points qu’ à continuer sur la lancée. En fait, il n’ est revenu que par le fol espoir né des événements d’ Algérie en mai 1958. Des hommes politiques aussi sages et prudents que Guy Mollet réfléchirent longuement avant de lui accorder leur confiance (sans laquelle il n’ aurait pas pu revenir) et finirent par la lui donner parce qu’ ils le croyaient seul capable de résoudre au mieux le problème algérien. Au mieux, c’ est à dire dans le respect des intérêts de la France, et de l’ œuvre indéniable qu’ elle avait accomplie là-bas en 128 ans. (On sait ce qu’ il en est advenu, mais c’ est là une autre histoire). On ne peut mieux résumer cette brève rétrospective de feue notre Quatrième République (et des dix premières années de la Cinquième) qu’ en citant Georges Marchais, ce chef communiste haut en couleurs qui creva l’ écran de 1969 à 1983. Sous ses dehors rustauds, cet homme foncièrement roublard, qui s’ amusait souvent à faire peur, avait une connaissance approfondie de notre histoire d’ après-guerre de 39-45. Qu’ il soit allé travailler volontairement ou non en Allemagne en 1942 ou 1943 est secondaire: l’ essentiel, c’ est qu’ il est réellement allé y travailler; il avait connu la guerre pour l’ avoir vécue, il avait connu toute cette période de reconstruction d’ après l’ effondrement de l’ Allemagne nazie, il avait vécu cette renaissance française et se plaisait à rappeler que le communiste Maurice Thorez quand De Gaulle l’ a rappelé au pouvoir en 1945 malgré sa désertion de 1939-40, avait officiellement demandé aux ouvriers de France, avant de revendiquer, de commencer par ”se retrousser les manches” (sous-entendu: pour reconstruire le pays). Or donc, que disait souvent Georges Marchais, en évoquant implicitement tout ce passé héroïque, face aux difficultés de toute sorte que traversait la France depuis la crise de 1973? Ceci: Comment se fait-il que la France de maintenant, avec toute sa richesse accumulée depuis tant d’ années, soit incapable d’ assurer à sa population la protection sociale, la politique de santé publique, d’ augmentation du niveau de vie et la politique d’ instruction publique que lui a assurées la Quatrième République, qui n’ avait pour tout héritage que les ruines de la guerre et une situation économique et financière dramatiques? Entendons-nous bien: je ne tresse pas ici des couronnes à Georges Marchais (encore moins aux communistes). Je sais très bien qu’ il perdit son procès contre ”Minute”, quand il attaqua cet hebdomadaire pour avoir écrit et publié, preuves à l’ appui, que c’ était bel et bien volontairement qu’ il était allé travailler en Allemagne. Je me borne à rappeler le passé tel qu’ il est, sans passion. Si un communiste dit qu’ il pleut quand il pleut, eh bien je dirai qu’ il dit la vérité, je ne vais tout de même pas me comporter comme les socialistes de 2010 qui, eux, n’ hésitent pas une seconde à dire qu’ il pleut quand il fait grand soleil mais que c’ est quelqu’ un réputé ”de droite” qui a vu ce grand soleil le premier! Donc que cela plaise ou non, Georges Marchais posait là une vraie question. Cette question, il n’ y a jamais répondu, et à mon avis, dans son fors intérieur, il ne savait pas y répondre. Certes, si on l’ avait un peu mis sur la sellette (ce qu’ aucun journaliste n’ a jamais fait), il aurait répondu de façon convenue et sans intérêt avec de la logomachie communiste, des explications toutes faites sur l’ opposition entre exploitation capitaliste et travail, et autres ritournelles pour esclaves, bref il aurait fait son job. Mais non, il était comme nous tous: au fond de lui, il ne savait pas, sinon il l’ aurait dit. Cette question, nous allons y revenir dans ce qui suit.
La lente dérive, prémisses et mise en place
Le retour de De Gaulle, malgré l’ écharde algérienne, advint donc dans un contexte particulièrement favorable, dans un pays qui avait retrouvé un élan vital inattendu, sans doute le plus vigoureux depuis les explosions de la période 1789-1810. Pour qui a vécu jour après jour la vertigineuse période de mai 1958 à Noël 1958, le souvenir en est inoubliable, et cette réalité n’ a absolument rien à voir avec les présentations qui en sont faites aujourd’ hui de temps à autre dans les médias, notamment sur Arte, à qui revient la palme de la malhonnêteté. Ce contraste choquant est un indice accablant de l’ état de sujétion en lequel lesdits médias sont tombés. Il est indispensable, pour réfléchir utilement, de se pencher sur ces moments inouïs, qui ne peuvent se comparer qu’ à ceux de la Fête de la Fédération, l’ un des rares magnifiques moments de la révolution de 1789, où les Français de l’ époque communièrent dans une ferveur exceptionnelle, toutes classes sociales confondues, dans un réel et émouvant désir de donner son plein sens au mot ”fraternité”.
De Gaulle revenu, à partir de Juin 1958, bénéficia d’ emblée d’ un immense prestige qui lui permettait tout. Il était aussi puissant que Clemenceau aux négociations du Traité de Versailles. Le peuple, à tous les niveaux, je dis bien le peuple et non pas telle ou telle coterie ou élite, fut littéralement transporté d’ espérance, alors que les événements d’ Algérie commençaient à affadir sérieusement l’ enthousiasme français. Cette espérance, en Algérie, concerna à égalité les populations musulmanes et européennes. L’ immense foule du forum d’ Alger comprenait, le 13 mai 1958, une écrasante majorité de musulmans. Le FLN, tétanisé, depuis son exil égyptien, s’ inscrivit aux abonnés absents pendant de longues semaines, et ne perpétra aucun attentat. Personne, en France, en tout cas dans la population de base, ni dans la population musulmane, ne doutait plus que, désormais, l’ Algérie était définitivement une partie de la France comme une autre. On vit ce spectacle incroyable, aujourd’ hui soigneusement caché par tous ceux qui parlent de cette époque unilatéralement et partialement, parce qu’ ils sont seuls autorisés à en parler: des femmes musulmanes, sur le forum d’ Alger, ce jour-là, s’ ôtaient collectivement le voile islamique en signe de libération qu’ apportait la réunion avec la patrie française (rapporté par le Général Salan dans ses Mémoires). Madame Salan avait animé avec amour et efficacité, et un dévouement infini, des associations de femmes musulmanes, sans agressivité envers quiconque ni envers la religion coranique en tant que telle). Ces scènes se répétèrent dans d’ autres villes d’ Algérie, notamment à Oran. D’ ailleurs la question islamique, en ce temps-la, n’ avait vraiment pas la même acuité qu’ aujourd’ hui: la charia, le voile islamique, etc, rien de tout cela n’ occupait les esprits. La France, en Algérie, se bornait à respecter l’ architecture maure avec une minutie admirable, à tel point que les plus beaux monuments de style maure et islamique d’ Algérie sont ceux qui furent construits sous l’ égide des fonctionnaires français chargés d’ administrer les départements français d’ Algérie. L’ islam en tant que tel ne posait pas de problème entre les communautés, il était parfaitement accepté par tous, il n’ était pas agressif; si quelqu’ un avait alors parlé, comme on l’ entend de nos jours de « choc des civilisations » à propos de l’ islam, il aurait semblé un martien débarquant d’ un Ovni, un énorme cheveu sur la soupe! Même l’ antagonisme du Fln ne nourrissait pas de doctrine islamique. Le problème algérien s’ inscrivait dans un tout autre contexte, la guerre froide, la lutte sans merci entre Occident et sphère ”socialiste”, entendez sous influence de l’ URSS.
La répression sanglante de Budapest avait profondément marqué les esprits et le FLN apparaissait essentiellement comme un pion du camp socialiste, dans la lignée de la Guerre d’ Indochine. Sur les routes de France, pendant de nombreux mois, on entendit klaxonner un peu partout et à tout propos, sans que cela choque qui que ce soit, le célèbre ”ta-ta-ta,—-,ta,—-,ta” (qui signifiait: ”Algérie Française ”. La plupart des gens accueillaient par un sourire ce signal, qui ne faisait honte à personne! Cette liesse cachait au public un événement considérable, qui se produisait simultanément dans la coulisse: des capitaux, de très importants capitaux, revinrent en France. Les élections qui suivirent l’ éclatant succès du référendum du 30 septembre 1958 (près de 80 pour cent de ”oui” `a la nouvelle Constitution), contre toute attente, aboutirent à un triomphe de l’ UNR, le parti de De Gaulle. Les communistes, anéantis, revinrent à douze, essuyant leur plus grave échec électoral du vingtième siècle (encore un fait occulté de nos jours). Ces capitaux, accompagnant cet élan vital prodigieux qu’ avait insufflé la Quatrième République, assurèrent à la France, pour de longues années, un plein emploi qui fait figure, aujourd’ hui, de rêve inaccessible: suite aux négociations syndicats- patronat de 1958-1959 qui refondèrent l’ assurance chômage, il fut comptabilisé, pour tout le pays... 130 000 chômeurs! (Je dis bien cent trente mille chômeurs). Inutile de dire que le financement ne posa aucun problème! Nous n’ avons pas à discuter ici des péripéties algériennes, du revirement de De Gaulle sur lequel tout a été dit (voir par exemple ”L’ espérance trahie” de Jacques Soustelle), du drame de notre ”retrait” de cette terre et du Sahara... Notre propos est de comprendre comment, depuis cette époque-là, notre pays a progressivement glissé dans la situation détestable où il se trouve aujourd’ hui, piégé dans des impasses sociales, économiques et financières qui semblent désespérées.
C’ est donc la question économique et sociale qui doit focaliser notre réflexion. Or l’ élan décrit ci-dessus a été assez fort pour résister à la déplorable issue de ce drame algérien, au repli sur soi de la communauté musulmane d’ Algérie, aux vies brisées par le reniement des promesses et la destruction des espérances de tous côtés à la fois. La France, réduite à l’ hexagone et à ses ”confettis” des Antilles, de Guyane, de Polynésie et de l’ Océan Indien, continua à travailler et produire, à effacer les stigmates de la période 1914-1945 (que de Gaulle appelait ”notre Guerre de Trente ans avec l’ Allemagne”), à goûter à la paix retrouvée et à un peu de prospérité. La machine économique ne se lézarde pas encore, mais elle se fissure discrètement à partir de 1963. Le nouveau ministre des finances Giscard d’ Estaing, à l’ issue du particulièrement rude hiver de 1963, parle de ”surchauffe” et y répond par un ”plan de stabilisation” qui calme quelque peu l’ emballement des prix et rémunérations. Ce qui engendre de silencieuses frustrations ici et là.
A l’ élection présidentielle de 1965, de Gaulle est mis en ballottage au premier tour, par un certain François Mitterrand. Il sera réélu au second tour, mais pas avec un score de maréchal... Outre le résultat préoccupant de F. Mitterrand, la percée, du côté de la droite modérée, de Jean Lecanuet, avec ses 15 pour cent, ulcéra de Gaulle, qui envisagea sérieusement, après son ballottage, de démissionner. Mais les fondations économiques restaient solides: les capitaux revenus restaient, et les accords d’ Evian, dans leur clause principale, permettaient à la France de payer au nouveau régime algérien le pétrole saharien en francs et non en dollars, grâce à quoi nous accédions, pour la première fois à cette grande source d’ énergie de façon autonome. Ce qui permit la poursuite active et l’ approfondissement de la politique de croissance tous azimuts qui durait maintenant depuis plus de vingt ans. Cette autonomie énergétique fut mise à profit pour créer la fameuse ”force de frappe” française et tenir au feu la filière électronucléaire civile, qui, sans pouvoir, pour l’ heure, rivaliser avec le pétrole, devait se tenir prête à prendre la relève. Parallèlement, elle stimula dans des proportions impressionnantes l’ activité de l’ automobile: l’ industrie automobile française, de 1964 à 1972, devint la première d’ Europe. A ceux qui croiraient anecdotique cette politique du tout-pétrole, rappelons qu’ il fut instauré de généreuses incitations fiscales pour que les particuliers changent leur chauffage à bois et/ou charbon par un chauffage au mazout. Une large part des dépenses de cette reconversion devint fiscalement déductible, et l’ Etat finit par faire quasiment cadeau de la cuve à mazout! Ironie du sort, de nos jours l’ Etat français subventionne l’ abandon du chauffage à mazout...
