----- Original Message -----
From: Charles Etienne NEPHTALI
Sent: Sunday, October 24, 2010 4:32 AM
Subject: Pour Ron Arad
A l' occasion du 24ème anniversaire de la disparition de Ron Arad et avec quelques jours de retard, j' ai rédigé ce très long texte sur "nos" militaires dont nous sommes sans nouvelle. Je vous souhaite bonne réception et bonne lecture.
Chavoua tov et amitiés.
Charles Etienne NEPHTALI
J' ai honte et c' est la raison pour laquelle je rédige ce texte, ce long texte, avec quelques jours de retard par rapport à l' anniversaire de la disparition de Ron Arad en reprenant des éléments d' un autre texte personnel d' il y a 3 ans.
J' ai honte car ce Chabbat, pendant la lecture de la Paracha " Lekh Lekha ", cette Paracha qui marque le départ de la grande et prestigieuse Histoire de notre Peuple, je ne pouvais m' empêcher de penser à Ron Arad disparu un 16 octobre, comme ce Chabbat, il y a 24 ans, presque ¼ de siècle. Qui en parle encore? Qui s' en souvient?
Je ne pouvais m' empêcher de penser également
à ces autres militaires israéliens dont nous n' avons
plus de nouvelles depuis fort longtemps:
Zacharie Baumel (3), Zvi Feldman et Yehuda Katz (11 juin 1982),
Guy Hever (16 août 1997).
Qui se souvient encore de ces noms, exception faite pour celui de Ron Arad qui fut et reste un symbole? Et voilà que depuis plus de 4 ans, celui de notre fils et frère Guilad Shalit, dont nous craignons qu' il ne devienne " un nouveau Ron Arad ", est venu s' ajouter à cette liste! Quel drame!
Qui se souvient encore de nos captifs à part les participants à quelques petites initiatives privées très et même trop timides? Nos Institutions officielles devraient à mon sens en faire beaucoup plus! Les responsables du Centre Communautaire Juif de Paris, par exemple, pour vraisemblablement " faire comme les autres ", c' est à dire comme Libération, Le Monde et autres, s' empressèrent d' accrocher sur la façade du bâtiment les portraits de Mme Florence Aubenas et de son guide-interprète, M. Hussein Hanoun, mais n' accrochèrent jamais celui de Ron Arad. " Il n' est pas Français ", me rétorqua-t-on un jour. Et M. Hussein Hanoun l' est-il? Et d' ailleurs, si être Français est un " critère de sélection " pour attirer l' attention du public sur des " otages français ", pourquoi Guilad Shalit, possédant la nationalité française, eut-il tardivement son portrait sur la façade du Centre Communautaire? Pourquoi n' a-t-il pas encore son portrait sur la façade de l' Hôtel de Ville de Paris?
" Arévim zé la zé " nous enseignent nos Sages, " nous sommes tous responsables de notre prochain " (4) car nous sommes " un seul Peuple, un seul cœur ", " Am ehad, Lev ehad ". Il y a quelques semaines encore, nous célébrions cette unité du Peuple juif sous la Souccah.
Pendant la lecture de " Lekh Lekha ", et j' en ai honte, je pensais à cette fin de journée de Kippour, dans notre Synagogue pleine et très bruyante et à ce moment solennel, dans le silence cette fois, où nous nous couvrîmes de nos Talith pendant que le son du Shofar retentissait.
Et puis, dans un brouhaha, nous nous sommes souhaités " Gmar 'Hatima tova ", nous avons embrassé nos parents, nos grands-parents, nos femmes, nos enfants, nos petits-enfants, nos amis. Behezrat Hachem (1), à l' année prochaine. Et ensuite, très précipitamment, nous sommes rentrés chez nous afin de rompre les 25 heures de jeûne avec nos plats traditionnels, nos confitures, nos gâteaux…
Mais qui aura souhaité " Gmar 'Hatima tova " à notre fils et frère Guilad entre les mains des terroristes arabes de Gaza depuis le 25 juin 2006, ce jour maudit où il fut enlevé en territoire israélien? A cause de la sauvagerie de ces terroristes, son grand-père Zvi, qui déclara dernièrement craindre de mourir sans avoir revu son petit-fils, ses courageux parents, Aviva et Noam, ainsi que sa sœur Hadas et son frère Yoël n' auront pas eu cette joie! Depuis plus de 4 ans maintenant, la chaise de Guilad est désespérément vide pour toutes ces fêtes! Depuis plus de 4 ans il ne lui est plus souhaité " 'Hag Sameah, Chana Tova, Gmar 'Hatima tova, Chabbat Chalom ". Quel malheur! Quel drame!
Quel Shofar aura entendu Guilad sinon les sarcasmes de ses geôliers et les cliquetis de leurs armes? Sut-il au moins que c' était Kippour? A-t-il la notion du temps enfermé très vraisemblablement dans un cachot sous terre? Quel repas aura-t-il eu?
Toutes ces questions, et bien d' autres encore, je me les suis également posées pour tous " nos " militaires disparus, je me les suis posée non seulement ce Chabbat pendant la lecture de Lekh Lekha mais également pendant toute la journée de Kippour. Et je dois avouer que, pendant cette journée pourtant si importante, je n' arrivais pas à me concentrer sur les prières que je ne suivais que par intermittence. D.ieu me le pardonnera-t-il?
Lors de la lecture du " ligotage/sacrifice " d' Isaac et de
la Paracha de cette semaine, je m' interrogeais, sans y
apporter naturellement de réponse, pour savoir si M.
Netanyahou devait discuter directement ou non avec "
le-devenu-respectable " M. Abbas-Mazen,
- ce Monsieur qui soutint une thèse
négationniste sur la Shoah,
- ce Monsieur qui finança l' assassinat des
athlètes israéliens aux J.O. de Munich,
- ce Monsieur qui fut le co-organisateur du massacre de Maalot
le 15 mai 1974 au cours duquel 27 Israéliens furent
assassinés dont 22 enfants,
- ce Monsieur qui dénonce régulièrement
et avec véhémence les opérations de Tsahal dans
la bande de Gaza,
- ce Monsieur qui exige le retour des " réfugiés
", et la création d' un état palestinien avec pour
frontières " celles de 1967 " et Jérusalem-Est pour
capitale et la non-présence de Juifs dans cet
état,
- ce Monsieur qui exige " un passage sécurisé "
entre la bande de Gaza et la Judée-Samarie,
- ce Monsieur qui considère comme " inacceptable "
toute autre proposition israélienne,
- ce Monsieur qui refuse les 92 % des " territoires
occupés " comme proposé en 2000 à Camp
David,
- ce Monsieur qui refuse de reconnaître le
caractère juif d' Israël,
- ce Monsieur qui n' accepte pas que les Israéliens
puissent construire où bon leur semble et surtout pas dans
leur capitale Jérusalem,
- ce Monsieur soutenu par la communauté internationale,
Etats-Unis et Union Européenne en tête,
- ce Monsieur qui décerna une très haute distinction
à 2 femmes terroristes emprisonnées en Israël
coupables d' attentats particulièrement meurtriers,
- ce Monsieur…
- ce Monsieur…
Je me souviens encore que lors de la lecture de la solitude de Jonas " dans le ventre du gros poisson ", je pensais à la solitude de Guilad en particulier dans les repaires des terroristes arabes. Jonas en est sorti, pas lui… alors que pendant ce temps-là, certains hommes politiques israéliens envisagent, et demandent même, la libération du chef terroriste arabe Barghouti condamné à la prison à vie pour la mort de plusieurs Israéliens. Et j' apprends ces jours-ci que cet " échange " prend de plus en plus forme avec, en " prime ", la libération de centaines de terroristes qui, n' en doutant pas un seul instant, " reprendront du service "!
Il en fut ainsi tout au long de cette journée de Kippour (et de la Paracha de cette semaine). J' enrageais au lieu de suivre le rituel de notre liturgie. Et de m' interroger à nouveau: " D.ieu me le pardonnera-t-il? ". Je m' interrogeais bien qu' à Kippour, avec l' Assemblée, j' aie reconnu qu' " en dehors de Lui, nous n' avons personne pour pardonner et absoudre ", bien qu' ayant reconnu avoir commis envers Lui " des fautes par ignorance, volontairement, par médisance, en secret, par erreur… ".