Mais la discrète fissuration ne se colmata pas. La crise du logement, brusquement apparue quand la génération du baby-boom de 1941-47 arriva à l’ âge adulte, et envenimée à la fois par le retour du million de ”rapatriés” d’ Algérie et par une déruralisation accélérée, ne se résorba pas et fut particulièrement vive en région parisienne. Les pouvoirs publics y répondirent en donnant tout pouvoir au ”gaullisme immobilier”, dont les ténors se mirent à construire un peu partout et au moindre coût des logements collectifs assurant aux promoteurs des profits maximaux. Ces logements enflèrent brusquement les banlieues, dont les équipements urbains ne pouvaient suivre. Les gens se logeaient là par force, mais à peine installés, ne rêvaient que d’ en repartir au plus vite pour la petite maison de leurs rêves. Nos amis héréditaires anglais, jamais à court d’ une remarque aimable concernant les mange-grenouilles, qualifiaient nos barres de banlieue de ”slums of the future”. Comme quoi l’ origine des habitants de ces endroits ne suffit pas à expliquer nos terribles difficultés actuelles, quand on considère que ces zones n’ ont pas démenti la sarcastique prophétie de ces honorables sujets de Sa Très Gracieuse Majesté... Les transports domicile-travail, en région parisienne, devenaient insidieusement un enfer. Les rémunérations commençaient à stagner, les tranches de l’ impôt sur le revenu n’ étaient pas indexées, ce qui à la longue, avec l’ érosion monétaire, l’ alourdissait à l’ excès.
Au total, la vie devenait plus dure. On entendait dire un peu partout, fin 1966 début 1967, qu’ on était ”moins heureux qu’ il y a quatre ans”. . . La fin de la fête, premier coup de sifflet. Début 1967, le président algérien Boumedienne, sans préavis, décida que désormais, la France paierait le pétrole algérien en dollars. Pour le haut personnel gaulliste, ce fut un coup de massue, qu’ on cacha soigneusement au grand public. Tout l’ édifice des accords d’ Evian s’ écroulait. De Gaulle en conçut une colère noire... contre les Américains, objectivement bénéficiaires de l’ oukase, et qu’ il accusa d’ avoir suggéré le ”coup” à Boumedienne. Un coup qui n’ est pas sans rappeler le ”et moi, je prends le canal” de Nasser en 1957. Le pouvoir gaulliste partit alors en guerre ouverte contre les USA, à travers le système du ”gold ex-change standard” selon lequel théoriquement, le dollar vaut de l’ or, alors que la couverture-or de Fort Knox était depuis longtemps notoirement très insuffisante; en effet, le monde était depuis des années inondé de dollars produits sans arrêt par les planches à billets. C’ est par ce système que les USA ont financé leur guerre du Vietnam: ainsi le dollar était en réalité une monnaie de singe qui n’ avait cours que par la fiction du gold Exchange standard, lui-même assis sur la puissance économique et militaire prépondérante des USA: la loi du plus fort. Les autres nations étaient obligées, pour acquérir des dollars, de payer en vraie monnaie, au cours forcé de 35 dollars l’ once d’ or, et par là se trouvaient réduites en servitude financière et commerciale.
Toute l’ année 1967, de Gaulle lança une campagne soutenue et virulente contre le dollar et réclama explicitement l’ abolition du gold Exchange standard et le retour aux échanges internationaux fondés sur le seul étalon-or. Autrement dit, il prenait au mot la fiction du gold Exchange standard en exigeant qu’ il se traduise par une convertibilité réelle du dollar en or. Des campagnes radiodiffusées et télévisées incitèrent sans cesse, des mois durant, les Français à acheter de l’ or. Ce dernier, dont le cours de 5000 francs le kg n’ avait pas varié depuis les accords de Bretton-Woods, vit son cours en France monter jusqu’ à 7000 francs le kg en juin 1967. Parallèlement, la rancune de de Gaulle s’ exprima sous diverses formes, dont les plus frappantes furent le fameux discours de Pnom-Pehn, où il demandait carrément aux Américains de quitter le Vietnam, et le ”Vive le Québec libre” lancé depuis le balcon de la Mairie de Montréal à la foule québécoise en juillet 1967.
De Gaulle ne se lançait pas dans ce combat sans atouts: d’ une part, la France avait, depuis son retour aux affaires en 1958, accumulé un stock d’ or et de devises historique: l’ équivalent de 6000 tonnes d’ or. Comparativement, les 12000 tonnes d’ or de Fort Knox, pour un pays dix-sept fois plus étendu et ô combien plus puissant, faisaient pâle figure. Il avait conquis de haute lutte l’ indépendance militaire, avec sa force de frappe qui ne devait rien à nos amis d’ outre-atlantique, et la toute récente mise au point de la bombe H française. L’ année précédente, il avait remercié les Américains en se dégageant de l’ OTAN (mais pas de l’ Alliance Atlantique): la base américaine de Châteauroux avait été promptement évacuée, ce qui n’ avait pas été un plaisir pour la Maison Blanche. C’ est ainsi que le David de Gaulle avait défié le Goliath US en ce qui lui tenait le plus à cœur: la suprématie mondiale du dollar sur toute autre monnaie.
La fin de la fête, second coup de sifflet
Dans la presse bourgeoise de France, fin 1967, on commença à accuser le coup de Boumedienne, qui nous ramenait de fait dans la dépendance énergétique des alliés anglo-saxons, coup d’ autant plus dur que comme nous l’ avons vu, nous avions tout misé sur notre toute nouvelle autonomie pétrolière, elle-même fondée sur les accords d’ Evian. Ainsi dans la très huppée revue ”Le Spectacle du Monde”, de M. Bourgine, une interview de Couve de Murville fut publiée, dans laquelle il était annoncé que d’ inévitables sacrifices devraient à terme être consentis par ”les personnels d’ encadrement". Déjà au printemps 1967, les élections législatives avaient frisé la catastrophe pour l’ UNR, talonnée par les partis de gauche et du centre; elle ne dut sa majorité croupion qu’ au député de Saint-Pierre et Miquelon... la cause de cette pseudo victoire? C’ était un secret de Polichinelle, le premier ministre Pompidou avait préparé un plan d’ austérité destiné, selon lui, à contenir le déficit de la Sécurité Sociale. Cette sécurité sociale qui fonctionnait si bien depuis 1945 et dont tout le monde était content! le retour de bâton électoral était donc inéluctable... Georges Pompidou avait-il été sincère? La question mérite d’être posée car, dans ce déficit annoncé de notre ”baleine”, il n’ était pas tenu compte des dettes envers l’ URSSAF de certaines grandes sociétés, ni des dépenses mises indûment à charge de la sécurité sociale alors qu’ elles n’ avaient rien à voir avec la protection maladie ni l’ action sociale. La liste de ces dépenses fut maintes fois publiée dans la presse, mais cette information ne fut jamais relayée dans les grands médias télévisuels et radiophoniques. En vérité, l’ Etat, qui devait payer ses importations d’ énergie en dollars, avait maintenant besoin d’ argent, et il fallait en trouver de toutes les manières possibles. Dans cette nécessité, notre premier ministre ne dédaigna pas les vieilles petites ficelles du métier: ainsi, quand la Guerre des Six Jours se déclencha début juin 1967, elle provoqua une forte émotion dans le pays, et un élan de sympathie spontanée en faveur d’ Israël; aucun de ceux qui ont vécu à Paris en ces moments ne me démentira: partout, dans le métro, dans la rue même, on voyait des inconnus se parler et se féliciter des victoires de Dayan. Les radios étalaient unanimement leur parti pris clair et net pour Israël. Alors Georges Pompidou, pragmatique, choisit ce moment pour tripler le prix du ticket de métro, qui passa d’ un seul coup de 20 centimes de franc à 60 centimes de franc. Cela passa presque inaperçu! Du grand art, digne des plus belles roueries de la Troisième République... La joie des Parisiens suite aux victoires israéliennes fut refroidie net par la position officielle de l’ Elysée, qui fut vite annoncée solennellement sur toutes les radios et à la télévision (deux chaînes seulement également contrôlées par l’ état, et une seule jusqu’ en 1964): la France de De Gaulle tenait Israël pour un peuple ”sûr de lui et dominateur”, et ”il ne fallait pas préjuger trop vite du sort des armes, toujours susceptible de se retourner”. Pour bien montrer que la France ne plaisantait pas, cette position officielle sur le conflit fut assortie d’ un embargo français sur tout armement à destination ”de l’ un ou l’ autre” des belligérants (entendez par là, la symétrie de façade n’ avait trompé personne, ”à destination d’ Israël”, à qui nous avions vendu les Mirage qui firent merveille dans cette courte guerre). Ce fut là le coup d’ envoi, l’ acte de naissance de la ”politique arabe” de la France. Dieu sait si cette politique a été reprochée à de Gaulle! (Elle lui coûta entre autres son échec au référendum du 24/04/1969). Mais quand on connaît l’ envers du décor, que pouvait-il faire d’ autre, alors que l’ oukase de Boumedienne le condamnait à acheter comme tout le monde, en dollars, son pétrole aux émirs du Moyen-Orient? Ce pétrole dont l’ industrie française dépendait à au moins 70 pour cent! Ces dollars que les USA imprimaient à tout va au nez et à la barbe du monde entier en prétendant que 35 d’ entre eux valaient une once d’ or! Un cauchemar! On voit d’ ici les beaux draps, si par-dessus le marché, de Gaulle s’ était avisé de féliciter Dayan de ses succès contre la Légion Arabe... il n’ aurait plus manqué que ça...
C’ est dans ce contexte détestable que s’ acheva 1967 et débuta 1968. Nous n’ allons pas ici trop nous étendre sur les "événements" de mai 1968, mais nous ne pouvons pas faire l’ impasse totale. Il s’ est dit que mai 1968 fut la réponse des USA à l’ attaque frontale de De Gaulle contre le gold Exchange standard, au discours de Pnom-Pehn et au déménagement humiliant de Châteauroux. Difficilement démontrable. Certes, l’ arrivée si rapide de Marcuse en France dès le début de l’ agitation paraît peu spontanée et, pour tout dire, suspecte. Certes, nos voisins européens, en cette occasion, ne nous exprimèrent pas leur sympathie (des affiches antigaullistes obscènes fleurissaient un peu partout en Flandre et en Hollande). Certes, nos amis anglais, maintes fois refusés dans l’ Europe des Six par de Gaulle, ne pleurèrent pas sur la ”chienlit” qui sévissait à Paris. Mais là-dedans, en somme, rien de bien nouveau depuis 1940; gold Exchange standard ou pas, de Gaulle n’ a jamais suscité le grand amour chez les anglo-saxons. Cette hypothèse d’ une vengeance préméditée de l’ Amérique ne mérite pas d’ être creusée davantage. En revanche, c’ est l’automne 1968 que nous fut porté le coup fatal: les capitaux qui étaient revenus en 1958 repartirent pour plus des trois quarts. Les fameuses ”valises vers la Suisse” dont il fut tant question? Menu fretin: ce n’est pas dans des valises de passeurs à la petite semaine que l’ essentiel de ces capitaux sont repartis. Personne jusqu’ ici n’ a dit quand ni comment ils sont repartis. Ils sont repartis, point.
Le vrai second coup de sifflet, ce n’ est pas le méchant chahut de mai 1968, c’ est cet exil financier de l’ automne 1968. On ne peut même pas être certain qu’ il y ait un lien clair entre cette saignée financière et les révoltes étudiantes de mai 1968. On peut être certain par contre que nos dirigeants gaullistes à l’ époque n’ ont rien su sur le moment ni plus tard et n’ ont pu qu’ assister à l’ hémorragie. C’ est d’ autant plus mystérieux que cet exil des capitaux eut lieu après la victoire écrasante de l’ UDR (nouveau nom de l’ UNR) aux législatives de juin 1968, victoire qui aurait dù en principe rassurer ces capitaux. La vérité là-dessus n’ est vraisemblablement connue que d’ une poignée de grands de ce monde, qui ne diront jamais rien. Encore un ressort primordial de l’ Histoire qui restera à jamais caché aux humains. . .
La France se retrouva donc au même point qu’ au printemps 1958, mais Algérie en moins et inimitié américaine en plus. Que pouvaient faire les responsables du pays? Que vouliez-vous qu’ ils fissent! Ils augmentèrent les impôts... A l’ époque, la mode était aux ”décimes additionnels” à l’ impôt sur le revenu, on en vota donc, à l’ initiative de M. Ortoli, et pas avec le dos de la cuillère! (On les traîna, par réductions progressives, jusqu’ en 1972). Pour faire bonne mesure, on porta le maximum des droits de succession à 40 pour cent au lieu de 20 pour cent. Mais pourquoi? le gros des fortunes visées par ces mesures était déjà reparti... on imagine la rancune formidable que devait ressentir de Gaulle; malgré tout ce qu’ il avait accompli, force de frappe, restauration du franc (entre le premier janvier1960, où fut inauguré le ”nouveau franc”, alias ”franc lourd”, et la fin 1970, le franc ne décrocha que de 5 à 10 pour cent par rapport au franc suisse, et encore ce décrochement fut-il consécutif à la funeste année 1968. A comparer avec sa division par quatre par rapport au même franc suisse entre 1973 et aujourd’ hui); stabilisation relative de la vie politique intérieure, avec son parti (UNR devenue UDR) qui continuait à la dominer, leadership dans l’ Europe, rapprochement franco-allemand magistralement conduit avec le chancelier Konrad Adenauer et continué sous le chancelier Erhard, relative indépendance de notre politique extérieure, où il occupa délibérément le créneau du ”Tiers Monde” et ne craignit pas de dialoguer avec l’ URSS... apaisement du sempiternel antagonisme entre enseignement public et enseignement privé, liquidation de l’ Empire, tenu pour un boulet (il en était fier, sauf pour l’ Algérie); lui qui avait conclu l’ un de ses plus importants discours à la nation, en 1959, par un vibrant ”Françaises, Français, en avant!” (sous-entendu: en avant pour conquérir tous ensemble avec ardeur un niveau de vie sans précédent dans notre histoire, pour en finir avec les ”lampes à huile”, ”la marine à voile” et les ”vieilles lunes”; sous-entendu encore: l’ avenir vers lequel je vous conduis ne vous fera pas regretter l’ abandon de l’ Algérie, il vaut bien plus qu’ elle), il contemplait les ruines de ces rêves, encore toutes fumantes sous les pavés de mai 1968; il assistait à la deuxième victoire de l’ Oncle Sam depuis le 8 mai 1945.
Peut-être pensait-il alors à la froide et terrible grandeur de Saint-Exupéry, resté fidèle au Maréchal jusqu’ au bout, quand peu avant sa mort, il avait décliné pour la énième fois son invitation à le rejoindre à une place de choix dans la France Libre: ”Mon Général, je vous rejoindrai quand vous aurez dit la vérité aux Français - Nous avons perdu la guerre contre Hitler, et ce sont les Américains qui vont la gagner!-
De Gaulle ne put que remâcher son échec, l’ échec du David français contre le Goliath américain. Il s’ absorba dans la préparation du référendum sur la régionalisation, prévu pour le 24/04/1969, projet qui réglait son compte au Sénat et qui, sous l’ impulsion de M. de la Martinière, adoucissait l’ impôt sur le revenu pour la plupart des salariés (déduction automatique portée de 20 pour cent à 30 pour cent). Fut-il conscient qu’ il ne pouvait pas gagner cet ultime combat? Tout porte à le croire, car à partir de fin 1968, la trahison poussa autour de lui comme une mauvaise herbe, et dans ses discours publics, la lassitude devint manifeste. C’ est le 30 mai 1968, dans son historique discours qui retourna in extrémis la situation et fit rentrer la gauche sous terre, qu’ il s’ était surpassé pour la dernière fois...
Rico
http://www.euro-reconquista.com/site/spip.php?article120
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From: Fantômas
Sent: Friday, February 26, 2010 8:13 PM
Subject: N azrticle
Les retraites suite...
Fantômas
vendredi 26 février 2010, par Canal ER
Autour du Général, personne ne nourrit d’ illusion sur l’ issue du référendum sur la régionalisation. Jusqu’ à ses plus proches le trahissent à mesure que la date approche.
Certains vont jusqu’ à faire ouvertement campagne pour le non, en expliquant doctement leur réticences devant la mise au pas du Sénat, tout en jurant, bien entendu, leur fidélité à de Gaulle. En réalité, en très haut lieu, le sort du Sénat ne préoccupe guère; mais on saisit l’ occasion de se débarrasser du Général, qui a fait son temps, et dont l’ antiaméricanisme trop raide commence, lui, à vraiment déranger. De plus, 1968 laissait des traces.
Georges Pompidou, évincé au profit de Couve de Murville juste après son triomphe aux législatives de juin, trouva cette formule pour rebondir ”’je me mets en réserve de la république”, mais en réalité, il ne digérait pas le célèbre ”notre Premier Ministre [Georges Pompidou]... s’ est conduit de façon remarquable, cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant” envoyé sec par de Gaulle au conseil des Ministres d’ après la victoire de l’ UDR. Le Centre recommençait à s’ agiter. Giscard d’ Estaing, plus cactus que jamais, se cantonnait dans un éloquent silence tout en surveillant le vent au plus près. Bref, dans les rangs gaullistes et limitrophes, on profitait de l’ infarctus de la gauche pour se relâcher quelque peu et occuper tout l’ espace politique à la fois, majorité et opposition.
Le référendum désavoua de Gaulle, qui démissionna dans l’ heure suivant l’ annonce officielle des résultats. La voie était libre pour tous ceux qui souhaitaient renouer peu ou prou avec les USA et s’ amarrer plus fermement à l’ Occident. Parmi eux, les atlantistes décomplexés, regroupés autour d’ Alain Poher, donnèrent du fil à retordre à la vieille garde gaulliste dont les leaders étaient plus sourcilleux sur l’ indépendance du pays bien que foncièrement attachés à l’ Alliance Atlantique. Ces derniers l’ emportèrent, après une habile campagne de Georges Pompidou, qui dut cependant composer avec une partie du Centre.
Le problème qui se posait à Georges Pompidou, rompu aux questions financières de par son ancien emploi chez Rothschild, se présentait ainsi: les capitaux partis ne reviendraient pas. Notre monnaie s’ affaiblissait; nous étions jusqu’ au cou dans le tout-pétrole, ce satané pétrole qu’ il nous fallait désormais payer en dollars sonnants et trébuchants et non avec nos francs.
Les USA dominaient le monde et contrôlaient les principales sources d’ hydrocarbures de la planète, sauf celles d’ URSS. Comment préserver les acquis économiques et sociaux des Français avec cette nouvelle donne sans tomber tout chauds dans le giron américain ni sans dériver vers une politique risquée d’ équilibre est-ouest?
Pompidou fit ses comptes: Boumedienne nous avait poignardés, mais il restait isolé. Les prix du pétrole restaient bas (entre 2 et 4 dollars le baril. . . ): Boumedienne ne les avait pas fait bouger d’ un centime. Certes, l’ or noir s’ épuisait, mais seulement à moyen ou long terme; il y en avait partout, et surtout au Moyen-Orient. Les chefs arabes étaient divers et plutôt désunis. Il fallait profiter au maximum de cette conjoncture, dont on pressentait l’ inéluctable fin, pour pousser les feux d’ une industrialisation à marches forcées de la France, tout en maintenant en veilleuse le joker du nucléaire civil.
Cependant, il fallait mettre fin à la guerre froide avec les USA, trouver un minimum de terrains d’ entente si on ne voulait pas ruiner notre monnaie. La meilleure façon de préserver le maximum d’ indépendance était, pour l’ entourage de Georges Pompidou, de mener résolument une politique arabe en remplacement du soutien inconditionnel à Israêl qui avait prévalu sous la Quatrième république, et si possible de passer des contrats à moyen terme d’ Etat à Etat avec les grands producteurs de pétrole de Lybie et l’ Arabie saoudite (qui se souvient que Pompidou fit scandale en livrant cent dix Mirage à la Lybie?). Pompidou déploya une activité phénoménale: il se rendit aux USA pour rencontrer le nouveau président Nixon, fort du prodigieux succès de l’ expédition Apollo sur la Lune, dont Armstrong et Collins foulèrent le sol la nuit du 23 juillet 1969. Il y prononça dans plusieurs villes des discours sur l’ importance du problème environnemental; il évoqua avec Nixon la question monétaire et celle des S.A.L.T., cet arsenal de fusées déployées en Europe pour la protéger d’ une éventuelle agression des forces du Pacte de Varsovie. Le seul fait d’ évoquer les S.A.L.T. était de la part de Pompidou un gage de l’ attachement de la France à l’ Alliance Atlantique. Moins de deux ans plus tard, ce furent les fameux ”accords de la Jamaique”, entrepris et conclus par Nixon, et où Pompidou participa, par lesquels les USA déconnectaient enfin le dollar de l’ or.
C’ est vraisemblablement dans ces divers entretiens directs avec Nixon que Pompidou accepta ce gage de la réconciliation: accepter enfin l’ entrée de l’ Angleterre dans le Marché Commun européen. Dieu sait que ce ne fut pas facile! Nos fonctionnaires de Bruxelles, hostiles, traînèrent les pieds tant qu’ ils purent, le référendum sur l’ Europe organisé par Pompidou fut loin d’ être une réussite... mais l’ Angleterre y entra, qu’ on le veuille ou non! En laissant à beaucoup de Français un arrière-goût de Cheval de Troie...
En même temps, Pompidou poursuivit la politique d’ entente avec le Niger (alors dirigé par le président Diori) qui nous assurait pour de longues années des fournitures en minerai d’ uranium, dont son pays était pourvu en abondance. Cette politique préservait nos réserves de minerai d’ uranium, dont notre pays est bien pourvu. Il lança Eurodif et intensifia les activités de Marcoule dans le nucléaire tant militaire que civil. Il décida de doter la France d’ une puissante industrie métallurgique, en créant l’ usine de Fos-sur-Mer et en privilégiant l’ importation de minerai de fer mauritanien, beaucoup plus riche, par rapport à la minette de Lorraine. C’ est à Dunkerque qu’ arrivait le minerai. Dès 1972, la France commençait à produire plus de trente millions de tonnes d’ acier par an, talonnant l’ Allemagne qui en produisait moins de quarante millions. La crise de 1967-1968 fut purgée par la dévaluation du franc de 12 pour cent, qui intervint l’ été 1971 (Pompidou s’ en expliqua à la télévision en évoquant ”notre extraordinaire décadence des années 1920-1940”).
Jusqu’ à l’ automne 1973, c’ est-à-dire pendant plus de quatre années du septennat de Pompidou, le pétrole à bas prix continua d’ affluer vers la France, venant essentiellement de Lybie et du Moyen-Orient. A ce prix-là, le nucléaire civil n’ était pas rentable, donc après un débat confidentiel animé au sein du gouvernement, dont certains organes de presse spécialisée se firent l’ écho, il fut décidé de construire de nouvelles centrales électriques thermiques à fuel plutôt que des centrales nucléaires. Ce qui aggravait notre dépendance pétrolière.
Cette politique énergique et déterminée présentait certes des inconvénients environnementaux et sociaux, mais porta rapidement ses fruits (la ”croissance” fut dès 1970 supérieure à six pour cent par an) ; elle permit aux Français de conserver et même d’ améliorer leur niveau de vie, malgré les déboires de 1967 et 1968. L’ elan vital de 1958-1959 semblait retrouvé, l’ aisance se répandait dans les classes dites modestes. De vieilles usines obsolètes dignes de Zola se fermaient chaque jour, aussitôt remplacées par des entreprises modernes offrant des salaires décents et des conditions de travail plus salubres (un exemple emblématique fit l’ objet d’ un remarquable reportage télévisé: les antiques Fonderies de Bayonne remplacées par la moderne usine Turboméca). L’ ouvrier de base découvrait la voiture particulère, le compte en banque et les week-ends à la campagne... mais aussi l’ agneau d’importation de Nouvelle-Zélande.
Les fonctionnaires étaient payés le 15 pour le mois en cours. Les entreprises nouvelles poussaient partout comme des champignons. Les supermarchés remplaçaient à toute allure les épiceries et drogueries surannées. Jamais la France n’ avait connu pareil bond en avant de toute son histoire. En voici un indice fort: un institut de prospective américain, aujourd’ hui bien oublié, l’ institut Hermann Kahn, s’ était penché sur le cas français. Il publia ses conclusions en 1972: à ce train-là, la France allait devenir la deuxième puissance économique du monde avant l’ an 2000, dépassée par le seul Japon et devançant les USA.
Pompidou, interrogé à la télévision sur cette prédiction, répondit modestement: "nous faisons de notre mieux et continuerons, mais ne nous endormons pas sur nos lauriers, il sera difficile de rattraper l’ Allemagne".
L’ envers du décor maintenant: la pollution augmentait visiblement et n’ était pas contrôlée. La vie en ville devenait désagréable, avec de la circulation infernale partout. L’ argent trop facile n’ allait pas sans quelques abus, même s’ ils restaient isolés. Tout cela n’ était ni nouveau ni très grave. En revanche, deux gros points noirs dont les conséquences devaient se révéler funestes à moyen et long terme, et dont nous souffrons encore: la dépendance pétrolière, qui devenait angoissante, et le recours forcé à de l’ immigration pour faire tourner les usines nouvelles.