A Kippour, avec l' Assemblée, je Lui ai demandé de " nous exaucer ", de " nous annoncer de bonnes nouvelles ", de " détruire ceux qui se dressent contre nous pour le mal " (2), d' "opprimer ceux qui nous oppriment ".
A Kippour, avec l' Assemblée, je Lui ai demandé, en lisant Avinou, Malkénou, notre Père, notre Roi, d' " éviter aux fils de Son alliance la peste,… le malheur,… la captivité… ".
Oui, la captivité. Et à nouveau mes pensées allèrent bien sûr vers Guilad mais également vers les autres militaires israéliens mentionnés plus haut, Zaccharie, Zvi, Yehuda, Ron, Guy.
Pendant la prière à Kippour et pendant la lecture de la Paracha de cette semaine, je me souvenais de ce que nous enseignent nos Sages, à savoir que les Juifs ont l' obligation impérative de racheter les captifs, obligation considérée comme une grande mitzva quoique ne figurant pas dans la Thora.
Pendant la prière à Kippour et pendant la lecture de la Paracha de cette semaine, je pensais à ce qu' écrivait Maïmonide: " Il n' existe pas de commandements plus importants que le rachat des prisonniers ", pidyon chvouïm en hébreu. Ce pydion qui incombe à la Communauté toute entière et qu' Israël paie souvent très cher pour le respecter.
Pendant la prière à Kippour et pendant la lecture de la Paracha de cette semaine, je pensais qu' il m' avait même été dit que ce commandement était si important que la Halacha permettait que l' argent collecté en vue de la construction d' une Synagogue serve au pidyon.
Pendant la prière à Kippour et pendant la lecture de la Paracha de cette semaine, je pensais que le 30 juin 1997, lors d' une manifestation devant l' Ambassade d' Israël, manifestation placée sous le slogan " Sois responsable de ton prochain - Arévim zé la zé ", le Grand Rabbin de France déclara " qu' on pouvait aller jusqu' à vendre une Synagogue " pour ne pas transgresser cette mitzva.
Nous venons de passer 8 jours dans nos Souccot, ces frêles " habitations " en souvenir des 40 années d' errance de nos ancêtres dans le désert. Nous avons " vu le ciel " à travers le toit de branchages. Mais nos otages et Guilad en particulier, ont-ils vu le ciel, eux qui doivent être enfermés, et dans quelles conditions, dans des prisons ou dans des souterrains? L' ont-ils seulement même vu depuis leur enlèvement?
Ayons une pensée pour les courageux parents de Guilad qui, depuis des semaines, vivent sous une tente et ce jusqu' à la libération de leur fils.
Avec l' Assemblée, j' ai prié avec ferveur pendant Souccot, pendant la lecture des Hocha' anot dans lesquelles il est beaucoup question de délivrance. " Délivre! Ô délivre! ". Délivrance pour nos otages!
Prions pour le retour de tous les prisonniers et pour le plus récent d' entre eux, Guilad, en cette année 5771, année du 63ème anniversaire de l' Etat d' Israël, afin qu' à Kippour prochain, Behezrat Hachem (1), nous puissions leur souhaiter " Gmar 'Hatima tova ". AMEN!
Charles Etienne NEPHTALI
Le 20 octobre 2010
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(1) Et non Inch Allah, comme scandaleusement prononcé, dans la Synagogue par surcroît, par certaines personnes, pas âgées du tout.
(2) Donc tous nos ennemis que nous assimilons au Léviathan, ce légendaire monstre marin incarnant le mal qui sera immolé à la fin des temps et dont la peau servira à la construction de la Souccah des temps futurs, ce monstre dont il est dit que sa mort mettra fin au mal dans le monde.
(3) Le 20 août 1997, j' adressais à Madame Myriam Baumel, la Mère de Zacharie Baumel enlevé 15 ans auparavant, une lettre en réponse à son émouvante déclaration selon laquelle elle " avait l' impression que peu à peu tout le monde se [désintéressait] de son drame ", lettre dont je reproduis ci-dessous quelques extraits.
(4) Un Rabbin, illustrant ce commandement, nous contait cette histoire quelque peu naïve: des habitants d' un Shtetl, voulant passer sur l' autre rive d' une rivière, payèrent leur place sur une petite embarcation. Au milieu du cours d' eau, l' un d' entre eux sortit un vilebrequin (nous dirions aujourd' hui une perceuse sans fil) et commença à percer un trou sur le fond de la barque, entre ses pieds. Les autres passagers l' invectivèrent, lui demandant ce qu' il était en train de faire. " Un trou car cette place, je l' ai payée et elle m' appartient " leur répondit-il. L' embarcation coula, tous se noyèrent.