On prête aux élites françaises une bien vilaine boutade datant de cette époque; à des industriels allemands et japonais qui commençaient à robotiser leurs usines, nos capitaines d’ industrie auraient répondu: "nous, nous avons bien mieux que des robots, nous avons des bougnoules". Vraie ou fausse, cette anecdote traduit fidèlement le cynisme avec lequel les responsables du gouvernement allèrent chercher la main d’ œuvre en Afrique, à gros contingents, par milliers, voire dizaines de milliers. Une preuve vérifiable en est donnée par un reportage que publia vers 1972 l’ hebdomadaire Paris-Match sur l’ industrialisation de la Basse-Normandie. Les autochtones, assez bien dans leurs meubles et attachés à leurs jardins, ne s’ empressaient pas de se faire embaucher dans ces usines, en tout cas pour les rémunérations qu’ on leur proposait; l’ auteur de l’ article citait un membre du gouvernement qui, avouant sa contrariété devant cette tiédeur, avait déclaré: "”eh bien si les Normands n’ en veulent pas, nous irons chercher la main d’ œuvre en Afrique, pas seulement au Maghreb mais également en Afrique Noire". Et l’ article se poursuivait en rapportant que ces responsables gouvernementaux étaient passés de la parole aux actes, et avaient importé des centaines de travailleurs noirs de Mauritanie, qu’ il avait fallu plaquer de force sur le tissu social normand, ce qui, de leur propre aveu, avait posé "quelques problèmes".
Dans toute la région parisienne, de nombreuses usines ne tournaient que grâce à de la main d’ œuvre maghrébine. Un cas parmi tant d’autres: les usines SIMCA, à Poissy. Je les ai personnellement visitées en 1970. J’ ai constaté que la main d’ œuvre de base, celle postée aux chaînes, était exclusivement marocaine. Seuls les cadres étaient Français. J’ étais ému par ces marocains, tous beaux hommes, assez jeunes, grands, silencieux, très dignes, vêtus d’ une combinaison de travail grise, qui répétaient indéfiniment les mêmes gestes sur les moteurs qui passaient devant eux du matin au soir, amenés par un tapis roulant perpétuel. Chacun avait une dizaine de boulons très précis à serrer avec une clé plate, pour fixer les carburateurs. Debout, ils tournaient leur clé sans arrêt, et n’ avaient aucun répit entre deux moteurs; la durée entre les passages des moteurs était calculée pile pour leur laisser le temps de boulonner mais ne perdre aucun temps entre ce boulonnage et celui du moteur suivant. Un ingénieur m’ expliqua que ces marocains étaient excellents à leur tâche (huit heures par jour cinq jours par semaine) et ne parlaient même pas Français, qu’ on les avait fait venir pour travailler là, suite à des accords avec le roi Hassan II.
Ainsi, cette période courte mais exaltante, si bénéfique à tant d’ égards, avait introduit dans notre corps national des germes redoutables, les germes des maux principaux qui ont rongé et continuent de ronger la France encore en 2010. Le plus grave est cette importation délibérée et organisée de milliers de travailleurs maghrébins et d’ Afrique noire. Il est donc prouvé que le recours systématique et massif à l’ immigration africaine a commencé dans ces années 1968-1972. Il ne s’ est pas agi d’ une invasion style ”Camp des Saints”, non, cela fut une décision de notre gouvernement, une importation de travailleurs organisée par des accords avec les autorités des pays d’ origine.
Dès lors, on comprend mieux la vraie raison de ces lois Pleven contre le racisme qui furent votées en 1972 et firent l’ impression à la plupart des Français d’ un cheveu sur la soupe, car le racisme n’ avait jusque là jamais été une spécialité française. La diversité ethnique de la planète n’ a jamais dérangé le Français de base qui, comme chez la plupart des peuples latins, se croise volontiers avec des ethnies différentes lorsque les aléas de l’ existence l’ amènent à vivre continûment dans leur milieu. Le célèbre texte de Montesquieu qui ironise sur les racistes primaires, leur faisant penser "Dieu ne se serait pas avisé de mettre une âme dans un corps tout noir", était depuis des décennies un grand classique des textes choisis de nos professeurs de Français. Ainsi quand ces lois sont sorties, on n’ en comprenait pas bien la raison; mais cette raison, on ne l’ a pas dite aux Français, c’ était cette importation massive et organisée de travailleurs africains, dont la grande masse des Français n’ avait alors aucunement conscience, n’ en ressentant pas les effets, puisqu’ elle ne touchait pas l’ ensemble du pays.
Rico
http://www.euro-reconquista.com/site/spip.php?article121
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From:FANTÔMAS
Sent: Monday, March 22, 2010 8:25 PM
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Partie 4 de l' analyse économique... de Pompidou à Mai 81.
Fantômas
lundi 22 mars 2010, par Canal ER
Octobre 1973: Sadate déclenche la Guerre du Kippour. Nixon place aussitôt ses fusées en alerte rouge. Ce coup-ci, ce n’ est pas une guerre d’ opérette: Tsahal tient le choc mais à quel prix! Les soldats israéliens découvrent la vraie bigorne, celle où les soldats meurent comme des mouches autour des combattants, et où les ambulances ramassent de futurs invalides définitifs. L’ affaire ne fait plus rire personne, c’ est clair, il n’ y aura pas de chaussures égyptiennes abandonnées dans le désert comme en 1956, ni de victoires enchaînées sans une goutte de sang israélien comme sous Dayan avec son légendaire et photogénique bandeau. En Israël même, dans les conversations confidentielles, on n’ a qu’ un souhait: que ce cauchemar finisse au plus vite, que les garçons rentrent avant de se faire tuer. Le temps avait passé depuis 1967: si les élites intellectuelles françaises ont continué, malgré la doctrine officielle de non-intervention et de prévention envers le monde arabe à soutenir Israël, dans la grande masse, au contraire, l’ élan de sympathie de 1967 faisait défaut. L’ ambiance était à l’ attentisme et à une prudente réserve, voire à une certaine hostilité, touchant à égalité les belligérants. Après une dizaine de jours, la paix fut annoncée, sans s’ attarder sur les détails. Sadate disait avoir sauvé l’ honneur des Egyptiens, Israël se disait victorieux, mais on comprenait vaguement que quelque chose avait changé. Dans les jours qui suivirent, le monde occidental apprit l’ existence de l’ OPEP en même temps que le quadruplement du prix du pétrole. Beaucoup, dans toutes les classes sociales, se mirent a faire des provisions. Les pouvoirs publics exhortèrent aux économies d’ énergie notamment pour le chauffage. Des soutiens explicites au monde arabo-musulman osèrent s’ exprimer dans les médias. Le cheikh Yamani, haut responsable des intérêts pétroliers d’ Arabie saoudite, fut invité sur nos télévisions nationales et remercia officiellement les Français de leur retenue dans l’ affaire israélo-arabe; il alla jusqu’ à dire: "tant qu’ il en sera ainsi, ça ira bien". Les USA annoncèrent la création de l’ A.I.E., "agence internationale de l’ énergie", chargée de coordonner les politiques énergétiques des nations occidentales.
En fait, il s’ agissait de placer les approvisionnements en énergie de cette zone économique directement sous contrôle américain. Le président Pompidou prit simultanément les initiatives suivantes: primo, il refusa d’ emblée, clairement et fermement, d’ adhérer a l’ A.I.E. Deuxio, sentant sans doute son temps compté, il décida très rapidement, avec son premier ministre Pierre Messmer, de lancer un ambitieux plan d’ équipement électronucléaire de la France, le "Plan Messmer”; il s’ agissait de remplacer totalement l’ électricité tout-pétrole par de l’ électricité nucléaire. La mise en service de ces nouvelles centrales était prévue pour 1977. Il fallait donc tenir quatre grandes années. Tertio, avec son ministre Michel Jobert, il mit en oeuvre une collaboration directe d’ Etat à Etat avec l’ Arabie saoudite pour sécuriser nos approvisionnements en pétrole sans passer sous les fourches caudines américaines. Il multiplia les initiatives analogues avec d’ autres états pétroliers de la région, notamment l’ Irak, où fut décidée la construction de la centrale électronucléaire d’ Osirak, qui fut effectivement construite sous le ministère de Jacques Chirac. Par ces initiatives, la France refusait d’ entrer dans une ère d’ austérité et de casser son remarquable essor industriel depuis l’ accession de Georges Pompidou à la présidence. Il serait demandé des sacrifices aux Français qui voyaient s’ envoler les prix de l’ essence, donc des transports, donc de tout le reste, mais ces sacrifices étaient demandés de manière ponctuelle et dans le but précis de surmonter la crise pour continuer le progrès. Pompidou, interviewé à la télévision nationale, répondit au journaliste qui lui demandait s’ il ne redoutait pas la réaction des Français: "les Français ? Tenez, ils étaient en train de vivre un beau rêve!".
Georges Pompidou décéda peu après (avril 1974) et Giscard d’ Estaing lui succéda, de justesse. Ce dernier, d’ abord, hésita (le célèbre Club de Rome avait placé tous ses espoirs en lui pour mettre la France au pas). Mais dans cette phase d’ hésitation, il ne compromit rien, et après deux courtes années, vira carrément sa cuti et résolut de réaliser tout ce qu’ avait entrepris Georges Pompidou, en premier lieu notre programme électronucléaire, et en second lieu la collaboration d’ Etat à Etat avec l’ Arabie saoudite. Ce fut pour lui le début d’ une série ininterrompue d’ ennuis car le clan écologiste, bras armé occulte de l’ A.I.E., le harcela sans répit jusqu’ à son départ en mai 1981, pour lui faire abandonner le programme électronucléaire. Les écologistes accaparèrent les médias pour réclamer l’ abandon de la filière nucléaire française sous des prétextes variés, tantôt la non-prolifération nucléaire, tantôt le problème des déchets qui, selon eux, menaçaient notre survie, tantôt l’ existence de "solutions alternatives” sur le détail desquelles ils ne s’ attardaient pas, tantôt le prétendu "réchauffement des cours d’ eau” entraîné par ces centrales, tantôt le "danger de contamination des populations à proximité des centrales nucléaires", etc.
Les manifestations des écologistes tournaient souvent à l’ incident grave, ainsi des pylônes de lignes électriques HT furent tronçonnés en Alsace (avec l’ aide des Grünen allemands, qui venaient prêter main-forte aux écologistes "durs” de France), des manifestations violentes se produisirent aux abords de la centrale de Fessenheim et un peu partout (un maire de gros bourg alsacien, scandalisé de l’ "occupation” de sa mairie par ces Verts et autres Grünen, s’ écria sur une radio locale: "pour la seconde fois en trente-cinq ans, notre mairie est occupée par les allemands!"). Mais Giscard d’ Estaing et son ministre de l’ énergie André Giraud tinrent bon contre vents et marées, d’ autant plus qu’ une deuxième vague de crise pétrolière, aussi grave que celle de l’ automne 1973, survint en 1979. Giscard d’ Estaing donna à la télévision une idée de cette gravité en révélant que cette nouvelle augmentation du prix du pétrole équivalait à être venu faucher gratuitement la totalité des champs de blé de toute la France. Donc le plan Messmer, qui avait pris du retard, fut mené rondement et réalisé en grande partie. Sur les 72 centrales prévues, plus de cinquante étaient construites ou en voie d’ achèvement le 10 mai 1981, assurant à la France son approvisionnement en électricité à plus de 80 pour cent. S’ il avait été mené à son terme, ce plan aurait fait de notre pays l’ électricien européen car, outre l’ approvisionnement national, il faisait de nous le premier exportateur net d’ énergie électrique en Europe, alors que partout ailleurs, la majeure partie de l’ électricité était produite avec des énergies fossiles.
C’ est ainsi que sous Georges Pompidou et Giscard d’ Estaing, la France traversa ces quarantièmes hurlants sans naufrage. Certes, la traversée fut rude et les Français y laissèrent quelques plumes. Ainsi la protection sociale fut socialisée avec le déplafonnement des cotisations en 1975 (nous y reviendrons plus loin). Certes, les redoutables germes semés avec l’ importation forcée de travailleurs africains ne furent pas endigués: au contraire, le décret du "regroupement familial” signé sous Jacques Chirac, entre 1974 et 1976, devait s’ avérer plus tard lourd de conséquences. Certes, les impôts ne diminuèrent pas, et des sacrifices furent demandés toujours aux mêmes, c’ est-à-dire à la classe moyenne. Mais globalement, les Français furent protégés du chômage de masse (on passa d’ environ 600000 chômeurs en 1973 à un peu plus de 1 million en 1981, ce qui ferait rêver les dirigeants actuels), et leur niveau de vie fut dans l’ ensemble maintenu, le gouvernement ayant fait le choix d’ une inflation à deux chiffres plutôt qu’ une austérité trop douloureuse et génératrice de chômage. Par exemple, en 1975, la dérive des salaires et des prix fut de 15 pour cent! (Y compris pour les salaires des fonctionnaires).
Virage à 180 degrés: la descente aux enfers
En mai 1981, François Mitterrand battit Giscard d’ Estaing de justesse. Il ne faisait pas le poids sur les questions économiques et monétaires, pour lesquelles il s’ en remettait à ses conseillers. Mais il était avant tout un vieux roublard de la politique "à l’ ancienne", celle des compromis occultes, des tractations secrètes entre partis, des combats électoraux gagnés à coup de démagogie sans scrupule, des vieilles roueries des Troisième et Quatrième République. Son flair politique était sans égal. Ainsi au soir de son élection, il eut ce mot très juste: "avril 1974, la France est plutôt à gauche, et je ne suis pas élu. Mai 1981, la France est à droite, et je suis élu". On s’ interrogera longtemps encore sur les ressorts cachés de cette élection de mai 1981. En toute logique, Giscard d’ Estaing aurait dû être largement vainqueur. Et pourtant! Faute d’ informations vérifiables, nous ne pouvons que formuler des hypothèses à la lumière des conséquences de cette élection.
La première conséquence, la plus lourde, la plus grave, fut le moratoire nucléaire annoncé dès le lendemain de l’ élection. Ainsi la construction de quatorze centrales nucléaires fut gelée, décision jamais rapportée. La pénurie d’ électricité de cet hiver 2010 découle tout droit de cette désastreuse décision. Car cette décision vint d’ en haut, elle fut imposée à la population sans qu’ elle puisse s’ exprimer. Pour quelle raison? Paul Quilès, le spécialiste du Parti Socialiste pour l’ énergie, s’ exprima peu après l’ élection, sur plusieurs radios. Il exposa que si on avait réalisé en totalité le plan Messmer, "on allait se retrouver avec des quantités incroyables d’ électricité dont on ne saurait que faire". Ce fut là sa seule justification de la cruelle décision de ce moratoire. Il poursuivit en expliquant qu’ en matière de sécurité, l’ industrie nucléaire exigeait la fiabilité absolue et parfaite, que la plus infime probabilité d’ accident n’ était pas tolérable. Personne ne lui répondit sur le fond, il venait de dire la messe. Quand on sait que Paul Quilès a fait carrière main dans la main avec les pétroliers, ces déclarations apparaissent sous un jour assez curieux. Car malgré cette vertueuse exigence de sécurité absolue des "travailleurs", on ne l’ avait pas entendu protester ni vu verser une larme lorsque, deux ans auparavant, cent quarante ouvriers et cadres du pétrole trouvèrent la mort ensemble dans un accident survenu dans une plate-forme pétrolière en pleine Mer du Nord. Personne ne fut là pour répliquer à Paul Quilès que l’ ouvrier de base français n’ étant pas analphabète, les responsables d’ EDF et nombre de nos entrepreneurs petits ou grands sauraient parfaitement quoi faire d’ une électricité devenue abondante et bon marché. A commencer par en exporter à un prix concurrentiel, ce qui aurait singulièrement soulagé notre balance des paiements mise à mal par les deux crises du pétrole de 1973 et 1979. Et aussi, à mettre à profit cette abondance pour baisser le prix de l’ énergie électrique, ce qui aurait desserré le garrot du tout-pétrole, tout en préservant l’ environnement (car le tout-pétrole est très polluant, notamment le chauffage urbain au mazout). L’ électricité à bon marché aurait renforcé nos industries de toute sorte, les aurait rendues concurrentielles dans le contexte de mondialisation, car le dumping social des pays dits "émergents” n’ explique pas tout; les contraintes de l’ approvisionnement en énergie comptent au moins autant sinon plus.
Entre un pays de hauts salaires et de haute protection sociale mais pourvu de sources d’ énergie abondantes et bon marché, et un pays de bas salaires et de faible niveau de protection sociale mais dépourvu de sources d’ énergie bon marché, il n’ y a pas photo: le plus concurrentiel dans le marché mondial ouvert sera toujours celui qui dispose de l’ énergie abondante et bon marché! On aurait donc dû répondre à Paul Quilès que l’ électricité abondante et à bon marché était une arme de choix contre l’ augmentation du chômage provoquée par la crise pétrolière, et nous permettait d’ affronter sans crainte la mondialisation sans renoncer à notre niveau de vie et d’ éducation. De plus, l’ abondance de l’ électricité à bon marché aurait stimulé dans de vastes proportions le passage aux véhicules électriques, ce qui aurait là encore préservé l’ environnement.
Des centaines de milliers de personnes, cadres, ingénieurs, simples employés, chefs d’ entreprise, hauts fonctionnaires, savaient tout cela, pensaient tout cela, déploraient le moratoire (j’ ai personnellement entendu de hauts responsables d’ EDF dire, quelques mois après, que François Mitterrand, pour cette funeste décision, aurait dû passer en Haute Cour). Ils furent sûrement des milliers à entendre Paul Quilès, et qui désiraient lui répondre au cours de cette émission radio, théoriquement ouverte aux interventions des chers auditeurs. A commencer par moi-même. Pourtant, aucun d’ eux n’ eut la parole, même parmi les plus hauts placés. Ce qui démontre qu’ aucun débat n’ était permis, que cette décision était sans appel. Tout s’ est passé comme si elle était l’ exécution d’ une promesse solennelle faite à ceux qui avaient soutenu François Mitterrand et financé sa campagne. Et dans ces cas-là, il faut agir vite et fort et surtout à chaud, pour ne pas risquer de compromettre le but visé dans des débats toujours dangereux. Hypothèse qui éclaire parfaitement la façon dont les choses se sont effectivement passées. Il serait donc du plus haut intérêt de savoir quelles forces occultes ont voulu l’ élection de François Mitterrand en mai 1981 et ont réussi leur coup. Il ne s’ agit sûrement pas de forces émanant de l’ URSS. Comme tout pouvoir, celui de Brejnev était foncièrement opportuniste, et l’ intérêt objectif de l’ URSS en 1981 était la poursuite de la politique d’ indépendance de la France, qu’ incarnait alors Giscard d’ Estaing. On ne saura jamais ce qui s’ est passé au sein du parti communiste français au printemps 1981. La suite a démontré que les communistes furent les grands perdants du mitterrandisme, malgré les quatre ministres communistes de la période 1981-début 1984. Déjà les 15 % de Georges Marchais au premier tour de l’ élection présidentielle de 1981 avaient marqué un recul préoccupant par rapport au score de Jacques Duclos, qui réussit à faire plus de 20 % contre Pompidou et Poher au premier tour en 1969. Ce score décevant de Georges Marchais libérait François Mitterrand, qui n’ avait plus rien à craindre du PCF et le tenait en laisse en échange des quatre ministres communistes.
Rico
http://www.euro-reconquista.com/site/spip.php?article126
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From: Fantômas
Sent: Thursday, April 01, 2010 8:00 PM
Subject: Retraites suite
Bjr
Les années Mitterrand et Fabius décrites par J Frédelas ; ou le vrai visage du pas très catholique mais vrai bourgeois Fabius.
http://www.euro-reconquista.com/site/spip.php?article127
Cordialement,
FANTOMAS
jeudi 1er avril 2010, par Canal ER
Les années Mitterrand et Fabius décrites par Rico; ou le vrai visage du pas très catholique mais vrai bourgeois Fabius.
Les cinquantièmes rugissants
Dans la foulée de ce catastrophique moratoire, François Mitterrand annonça vite la couleur: des augmentations d’ impôts écrasantes furent décidées en deux temps. D’ abord dès juin 1981, de nouveaux décimes à l’ impôt sur le revenu au-delà d’ un certain revenu, qui touchait essentiellement les cadres d’ entreprises et les très hauts revenus. Puis en 1982, de nouvelles aggravations de cet impôt, ciblées beaucoup plus bas, de sorte que tout le monde fut touché, jusqu’ au plus petit contremaître.
L’ augmentation du SMIC décidée peu après la prise de fonctions du président Mitterrand fut dévorée dès la fin de 1982 par ces impôts et par l’ inflation.
François Mitterrand avait promis de changer la vie, et sur ce point, en effet, il la changea radicalement, engageant le pays dans une austérité de longue haleine dont l’ effet immédiat fut de doubler le chômage, qui passa de moins de 1500000 fin 1981 à près de 3000000 au seuil de 1984. Il se débarrassa des quatre ministres communistes peu après le plan d’ austérité du printemps 1983, qui consista en une augmentation des impôts assortie d’ un emprunt forcé et d’ un blocage des salaires en reniement d’ accords salariaux pourtant signés fin 1982 en concertation avec les syndicats. Ce plan provoqua des souffrances insensées: c’ est à sa suite qu’ apparurent dans nos rues les premiers sdf et toutes sortes de mendiants, que furent jetés à la rue nombre de cadres mis au chômage, que le niveau de vie de tous baissa spectaculairement. Quand on considère la suite, c’ était bien la peine! On se demande bien pourquoi avoir infligé cela aux Français! C’ est de ce printemps 1983 qu’ on peut dater le début de la cassure définitive entre les Français et leurs dirigeants politiques ; en 1981, le peuple, savamment conditionné par les médias avec l’ invention de "La Force tranquille” sur fond de village douillettement blotti autour de son clocher, avait massivement voté pour François Mitterrand en espérant de bonne foi, vu les promesses, que sa vie en serait sérieusement améliorée. Et voilà qu’ on lui donnait du fouet, qu’ on le réduisait au chômage de masse, qu’ on bloquait ses rémunérations, qu’ on lui sortait le gros bâton fiscal, que son ministre des finances Jacques Delors lui disait "on ne va pas à la cueillette des cerises", alors que l’ année précédente, on avait en douce dévalué le franc deux fois! La politique commençait à écœurer de larges couches de la population qui ne croyait plus à rien, qui après la gauche telle qu’ ils l’ avaient rêvée, découvraient avec une stupeur indignée la gauche telle qu’ elle est.
La réponse à ces reniements ne tarda pas: c’ est de 1983 que datent les premiers succès électoraux du FN. Mitterrand, en bon requin, sut jouer de la montée du FN, mais plus tard et sous la contrainte; ce n’ est pas lui qui inventa le FN comme une certaine droite peu lucide le prétend; ce sont les événements de 1983 qui l’ ont fait subitement monter, et Mitterrand, pragmatique, réussit à retourner cette montée à son profit; mais difficilement, puisqu’ en 1986, l’ élection législative à la proportionnelle départementale envoya cinquante députés du FN au Parlement!
Il est remarquable que le PCF ait avalé toutes les couleuvres mitterrandiennes de 1983. La plus mauvaise fut la désindexation des salaires sur les prix. D’ autant plus que ce blocage à perpète des salaires, qui réduisait le rôle des syndicats à mendier pitoyablement au moins une fraction de l’ augmentation des prix, survenait dans un contexte de maintien des taux d’ intérêt élevés historique, largement supérieur à dix pour cent. Le premier ministre Mauroy, après le plan de 1983, avait dit "mesdames et messieurs, vous allez voir comment on réduit l’ inflation", mais s’ était bien gardé d’ évoquer les taux d’ intérêt; il y avait donc déflation manifeste au niveau des rémunérations mais inflation historique des taux d’ intérêt réels pour les gens qui devaient subitement payer des taux à deux chiffres, le rêve pour les prêteurs! Ce fut terrible pour les personnels d’ encadrement, qui voyaient leurs salaires bloqués, leurs impôts augmenter et avaient souscrit, en période d’ inflation à deux chiffres, des emprunts immobiliers à 12,13 ou même 14 pour cent et ne se voyaient proposer aucune renégociation de leurs emprunts.
Étranglés de tous côtés, beaucoup basculèrent là dans la pauvreté, voire dans le chômage et la précarité. Une fraction non négligeable de ces cadres, incapables de rembourser leurs emprunts, alla grossir les rangs des sdf. Il était piquant de voir des communistes de longue date accepter sans broncher que tout cela se fasse au nom de la gauche: comme défense du travail contre le capital, c’ était réussi! Des "possédants” qui se voyaient offrir plus de dix pour cent d’ intérêts réels avec de surcroît l’ aval du Parti communiste, pendant que les salaires étaient bloqués mais non les prix, c’ était du jamais vu dans les annales! Et le plus fort, c’ est que ces communistes restèrent! il fallut que Laurent Fabius, devenu premier ministre en 1984, les vire pour rétablir un minimum de cohérence, sinon ils se seraient incrustés au pouvoir dans leur nouveau rôle de faire-valoir! (Et ils s’ étonnent, après cela, d’ être descendus a moins de 5 pour cent... ). C’ est de ce printemps 1983 que date le discrédit historique définitif du Parti Communiste Français. Il s’ y est montré sous un jour impardonnable, résigné, impuissant, hypocrite et à la fois renégat, ayant trompé toutes les espérances entretenues depuis l’ historique "retroussez vous d’ abord les manches” de Thorez. Ce n’ est pas l’ habileté de Mitterrand qui en est la cause, c’ est le résultat de la décision de ce parti de ne pas rompre l’ union de façade de la gauche au printemps 1983 malgré les coups accablants portés à la population. Décision qui fut vécue comme une trahison par au moins la moitié de leurs électeurs habituels, qui n’ hésitèrent pas à voter désormais pour le FN. Les communistes ne peuvent donc s’ en prendre qu’ à eux-mêmes, ils se sont en quelque sorte suicidés (tant mieux).