Chère Madame Myriam Baumel,
...malheureusement, chère Madame Baumel, j' en arrive à avoir la même impression que vous.
...n' étant pas (encore) Israélien, je ne me permettrais pas de porter un jugement sur l' attitude des Israéliens comme le firent récemment certains journalistes et historiens. Mes critiques vont vers les Juifs en général et les Juifs de France en particulier.
Personnellement, Madame, même très difficilement, j' imagine votre angoisse en pensant au mauvais sang que nous nous faisons ne serait-ce que lorsqu' un proche a du retard pour rentrer à la maison ou en pensant à la contrariété que nous éprouvons lorsqu' un proche n' est pas là pour un Chabbat ou une fête.
Personnellement, Madame, même très difficilement, j' imagine ce que vous devez éprouver vous-même ainsi que les Pères, Mères, sœurs, frères ou fille (dans le cas de Ron Arad et de sa fille Youval).
Vous avez raison, Madame, de préciser que " le temps ne travaille pas pour les captifs ". Vous avez également raison lorsque vous affirmez que, " tant à gauche qu' à droite, les responsables politiques ainsi que l' Armée évoquent parfois divers motifs pour laisser de côté ce douloureux problème des soldats disparus ".
Vous avez raison, Madame, de dire " qu' il est lamentable de porter crédit à ce que peut dire un Arafat dans le domaine des disparus et dans beaucoup d' autres, d' ailleurs ".
Vous avez raison, Madame, de dire " que rien ne doit être concédé à l' OLP tant que de véritables informations sur nos soldats disparus n' auront pas été obtenues ".
Oui, chère Madame, chaque Juif à travers le monde se doit de se sentir concerné par votre drame et celui des familles de Zvi Feldman, de Yehouda Katz et de Ron Arad, la libération des captifs étant une très grande mitzva que nos Sages ont considérée comme prioritaire, mitzva passant même avant celle qui consistait à construire une Synagogue.
... il ne faut pas que votre famille ainsi que les familles Feldman, Katz et Arad " ne pleurent pas dans la solitude, afin que Zacharie, Zvi, Yehouda et Ron ne soient pas abandonnés, livrés à leurs pleurs et à leur solitude en des lieux inconnus mais sûrement hostiles ".
… non, Myriam (permettez-moi de vous appeler par votre prénom, qui est celui d' une femme courageuse et célèbre de notre Histoire), vous et toutes les autres Mères, ne soyez plus seules à pleurer. Je pleure avec vous…
…/…
Charles Etienne NEPHTALI
Le 20 août 1997
NDLR: bien que n' étant pas
Juif mais Catholique, je suis aussi concerné par le triste
sort de ces soldats de Tsahal rappellant quelque part celui des
soldats et des civils européens capturés par les
barbaresques turcottomans du VIIe au XVIIIe siècle et
ememnés en esclavage dans les bagnes d' Alger et de Tunis en
particulier. Les familles sont laissées sans nouvelles de
leurs membres tombés dans l' indigence, l' esclavage et les
traitements dégradants et inhumains malgré le respect
observé à l' égard des rares prisonniers
musulmans. C' est peut-être cela qui distingue les gens
civilisés des sauvages. La mitzva et le pydyon dont vous
faites état sont aussi ce qui nous rassemble dans la
civilisation et la piété: la mitzva et le pydyon
rappellent ces rançons versés par l' Eglise et
notamment l' Ordre des Missonnaires de Notre Dame de la Mercy au bey
de Tunis et au dey d' Alger. C' est en cela que notre civilisation
judéo-chrétienne est l' Humanité. L'
Humanité commune à l' immense majorité des
peuples de cette planète Terre et de tous temps, à l'
exception notable des mahométans.
Hélas, je ne peux que prier Notre Dame de la Mercy afin que la
délivrance de ces sodlats de Tsahal intervienne au plus
tôt tant nous leur devons de vivre encore dans le monde
civilisé, humain et libre.
au (33) 613 27 32 83
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