Laurent Fabius: son cynisme et son mépris du peuple
Ici s’ impose une parenthèse révélatrice de la morgue des dirigeants de la France depuis l’ ère mitterrandienne, et du mépris révoltant en lequel ils tiennent la population qu’ ils passent leur temps à sermonner. Vous n’ avez lu, ne lisez et ne lirez ce qui suit nulle part, et surtout pas dans la presse de gauche qui se dit d’ opposition (en réalité: opposition-Canada Dry... opposition de Sa Majesté, champions du cirage de pompes!).
Donc le pas très catholique Laurent Fabius, promu plus jeune Premier Ministre de France juste après le plan d’ austérité du printemps 1983, fut chargé de transformer l’ essai, c’ est-à-dire d’ installer cette austérité dans la durée. La gauche au pouvoir avait tellement dépensé à tort et à travers! Elle avait tant cassé le ressort économique du pays! et elle avait doublé le chômage depuis le départ de Giscard d’ Estaing, après avoir été élue sur sa promesse de se rapprocher du plein emploi. Laurent Fabius, malgré son jeune âge, était vraiment l’ homme de la situation. Ce normalien typiquement dandy, pour qui le salaire d’ élève-fonctionnaire stagiaire crédité par l’ intendant de la prestigieuse Rue d’ Ulm n’ était qu’ argent de poche et menue monnaie, expliquait volontiers, en privé, que pour parler au peuple, il suffisait de deux cents mots (pour mémoire: un chimpanzé mémorise jusqu’ à 150 mots). A l’ ENS, il avait cherché sa voie. De méchantes langues assurent qu’ il s’ est placé à gauche parce qu’ à droite, toutes les bonnes places étaient prises. Il fut éclaboussé par l’ affaire du sang contaminé. A tort ou à raison? au risque de décevoir mes lecteurs, sur cette affaire, je resterai circonspect. Jusqu’ en 1986 au moins, on ignorait presque tout du sida. On est resté plus de deux ans après son apparition officielle (1983) sans savoir si la séropositivité immunisait ou pas (se reporter à la presse de l’ époque). De sa place de premier Ministre, Laurent Fabius devait chaque jour signer des dizaines, voire des centaines de décrets, circulaires et autres documents administratifs dont rien n’ arrête la prolifération dans nos ministères (lire l’ excellent "Arrêtez d’ emmerder les Français” de Thierry Desjardins). Les papiers qu’ il a signés concernant cette maladie nouvelle dont on ne savait rien sinon sa gravité, il est possible qu’ il ne les ait pas plus lus que les autres. Et il est mathématiquement certain que tout autre premier Ministre que lui les aurait signés à l’ identique. A titre personnel, je ne lui aurais pas intenté de procès là-dessus, et je pense que ses adversaires, en le faisant, ont surtout saisi, pas forcément de bonne foi, une trop belle occasion de le descendre en flammes, vu l’ impact médiatique énorme du sujet.
Mais il n’ empêche que Laurent Fabius a montré, dans la mission qui lui fut donc confiée fin 1983, une capacité de cynisme peu commune, qui éclaire ce personnage d’ un jour peu flatteur. Voici l’ affaire: il fallait négocier avec les fonctionnaires une revalorisation des salaires, bloqués depuis mai 1983 en violation flagrante des accords salariaux signés un an auparavant pour 1983 (ces accords faisaient rattraper aux salaires des fonctionnaires, par paliers successifs dont le plus substantiel intervenait le plus tard possible, c’ est-à-dire en novembre ou décembre 1983, la hausse des prix qui fut de 8 pour cent pour la période printemps 1982-printemps 1983).
Le brutal plan d’ austérité du printemps 1983 bloqua les salaires des fonctionnaires, donc annula de fait (sans que cela soit avoué explicitement par personne) ces accords salariaux. Les syndicats de fonctionnaires présentèrent leurs doléances au nouveau Premier Ministre Laurent Fabius, et demandèrent un rattrapage pour 1983 avant toute discussion sur les revalorisations pour 1984. Laurent Fabius fut bien embarrassé: si les salaires des fonctionnaires avaient été bloqués, ce n’ était certes pas pour rattraper plus tard, c’ était pour faire baisser d’ un seul coup de 8 pour cent leur niveau de vie! Tant il est vrai que l’ impôt le plus lourd et de loin est celui soutiré au peuple par l’ érosion monétaire lorsque rien ne vient compenser ses effets. C’ est si vrai que lorsqu’ Alain Juppé, en 1995, devint Premier Ministre de Chirac suite à l’ accession de ce dernier a la présidence de la république, il déclara publiquement, dans une interview, qu’ il était inutile de lever des impôts supplémentaires chez les fonctionnaires, qu’ il suffisait de ne pas augmenter leurs traitements pendant au moins trois ans, ce qui leur ferait payer beaucoup plus et bien plus sûrement.
Alors voici comment Laurent Fabius résolut ce délicat problème de communication: il proposa en tout et pour tout, au titre du rattrapage pour 1983, de donner une prime uniforme de 500 francs à tous les fonctionnaires, versée une fois pour toutes et pour solde de tout compte sur 1983 (au niveau le plus bas, le dédit des accords salariaux coûtait aux plus modestes des fonctionnaires plus de 250 francs par mois, pour toute la vie, à partir de début 1984. Pour le fonctionnaire moyen, la perte était de 500 francs par mois à vie. On voit donc la misère méprisante, l’ aumône humiliante, que représentait cette prime. Les syndicats protestèrent car dans leur "base”, ça ne passait pas. Mais que pouvaient-ils faire? Ils avaient voulu la gauche, ils l’ avaient! De plus, un comble, le gouvernement, censé favoriser la fonction publique, donnait volontiers dans la démagogie anti-fonctionnaire: c’ est de Matignon même, afin de faire accepter à la fonction publique des sacrifices de niveau de vie, que venait le chantage à la sécurité de l’ emploi; les pauvres, les pitoyables syndicats de fonctionnaires avaient donc l’ opinion contre eux, et cette opinion négative était attisée par le gouvernement même, ce gouvernement qui leur devait tant! Squeezés, les syndicats de fonctionnaires, que dis-je, cocus! En l’ occurrence, cocus mais pas très contents quand même... Donc la prime unique, uniforme, de 500 francs qui apurait les comptes 1983 fut votée et décrétée, et les syndicats repartirent la queue entre les jambes, noyant le poisson auprès de leurs troupes avec leur logomachie habituelle: les conditions de travail, la démocratie, la nécessité de faire reculer le racisme partout dans le monde, de faire avancer la démocratie dans tel ou tel pays d’ Afrique ou d’ Amérique du Sud, etc. etc. Malgré tout, les syndiqués l’ eurent mauvaise, très mauvaise: l’ amputation du niveau de vie de 8 pour cent d’ un seul coup officialisée, à quoi donc servaient ces syndicats? C’ est dans ce contexte faisandé que Fabius porta vicieusement le coup de pied de l’ âne: il fit calculer par ses services que 500 francs représentaient 7 pour cent du traitement moyen mensuel des fonctionnaires (qui avoisinait en effet 4000 francs mensuels), et il fit titrer par toute la presse écrite, en gros caractères gras a la une, et corner -à son de trompe dans toutes les radios et télévisions:
Cette information, dans les dures circonstances de ce début de 1984, où tout le monde voyait sa rémunération bloquée face à une vive hausse des prix et à des taux d’ intérêt à deux chiffres qui, eux, n’ étaient pas révisés, fit l’ effet d’ une bombe atomique. Partout, dans les rues, au travail, en privé, en public, dans la presse écrite traditionnellement antifonctionnaires, de braves gens disaient à haute voix "ces salauds de fonctionnaires, pendant que nous on crève la dalle, ils viennent d’ être augmentés de sept pour cent, c’ est écœurant, déjà qu’ ils ont la sécurité de l’ emploi!”
Aucun journaliste, je dis bien aucun, aussi bien dans les médias radios et télés que dans la presse écrite, ne releva l’ abjecte malhonnêteté de cette fausse information balancée sciemment et volontairement. Tout le monde se tut, partout. Les fonctionnaires, regardés de travers et montrés du doigt par les non-fonctionnaires, se turent, baissant la tête. Pourtant l’ affaire était prouvée, grosse comme une maison, accablait Laurent Fabius qui, en toute logique, aurait dû être discrédité à vie par une pareille bassesse! C’ est là-dessus, et non pas sur la mauvaise affaire du sang contaminé, qu’ il aurait fallu l’ attaquer; s’ il l’ avait été, comment aurait-il pu se défendre? il aurait été confondu, il n’ avait plus qu’ à démissionner, car personne ne peut plus croire un menteur aussi cynique, un falsificateur d’ information aussi audacieux! ce silence universel, cette fantastique déculottade publique des syndicats, en disent long sur la main de fer qui étreint l’ information et sur l’ inféodation rampante des syndicats aux pouvoirs de gauche!... Qu’ on ne s’ y méprenne pas: cette péripétie n’ est pas anodine, et elle est bien plus grave que l’ affaire du sang contaminé.
Le gouvernement tenait mordicus à imposer ces sacrifices aux fonctionnaires car ils lui servaient d’ "exemple” pour les imposer au reste de la population. Les béotiens qui demandaient qu’ on en fasse baver aux fonctionnaires ne se doutaient pas du plaisir qu’ ils faisaient à Laurent Fabius! Plus grave, oui, ô combien, car cette baisse terrible du niveau de vie, imposée implacablement en 1983 et 1984, combien de misères a-t-elle provoquées? Combien de centaines de milliers de chômeurs en plus? Combien de personnes détruites, plongées dans l’ horreur de la "nouvelle pauvreté", dans le cauchemar de la précarité? Et à l’ opposé, combien de fortunes illicites a-t-elle engendrées? Tant il est vrai que certain type de fortunes ne peuvent s’ édifier que sur de la misère. Comme, entre autres, les fortunes bâties sur l’ usure, la hideuse usure: nous ne le dirons jamais assez (et cela nous rapproche de ce problème des retraites objet de notre étude), c’ est de cette époque que date l’ expansion vertigineuse des crédits "revolving” ; le gouvernement avait bloqué tous les revenus salariaux tout en conservant des taux d’ intérêt supérieurs à deux chiffres, ce qui assurait des taux réels supérieurs à dix pour cent aux usuriers professionnels (pour en obtenir une liste, collectionner les publicités des organismes qui offrent des prêts revolving). Ces sociétés prospérèrent donc sur la déconfiture des salariés brusquement appauvris, forcés d’ acheter à crédit ce qu’ ils ne pouvaient plus acheter au comptant. Ceux d’ entre les emprunteurs qui acceptaient d’ assurer leurs emprunts payaient, sans le savoir, jusqu’ à trente-deux pour cent d’ intérêts réels, donc onze points au-dessus du taux maximum de l’ usure autorisé!, mais il n’ est rien arrivé à ces honorables usuriers, aucun juge n’ en a poursuivi pour usure dépassant le taux permis, aucune plainte n’ a jamais été déposée! D’ ailleurs, hélas! Quel juge aurait eu les moyens intellectuels de comprendre le mécanisme pervers par lequel les usuriers prêtaient à plus de trente pour cent d’ intérêt? Lequel aurait seulement consenti l’ effort nécessaire pour le comprendre? C’ est tellement plus facile de s’ étriper dans les prétoires sur des questions générales vagues, sur des arbres qui cachent la forêt! la forêt de la misère qui monte, des trois millions de chômeurs, de la politique de santé publique qui tombe en quenouille, de la protection sociale qui s’ enfonce durablement dans le déficit et côtoie la faillite, de l’ éducation nationale qui devient une anti-éducation, la forêt de l’ impuissance de l’ Etat devant une délinquance qui ronge tout comme un cancer, la forêt des profiteurs de l’ ignorance, des marchands d’ illusions... derrière cette ignominie de Laurent Fabius, il y a en fait cent, mille, dix mille fois plus de misère que derrière les procès à grand spectacle aussi dérisoires qu’ inutiles.
Un magistrat sait-il que dix pour cent d’ intérêt réel doublent le capital en 7 ans 3 mois et une semaine, donc le quadruplent en 14 ans et demi et le multiplient par 16 en 29,1 ans? Sait-il qu’ au taux des prêts revolving, soit 20 pour cent, le capital se multiplie nominalement par 6,2 en dix ans donc par 114 en 26 ans? Depuis 1984 jusqu’ à début 2010, le SMIC a très précisément doublé, ce qui correspond à une revalorisation nominale moyenne de 2,7 pour cent l’ an. Cette augmentation est très voisine du vrai taux de l’ érosion monétaire (le SMIC est le paramètre dont la variation suit le mieux l’ érosion monétaire réelle). L’ argent prêté à 10 pour cent réels a donc nominalement été prêté à un taux moyen compris entre 12,5 et 13 pour cent l’ an, ce qui correspond nominalement à une multiplication par un facteur compris entre 22 et 24 en 26 ans, soit une multiplication en monnaie réelle par un facteur compris entre 11 et 12. L’ argent prêté à 20 pour cent nominaux a été multiplié par 114, donc par 57 en monnaie réelle. Voilà ce que cachent les beaux discours sur la nécessité de réduire les inégalités, la diabolisation des prétendus "riches” (un riche étant, par définition, selon Monsieur Hollande, quelqu’ un qui gagne environ 3,2 fois le SMIC): la paupérisation indéfinie de ceux qui dépassent le minimum vital permet aux prêteurs avisés d’ avoir multiplié légalement, depuis 1984, leur capital réel (donc compte tenu de l’ érosion monétaire) par un facteur compris entre 11 et 57... comment s’ étonner que notre actuelle ministre des finances, Mme Lagarde, ait récemment refusé d’ interdire les crédits revolving, et n’ ait même pas évoqué la possibilité de plafonner leurs taux d’ intérêts nominaux au maximum des prêts immobiliers, c’ est-à-dire environ 10 pour cent l’ an? c’ est là une illustration concrète, à l’ opposé de toute démagogie et de tout sentimentalisme compassionnel, du mécanisme infernal qui assoit l’ enrichissement indéfini des usuriers sur l’ appauvrissement perpétuel du public; petit coin de voile levé sur la forêt cachée par l’ arbre du sang contaminé.
Les méthodes, vingt-six ans après 1984, n’ ont pas changé! Le cynisme de Laurent Fabius en 1984 a été depuis dignement relayé, et sur des sujets encore plus graves... Fin de la parenthèse.
L’ austérité, mais pas pour les députés et sénateurs
De Gaulle, qui mérite bien des critiques, n’ avait pas que des mauvais côtés. Par exemple, il avait remis les députés et sénateurs à leur place. A son arrivée en 1958, il a commencé par les envoyer six mois en vacances, six mois pendant lesquels il a pris l’ essentiel des mesures économiques et sociales drastiques qui furent la rampe de lancement de sa "Nouvelle République", la Cinquième du nom. Son parti s’ est logiquement baptisé "Union pour la Nouvelle République", alias U.N.R., ou UNR. A leur retour de congé, les députés et sénateurs découvrirent leur nouveau statut: ils percevraient une indemnité parlementaire, exonérée de tout impôt sur le revenu, calculée sur le traitement des fonctionnaires. Un mot est ici nécessaire sur le traitement des fonctionnaires tel qu’ il fut défini sous le ministère de Maurice Thorez à la Libération, en 1945-46. Il était instauré un "point d’ indice", régulièrement revalorisé en fonction de l’ évolution des prix telle qu’ estimée par l’ INSEE, mais à l’ issue de négociations avec les organisations syndicales "représentatives", ce qui donnait évidemment lieu à des désaccords sur l’ estimation de la hausse des prix. Ce n’ est donc pas le traitement de tel ou tel fonctionnaire que définit l’ Etat à chaque revalorisation, c’ est le niveau du point d’ indice du traitement des fonctionnaires. La revalorisation de ce point s’ appliquait donc uniformément à tous les fonctionnaires, quel que soit leur corps de métier. Chaque fonctionnaire suivait une carrière commençant à un certain nombre de points d’ indice et se terminant à un autre nombre de ces points, bien entendu supérieur (entre le double et le quadruple du nombre de début de carrière).
Cette carrière était échelonnée, généralement entre huit et douze "échelons” au total, chaque échelon correspondant à un nombre bien déterminé de points d’ indice. Le changement d’ échelon n’ était pas automatique, mais se faisait de trois façons différentes suivant les mérites et la qualité du travail des fonctionnaires intéressés: soit au "grand choix” (avancement rapide), soit au "petit choix” (avancement ni trop lent ni trop rapide), soit à l’ ancienneté (avancement le plus lent). Entre l’ ancienneté et le grand choix, le temps d’ attente avant l’ échelon suivant allait du simple au double. C’ est l’ Administration qui déterminait le type d’ avancement, toutefois en informant les organisations syndicales et en leur motivant sa décision, qui pouvait théoriquement donner lieu à contestation des syndicats (ce qui n’ arrivait jamais). Les carrières dépendaient du corps de fonctionnaires auquel l’ intéressé appartenait. Le passage d’ un corps à un autre était hautement malaisé, mais non impossible. Des parités avaient été convenues: par exemple, le colonel de l’ Armée suivait une carrière parallèle au professeur agrégé, et ce dernier était à parité avec les administrateurs civils (préfets, sous-préfets, etc.). Les points d’ indice des carrières allaient de 100 (indice le plus bas) à 1000. Cependant, ce système fut rapidement amendé pour permettre des rémunérations au-delà des 1000 points d’ indice. Ce fut la création des "échelles-lettres", parachevée sous le ministère de Guy Mollet en 1956, qui instaurait une nouvelle grille de traitements dits "hors échelle” ou "échelles-lettres", allant de A à G, puis H. Cette grille A, B, C, D, E, F, G, H débutait au sommet de la carrière du professeur certifié (donc un peu moins que les 1000 points d’ indice) et se terminait au traitement du fonctionnaire le mieux rémunéré de France, qui est le Président de la Cour de Cassation. Chaque lettre était subdivisée en trois "chevrons". Ces échelles-lettres furent créées pour retenir au service de l’ Etat des personnes qui, autrement, se seraient détournées de la fonction publique; notamment, des médecins et chirurgiens de haute notoriété, qui pouvaient ainsi poursuivre une carrière plus que décente à l’ hôpital public.
Ce système a été modifié après 1961, mais sans remettre en cause ses grandes lignes; il n’ est donc pas nécessaire de nous attarder là-dessus. Nous pouvons maintenant revenir à nos députés à leur retour de vacances généreusement accordées par de Gaulle. Leur indemnité parlementaire exempte d’ impôts était désormais calculée comme suit: ils percevaient mensuellement la moyenne exacte entre le traitement le plus haut et le plus bas de la fonction publique, échelles-lettres comprises. Ni Pompidou ni Giscard d’ Estaing n’ ont modifié quoi que ce soit à cette règle. L’ exemption d’ impôt sur le revenu était justifiée par l’ obligation, pour chaque député, de payer de ses deniers les réceptions et ses voyages au-delà d’ un quota calculé au plus serré. Cela leur assurait un niveau de vie décent, mais absolument pas somptuaire. Le moindre médecin sérieux, ou professeur de Lycée ou d’ Université au sommet de sa carrière, gagnait jusqu’ en 1981 autant et plus que le député de sa circonscription. Comme les revalorisations du point d’ indice des fonctionnaires étaient appliquées de manière pas trop malhonnête (et même très honnête sous Giscard d’ Estaing), la rémunération des députés ne donnait lieu à aucune contestation ni discussion. Etre député mettait à l’ abri du besoin, mais ne permettait en aucun cas de s’ enrichir indécemment.
Seulement, à partir de 1982, nous l’ avons vu, le gouvernement de M. Mitterrand, financièrement aux abois, se parjura de l’ accord salarial signé en 1982 qui aurait permis de faire suivre au point d’ indice l’ évolution du coût de la vie, et il s’ ensuivit immédiatement une amputation voisine de 8 pour cent à fin 1983 du niveau de vie de l’ ensemble des fonctionnaires. Donc aussi des députés! Les députés allaient-ils participer à ces durs sacrifices qu’ on exigeait de tous les fonctionnaires, donnés en exemple au reste du peuple pour qu’ il accepte les mêmes amputations? Rassurez-vous, non! pas question! halte à la clochardisation et la paupérisation de notre valeureuse Assemblée Nationale! mais comment faire pour transgresser ce cadre rigide et cohérent décrit ci-dessus sans que ce soit trop voyant? Voici comment ils s’ y prirent, juste après l’ adoption du plan d’ austérité du printemps 1983 (ce ne fut certes pas crié sur les toits!). Un décret d’ une discrétion de violette fut pris en catimini, de nuit, avec quelques rares députés en séance, mais la totalité des votes grâce au merveilleux système des "clés", bien connu. Selon ce décret, désormais l’ indemnité parlementaire serait définie comme la moyenne exacte, non pas du traitement le plus haut et le plus bas de la fonction publique, mais du traitement le plus haut et le plus bas des fonctionnaires rémunérés aux échelles-lettres. Pendant que le reste des fonctionnaires voyait ses traitements bloqués, cette disposition assurait mécaniquement à messieurs les députés (qui la votèrent à l’ unanimité de l’ extrême gauche à l’ extrême-droite) une augmentation de leur indemnité parlementaire de: vingt-sept pour cent, excusez du peu, 27 %!!!
En contrepartie, une fraction au plus égale à la moitié de cette indemnité parlementaire devenait imposable à l’ IRPP, ce qui faisait bien devant le peuple. Mais comme les temps étaient durs, on n’ allait pas en rester là tout de même: alors on s’ avisa que vu leur surcharge de travail, messieurs les députés avaient besoin d’ un assistant parlementaire pour les seconder dans leur dur labeur. Cet assistant aurait pu être un fonctionnaire neutre, rémunéré par l’ Etat: vous n’ y pensez pas! il fut décidé que messieurs et mesdames les députés le recruteraient et le rémunèreraient eux-mêmes, à leur choix, et pour cela il leur fut alloué une indemnité d’ assistant parlementaire” presque égale a leur indemnité parlementaire. Naturellement, cette nouvelle indemnité était exonérée de tout impôt. Comme la rémunération de l’ assistant était libre, dans le cas où l’ indemnité d’ assistant dépassait de loin les frais de sa rémunération, eh bien le surplus était du gain net et exonéré d’ impôt pour le ou la député!
Mais ce ne fut pas tout: il fallait bien un secrétariat pour gérer cette petite entreprise que devenait le métier de député. Alors peu après ces belles réformes en pleine cure d’ austérité du pays, on instaura une nouvelle indemnité exonérée d’ impôt, l’ indemnité de secrétariat, égale à plus de la moitié de l’ indemnité d’ assistant parlementaire, et sur laquelle le ou la député recrutait librement et rémunérait un ou une secrétaire. C’ est ainsi qu’ au moment même où nos députés imposaient au pays une des pires cures d’ austérité depuis la Libération de 1945, ils parvinrent non seulement à sauvegarder mais à améliorer dans des proportions de rêve leur niveau de vie! Nous n’ avons pas parlé des sénateurs: leur traitement et leurs prérogatives sont rigoureusement parallèles à celles des députés, ils bénéficièrent donc à partir du printemps 1983 des mêmes avantages. Seules les modalités de leur élection différaient. Qui aura le courage de réclamer le retour, pour nos députés et sénateurs, à ce qu’ était leur situation jusqu’ au printemps 1983?
Rico
http://www.euro-reconquista.com/site/spip.php?article127
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From: Fantômas
Sent: Wednesday, June 02, 2010 7:29 PM
Subject: arnaque
mercredi 2 juin 2010, par Canal ER
Alors que j' achève la rédaction de ma réflexion de fond sur nos retraites, je ne peux m' empêcher de pousser une gueulante face aux torrents de débilité, d' hypocrisie et de démagogie qui se déversent dans les médias, justement à l' occasion de la ''réforme'' des retraites.
On n' a jamais vu pareil jeu de poker menteur. Le pouvoir en place, financièrement squeezé, agite le gros bâton fiscal, à pas comptés. L' opposition canada-dry, sous les couleurs de la gauche plurielle (rouge-vert), sous couvert d' une logomachie généreuse dans ses principes mais avare de véritables engagements chiffrés, cache mal son gros bâton fiscal à elle, qui en rajoute une louche sur celui de la soi-disant droite. Tout le reste de l' opinion est inaudible.
Bien qu' après coup tous les esprits forts assurent l' avoir prédite, la crise actuelle, quand elle s' est déclenchée en 2008, a pris à peu près tout le monde de court, et les réponses des autorités monétaires et politiques ont été empiriques. La France a réagi en creusant un peu plus ses déficits chroniques, c' est-à-dire en comptant sur l' érosion monétaire pour résorber les dettes, tout en menant sur le moment une action pour éviter l' emballement de cette érosion. Depuis 1919, c' est toujours de cette manière que la France a géré les multiples crises qui ont jalonné son histoire au vingtième siècle. Cette méthode a plus ou moins réussi, plutôt mal entre 1919 et 1940, et plutôt bien de 1945 à 1992, date du Traité de Maastricht qui nous a ôté l' essentiel du pouvoir sur notre monnaie.
Depuis 1992, on a continué, plus ou moins clandestinement, à creuser des déficits, mais sans succès, car le fameux ''pacte de stabilité'' nous oblige à tricher pour les camoufler. Edouard Balladur a timidement tenté d' enrayer le retour en force de l' usure, mais c' était lutter contre un tsunami avec des petits paniers: l' usure est là, plus forte que jamais. La France se débat comme un poisson hors de l' eau entre les exigences de plus en plus pressantes de la BCE et une politique d' assistanat généralisé qui la ruine en la saignant aux quatre veines. Le guêpier monétaire où elle s' est fourrée semble sans issue: l' érosion monétaire est là, quoi qu' on dise, quoi qu' on fasse. Dépourvus de matières premières stratégiques, nous dépendons de l' extérieur, et à l' extérieur, l' érosion monétaire est vive, c' est bel et bien la planche à billets qui conduit et gère l' économie des USA et des pays asiatiques émergents.
Sauf à réussir une impossible autarcie totale, cette érosion nous atteint donc fatalement (par le biais des prix de ces matières premières, par exemple du pétrole). Mais le pacte de stabilité nous lie et nous place dans la situation d' un homme attaché à un poteau à marée montante. Seule solution, forcément empirique et au coup par coup, souvent improvisés: déflater à mort à l' intérieur, en réduisant les revenus nominaux nets de la population par tous les moyens, le plus facile étant le gros bâton fiscal. Cette déflation de fait fait sortir du bois une foule de Robins des Bois qui attendaient leur heure pour se défouler contre ''les riches'': ils ne sont pas aux commandes, mais ils s' en donnent à cœur joie dans tous les médias! Curieusement, on ne les entend pas se révolter contre l' usure revenue en force, qui pourtant est la base la plus malsaine qui soit d' enrichissements rapides, artificiels et parasitaires.
Les taux supérieurs à 21 pour cent l' an continuent de plus belle, et sont payés par la partie la plus modeste de la population, selon un mécanisme bien connu vieux comme le monde: les revenus insuffisants empêchent d' acquérir au comptant des produits d' usage courant, dits ''de consommation'' (expression qui justifie juridiquement les taux usuraires). Alors ils sont forcés de les acheter à crédit ou de s' en priver. S' ils s' en privent, ils les paieront plus cher plus tard, à cause de l' érosion monétaire, qui progresse aussi sûrement que la dérive des continents. En effet, la rémunération de l' épargne, pour 99 pour cent de la population, ne compense pas et de loin l' érosion monétaire. Pour en être bien certain, l' Etat taxe les intérêts des placements d' épargne, promus ''revenus de capitaux'' pour l' occasion (pour le fisc français, compenser même partiellement l' érosion monétaire est considéré comme percevoir un ''revenu de capital''....).
Donc une grande partie de ces pauvres ou ''demi-riches'' les achètent à crédit, à des taux d' intérêts qui dépassent 20 pour cent l' an. C' est ainsi que l' insuffisance des revenus nets (la déflation sans son nom) appauvrit des couches de population de plus en plus larges pour enrichir des couches de plus en plus étroites. Au sommet du château de cartes, les ''grands argentiers'', les ''gnômes de Zürich'', qui dictent leur loi aux politiciens élus (ceux-là, regardez-les trembler comme des feuilles devant les ''agences de notation'': quelle dérision, quelle humiliation!).
Tout ce contexte détruit peu à peu la seule véritable source de la richesse: le travail. Sans matières premières miraculeuses, la France ne peut s' en sortir qu' en travaillant, en inventant, en innovant. Certes le travail doit être rentable; pour cela, il faut lui lâcher la bride au maximum, encourager l' entreprise, lui laisser ce qu' elle gagne, lui laisser le plus de liberté possible. Or nos chiens de garde marxistes sont là pour brider le travail au maximum; le travail légal est devenu pour les entrepreneurs un parcours du combattant infernal, et pour les salariés une corvée de plus en plus haïe. Le produit du travail est confisqué par l' Etat à la source pour le redistribuer aussitôt, via l' assistanat généralisé. Pour celui qui a vraiment travaillé, ce qui lui reste après ponctions est un simple pourboire, et encore, si ce pourboire est trop important, l' impôt est là pour le réduire....Il y a donc un énorme déficit de travail, qui explique le développement continuel du travail au noir et l' extension irrésistible des périodes où l' économie du pays est bloquée; les 35 heures nous font peu à peu des semaines-croupion, qui commencent le lundi à midi et se terminent le vendredi à 14 heures, voire le jeudi à 17 heures. Le mois de mai devient un second mois d' août, avec d' innombrables fermetures d' entreprises ou absences pour congés. Le mois de février, sous cet angle, talonne le mois de mai. Entre les deux, il y a les congés de Pâques, qui désorganisent tout de fin mars à début mai. Ne parlons pas de l' été, qui commence après le 14 juillet et se termine seulement à la mi-septembre. Entre le 25 octobre et le 11 novembre, arrêt total (les supermarchés ont du mal à s' approvisionner en frais).
Hors de ces périodes de léthargie économique, il y a des grèves. Nous voilà revenus au temps de Louis XIV, où Colbert se plaignait qu' à cause des multiples fêtes religieuses, plus d' un jour sur deux de l' année était chômé. Chacun peut constater que malgré la crise, durant ces congés, les routes sont surchargées, les voitures sur ces routes sont flambant neuves, les grandes surfaces sont pleines de clients (dont beaucoup avec des cartes de crédit), les stations de loisirs, sports d' hiver ou autres,sont noires de monde. Qui ne s' est demandé comment tout cela est payé?
Tout cela n' est que vernis. La réalité est autrement plus dure: l' énergie coûte de plus en plus cher, la population se prive de chauffage l' hiver, et se rationne en eau, devenu hors de prix en ville. Elle se soigne de moins en moins bien, même dans les classes dites moyennes. Les impôts locaux flambent et forcent souvent les ''demi-riches'' à emprunter pour les payer! les loyers impayés montent en flèche, ainsi que les impayés chez les sociétés de téléphonie ou de distribution de gaz et d' électricité. Pour les plus pauvres, des paiements de solidarité ont lieu, par la Mairie, par le Secours Catholique, par l' assistanat d' Etat. Pour les autres, c' est l' arrangement avec la banque, ou parfois avec l' employeur, à qui on demande une avance en milieu du mois. Toute la machine financière sociale se grippe, comme un moteur privé d' huile.
Le drame est que personne, dans les milieux politiques et dans les médias, ne dit ces vérités, n' ose dire aux Français qu' ils ne s' en sortiront qu' en travaillant plus et mieux. Depuis quarante ans qu' on leur assène nuit et jour que le travail est une aliénation, ne sert qu' aux patrons, etc, cette pédagogie n' aura rien d' évident! elle est inséparable de la pédagogie sur la nécessité de reconstruire un tissu dense et prospère d' entreprises LIBRES de toutes tailles, et de rétablir un généreux éventail des rémunérations, dont la disparition actuelle contribue à tuer le travail en tuant toute motivation et toute mobilité. Une inégalité intelligente est nécessaire pour que la monnaie circule; une monnaie qui ne circule pas est comme un sang figé (on l' a bien vu en ex-URSS, où bien des gens ne savaient que faire de leurs roubles). De même qu' il faut un paysage vallonné pour créer des systèmes d' irrigation, il faut des différences suffisantes de rémunérations pour motiver, pour faciliter la mobilité, pour qu' il existe des carrières pour tout le monde (il est aberrant qu' un maçon de trente ans d' expérience ne gagne que 10 ou 15 pour cent de mieux qu' un blanc-bec qui mettra six ans à apprendre le métier), pour faire durablement baisser le chômage, pour que le travail assure une vie incomparablement meilleure que le couple maudit chômage+assistanat.
C' est bel et bien cette désertion devant le travail qui plombe notre niveau de vie et notre économie. Tant qu' on n' y remédiera pas en profondeur, on peut mettre en œuvre tous les plans d' austérité qu' on voudra, imposer à la population tous les sacrifices qu' on voudra, l' accabler de tous les impôts qu' on voudra, la descente aux enfers continuera. Tous ces sacrifices et toutes ces souffrances seront inutiles, aussi inutiles que l' étaient naguère les champs de bataille couverts de morts. D' ailleurs on en a la preuve: à quoi ont servi les multiples plans d' austérité des gouvernements précédents? celui de 1983 a fait éclore des sdf, des nouveaux pauvres et des chômeurs comme champignons après la pluie; il devait soi-disant tout arranger, eh bien cet avenir qu' on nous avait promis à l' époque, nous y voilà! ah il est beau, cet avenir!
Les monnaies modernes ne sont plus fondées sur des étalons précis, or ou argent. Leur vraie base est la force de l' économie où elles circulent. Et sans travail, pas d' économie forte. Le travail n' est pas une sorte de gâteau limité qu' on se partage mesquinement, il résulte de la volonté de travailler, d' améliorer son sort, de créer, de laisser à ses descendants un monde meilleur que celui dont on a hérité. Ce monde non plus n' est pas une donnée inerte, il est ce que notre cerveau et notre travail en font. Tous les règlements qui tendent à partager le travail sont des absurdités sans nom, qui reviennent à soutenir que ''la cause principale du chômage est le travail''. Plus il y a de monde au travail, et au travail rentable et intelligent, et plus la société est riche et prospère: vérité trop simple pour nos énarques sans doute! voilà pourquoi un traitement exclusivement monétariste de l' économie, comme celui qui est actuellement administré, est voué à l' échec et ne peut que conduire à des tensions sociales dommageables, voire à des troubles dont nous aurons comme toujours le plus grand mal à nous relever.
L' Etat lui-même a donné l' exemple de ce qu' il ne faut pas faire, en ratant le coche nucléaire. Il possédait une belle entreprise qui marchait bien: EDF. Le programme Pompidou-Messmer, mis en oeuvre par Giscard d' Estaing, nous délivrait d' une bonne part de la dépendance pétrolière. Ce n' était que justice, vu la place de choix que la France avait prise dans l' aventure de la Science atomique, avec Pierre et Marie Curie, De Broglie, Joliot-Curie et leurs disciples. En 1948, quand la pile Zoé est née grâce à Joliot-Curie, ce fut une grande joie pour la France. Aujourd' hui, quand une centrale nucléaire est décidée, les rouges-verts voudraient nous faire croire que c' est une catastrophe!
Pour de misérables raisons électoralistes, ce programme nucléaire a été amputé de 14 centrales en mai 1981, par le funeste moratoire qui fut alors décidé, moratoire dont nous n' arrivons pas à guérir aujourd' hui encore. Malgré les décisions sporadiques comme Pennly, nous n' avons jamais rattrapé ce retard. Au contraire, nous l' avons aggravé sous Jospin, en abandonnant sottement Creys-Malville, pour faire plaisir aux rouges-verts. On stupéfierait plus d' un Français en lui apprenant qu' aujourd' hui, les centrales nucléaires françaises ne représentent que 10 pour cent du parc nucléaire mondial! sans ce moratoire, nous étions en passe de devenir l' électricien de l' Europe; nous aurions pu exporter de l' électricité à bon marché, qui nous aurait donné les moyens financiers de passer aux étapes suivantes: surgénération et fusion. Grâce à nos rouges-verts et à nos monétaristes, nous voilà maintenant en déficit d'é lectricité, à la traîne au niveau mondial (voir le récent échec dans l' affaire d' Abou Dhabi, qui nous a coûté 80 milliards de dollars, soit plus de la moitié de notre déficit 2010!). Les Coréens, les Taïwanais, et demain les Iraniens peut-être si nous continuons nos semaines des quatre jeudis et nos quatre mois de l' année fichus, font aussi bien que nous, et bientôt mieux! si nous étions devenus ce que nous pouvions être, notre monnaie se porterait bien mieux, par les exportations d' électricité et aussi, par la mise à disposition à nos entreprises de courant électrique à bien plus bas prix. Car le prix de la main d' oeuvre n' est qu' un faux problème, c' est le prix de l' énergie qui est prépondérant: un pays à hauts salaires qui dispose d' énergie électrique à bas prix est bien plus compétitif qu' un pays à bas salaires sans sources d' énergie.
Quand on pense que sans surgénération (réacteurs à neutrons rapides), l' uranium mondial ne nous laisse qu' un siècle de consommation alors qu' avec surgénération, le même uranium nous assure au bas mot 3000 ans de consommation, on mesure la courte vue et la médiocrité des responsables qui nous ont fait baisser les bras devant la mise au point définitive de Creys-Malville. On mesure aussi combien stupide et stérile est l' approche purement monétariste de la crise actuelle. Le seul gouvernement qui nous sortira du terrible marasme actuel est celui qui remettra sérieusement le pays au travail après avoir créé toutes les conditions de la libération du travail, ce qui passe par la mise hors d' état de nuire de tous les doctrinaires marxistes qui sévissent dans les syndicats et dans les milieux politiques français.
Rico
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